Il a osé le dire : le PDG de Carrefour se plaint de ne faire qu’un milliard d’euros de profit par an


«Ah si tu pouvais fermer ta gueule» : proverbe populaire


Alexandre Bompard a perdu l'occasion de fermer sa gueule ce 21 mai sur France Inter

Parfois, les meilleurs arguments pour donner envie de faire la révolution et d’exproprier les patrons viennent des patrons eux-mêmes. Par exemple, Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant d’intervenir sur France Inter. Invité le 21 mai sur la radio publique, il était interrogé sur les profits indécents de la grande distribution, alors que les prix des produits de première nécessité continuent de flamber.

Quelques chiffres issus d’un rapport parlementaire sur les marges des supermarchés lui ont été rappelés : «Sur 100 euros de valeur ajoutée, 8 euros vont aux agriculteurs, entre 12 et 14 aux industriels, 40 pour la grande distribution». Le PDG répond avec une arrogance folle : «Ce raisonnement est faux […] Ma marge nette […] à la fin de mon exercice, c’est seulement 1%. Sur 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires, il me reste 1%». Alexandre Bompard vient de se tirer une balle dans le pied. Il révèle que son entreprise fait 1 milliard de profit, juste en servant d’intermédiaire. Cet individu est tellement déconnecté qu’il pense apitoyer la population en agitant le chiffre de mille millions d’euros de marge.

Mais ce n’est pas tout, Alexandre Bompard a pris soin de préciser que ce milliard de bénéfices est «à la fin de son exercice», c’est donc une somme calculée après qu’il se soit versé son énorme salaire, ses notes de frais et autres privilèges. C’est du bonus. Et cela va sans dire, Carrefour comme tous les géants de la vente ne produisent rien. Alexandre Bompard ne cultive pas les fruits, légumes et autres biens vendus dans ses enseignes : il se contente de prélever – certains diraient : voler – de l’argent sur chaque objet ou aliment qui sort de ses magasins. Il n’est qu’un intermédiaire qui achète des produits à bas prix, les expose dans des hangars et les revend plus cher. Mais comme il possède un monopôle, il peut pressuriser les producteurs et escroquer les consommateurs. Du parasitisme.

Ce n’est pas tout ! Alexandre Bompard et son entreprise sont arrosés d’argent public. En 6 ans, les aides de l’État reçues par Carrefour s’élèvent à 2,3 milliards d’euros. Sur cette même période, le résultat net du groupe a atteint 3,6 milliards et les dividendes versés aux actionnaires 2,8 milliards. Et malgré ces profits records et cette perfusion d’argent public, Carrefour a quand même supprimé des milliers d’emplois ! Durant la pandémie, le groupe Carrefour avait été aidé par l’État et avait pu recourir au chômage partiel, notamment. Le culot de cet individu ne s’arrête pas là : en juillet dernier, Alexandre Bompard déclarait sur BFM : «Arrêtez d’emmerder les Français avec les impôts : il faut s’attaquer à la dépense publique». C’est stratosphérique : ce patron bénéficie littéralement d’argent public dont il n’a pas besoin. Commençons donc par lui retirer ses aides.

Autre rappel : en 2022, alors que l’inflation explosait, Alexandre Bompard touchait en un an l’équivalent de 300 années de travail d’un salarié, soit 8 millions d’euros. Une somme astronomique validée lors de l’Assemblée Générale du groupe Carrefour. Ce salaire se décomposait ainsi : un «salaire fixe» de 1,5 million d’euros, une «part variable annuelle» qui atteint 2,85 millions d’euros et une rémunération dite «de long terme» de 4 millions d’euros. En 2024, il touchait 3,37 millions d’euros de rémunération, sans compter les profits sur ses actions.

Pour faire toujours plus de fric, l’entreprise utilise également une méthode appelée la «location-gérance» : une sorte de franchise qui permet de ne pas donner les mêmes droits aux salariés de ces enseignes que pour le reste des employés : encore plus précaires et moins payés. En 2022 ce sont, selon les syndicats du groupe Carrefour, près de 6000 salariés qui voyaient leurs magasins passer en location-gérance. Toujours selon les syndicats, celles et ceux qui travaillent dans ces boîtes touchent parfois moins que le SMIC horaire.

Pour finir, puisque Carrefour est dans tous les bons coups, la firme est complice d’Israël. L’entreprise ravitaille l’armée coloniale israélienne et, via son partenariat avec le groupe israélien Electra Consumer Products et sa filiale Yénot Bitan, Carrefour est présent dans les zones colonisées en Cisjordanie. Elle est donc une alliée matérielle de la colonisation et du génocide.

En France il y avait une époque où les accapareurs comme Alexandre Bompard devaient se cacher pour échapper à la juste colère populaire. Par exemple pendant la Révolution française, quand ceux qui spéculaient sur l’alimentation était sévèrement sanctionnés, et parfois même sectionnés. Il faut croire qu’aujourd’hui, les Alexandre Bompard n’ont plus assez peur du peuple.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.