Un drame en deux actes : l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré voit son prix retiré juste après son attribution


Vous avez dit liberté d’expression ? Les derniers humoristes punis quand ils critiquent Israël ou le gouvernement.


À gauche Sophia Aram, à droite Pierre-Emmanuel Barré : l'inverse de leurs positionnements politiques.

Le sketch commence le 15 avril, lorsque l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré reçoit un mail de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques lui annonçant que «le prix humour de la SACD 2026» lui était décerné. Un prix remis tout les ans au mois de juin à des artistes et personnalités de la musique, du cinéma, de la danse ou encore de l’humour.

L’humoriste, suivi par un public de plus en plus nombreux et sensiblement à gauche, officie depuis deux ans dans l’émission «La dernière» sur Radio Nova, accompagné de ses camarades Guillaume Meurice, Juliette Arnaud ou Aymeric Lompret. Lancée après la purge idéologique menée à France Inter par la direction macroniste, l’émission participe grandement à la désintoxication médiatique contre la sphère Bolloré. Elle a permis à Radio Nova de connaître une ascension historique avec près de 1,6 millions d’auditeurs quotidiens en mars 2026, une audience multipliée par quatre en seulement deux ans. De quoi faire stresser n’importe quel milliardaire qui souhaite contrôler la presse.

Mais patatras ! Le 21 mai, Pierre-Emmanuel Barré apprend, via un nouveau mail de Brigitte Buc, la présidente du SACD, que son prix lui est retiré. À peine un mois après avoir reçu l’annonce de la récompense, pourquoi pas après tout ? Brigitte Buc justifie ce retrait par l’impossibilité de «cautionner des propos que nous jugeons être un appel a la haine et à la violence, et qui sont contraires aux valeurs et aux principes d’une société d’auteurs».

Les propos dont il est question, c’est la chronique de Barré du 10 mai. Plus précisément, son foutage de gueule hilarant autour de Gabriel Attal et Sophia Aram. En parlant de l’Eurovision, l’humoriste déclare : «Je me demande si ce n’est pas l’événement dans l’univers dont j’ai pas le plus rien à foutre» et poursuit : «Je dirais en un l’Eurovision, en deux la candidature de Ruffin, en trois le cancer de Gabriel Attal. (…) Je dis juste que si on m’apprenait qu’il avait un cancer, je dirais ‘Ah. Pancréas ?… Nan ? … mmh… Dommage’. Je m’en bats tellement les couilles de l’Eurovision». Voilà pour Gabriel Attal, dont la politique n’est pas une blague : les mesures qui a appliqué en tant que Premier Ministre, comme la réduction de l’allocation chômage, la traque des immigrés et la destruction des aides sociales tuent des gens. Pour de vrai. Alors que ce millionnaire à 25 ans n’a jamais bossé de sa vie.

Gabriel Attal a poussé des centaines de milliers de personnes à la rue, à la précarité alimentaire chez les plus jeunes comme chez les retraités, et mène une guerre de classe assumée en reprenant à plusieurs reprises la devise «le travail rend libre», empruntée aux heures sombres de l’Histoire. L’ancien Premier ministre vient d’ailleurs d’annoncer sa candidature à la présidentielle. Dans un bafouillement déjà légendaire, lors d’un passage radio, il a asséné qu’il voulait réduire à nouveau l’assurance chômage, sans connaître la durée de la précédente réduction qu’il avait lui même imposé. Un petit cancer du pancréas serait moins humiliant.

Mais déjà Barré enchaîne. Après le crochet du gauche, l’uppercut est pour Sophia Aram : «Si je devais choisir entre regarder l’Eurovision et regarder le spectacle de Sophia Aram, je me suiciderais. (…) Sophia, je te souhaite tellement de devenir daltonienne et de traverser au feu rouge là, et BAM ! Oh non, merde ! Comment va la bagnole ? Ça va, elle roule encore. Super, alors repasse une fois en marche arrière. (…) Sophia Aram met des guillemets à un vrai génocide, je peux lui mettre une Kangoo imaginaire dans la gueule».

Chroniqueuse chez France Inter, Sophia Aram n’a jamais fait rire personne, mais elle est connue grâce à ses discours haineux et islamophobes qui se cachent derrière «l’humour» ou encore «la satire». Au micro, elle estime «qu’il n’y a pas plus d’apartheid en Israël», frappe sur les «wokes» et surnomme sur Twitter l’élu Insoumis Aymeric Caron «Abou Aymeric el Versailly». Une pratique typique de l’extrême droite : nommer des élus avec des noms à consonance arabe, pour insinuer qu’ils seraient des traîtres. Elle fait partie des voix qui stigmatisent les musulman·es, soutiennent Israël et dévalorisent les luttes antifascistes. Sophia Aram a d’ailleurs reçu la Légion d’honneur le 14 juillet 2025 pour ses bons et loyaux services de chien de garde.

Derrière ce deux poids deux mesures se cache une caractéristique du fascisme que l’on oublie trop souvent : l’interdiction de l’humour contestataire. L’incapacité à accepter la dérision ou la satire. Le drôle, par définition, transgresse la norme, moque les puissants, renverse l’ordre établi. Rien ne doit être réellement drôle dans une société qui se tient sage : le pouvoir remplace alors l’humour par la moquerie et le harcèlement. Remplacer Pierre-Emmanuel Barré par Sophia Aram, voilà une forme de totalitarisme qui voudrait que même nos rires soient cantonnés à droite. Dans la France de Macron, le rire est souvent jaune pisse. «Cuve à pisse», même, lorsqu’il s’agit de Laurent Nunez, pour paraphraser Pierre-Emmanuel Barré.

Car n’oublions pas que Laurent Nunez a lui aussi tenté de bâillonner l’humoriste en portant plainte contre lui après une chronique concernant les différentes affaires de violences policières. Officiellement c’est parce qu’il serait outrageant de qualifier le Ministre de l’Intérieur de «cuve à pisse». Officieusement, c’est parce que la police n’est rien d’autre qu’un groupe d’extrême droite armé et protégé par la bourgeoisie. Ce même Laurent Nunez se félicitait récemment de protéger la République en interdisant une rencontre de personnes musulmanes pour les propos qui seraient «susceptibles d’y être tenus». La République à bon dos.

Ces derniers jours, la bourgeoisie accélère sa radicalisation à l’approche de l’élection présidentielle. Soutenons la culture et nos artistes, que ce soit sur les ondes, sur les planches, dans la rue ou dans les champs.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.