«Boycott du mondial de la FIFA» proclame une banderole rouge vif le long d’une artère. La tension est à son comble à Mexico : ce jeudi 11 juin, le match d’ouverture de la coupe du Monde doit avoir lieu dans le grand stade Aztèque. La rencontre opposera l’équipe du Mexique à celle d’Afrique du Sud dans la capitale du pays. À la veille du coup d’envoi de la compétition mondiale, des milliers de manifestants et manifestantes bloquent les alentours du bâtiment et les grands axes routiers.
Des syndicalistes enseignant·es se mobilisent depuis plus d’une semaine pour des augmentations de salaire et l’abrogation d’une loi sur les retraites, et se heurtent au refus du gouvernement. Le même gouvernement qui a débloqué des sommes astronomiques pour la compétition sportive. Les grévistes se contentent pourtant de réclamer l’application des promesses électorales de la présidente de centre-gauche, Claudia Sheinbaum, qui avait annoncé lors de sa campagne qu’elle abrogerait une loi privatisant et dégradant les retraites des fonctionnaires. Un engagement non tenu.
Des statues liées à la Coupe du monde ont été déboulonnées, et un campement protestataire est installé près de la place centrale de Mexico, la place du Zocalo, où se trouve le palais présidentiel et où a été installé une fan zone pour les supporters. Le mouvement appelle à manifester le jour du match d’ouverture, et ne cache pas son ambition d’atteindre le stade.
Des milliers de policiers ont été déployés aux abords du stade et des barrières en béton ont été installées en travers des routes, pour bloquer l’avancée des manifestants. Un vaste dispositif anti-émeute contrôle les entrées de la ville pour empêcher d’autres cortèges, venus du reste du pays, de rejoindre la mobilisation.
Ce mouvement résonne avec deux évènements qui ont bouleversé l’histoire du Mexique. Le 26 septembre 2014, à Iguala, au sud du pays, des étudiants et étudiantes de l’école rurale d’Ayotzinapa qui se rendaient à une manifestation à Mexico avaient été interceptés par les forces de l’ordre. Les jeunes avaient été arrêtés, enlevés, certains atrocement mutilés et exécutés, livrés à des cartels. Il y avait eu 27 blessé·es, 6 mort·es et 43 disparu·es. Ces événements avaient déclenché une vague de colère massive, avec des centaines de milliers de personnes exigeant la vérité sur les «43 disparus d’Ayotzinapa». Depuis, un haut fonctionnaire accusé d’avoir participé aux assassinats, Tomas Zeron, s’est réfugié en Israël qui refuse de l’extrader. Au Mexique, «l’affaire» Ayotzinapa est devenue un symbole fort des violences d’État et des pratiques mafieuses d’un pays qui compte plus de 100.000 disparitions. Les cortèges qui se forment autour du stade de la Coupe du monde comportent d’ailleurs des comités réclamant vérité et justice pour Ayotzinapa.
La mobilisation en cours fait également écho à une autre grande lutte qui avait eu lieu à la veille des Jeux Olympiques de Mexico, en 1968. Le 2 octobre 1968, 10 jours avant le début des épreuves, sur la place des Trois Cultures, la police et l’armée avaient massacré 300 étudiant·es lors d’un rassemblement. Il s’agissait d’écraser la lutte de la jeunesse de gauche et de faire régner l’ordre lors des Jeux.
Les grands événements sportifs sont souvent une vitrine répressive pour les pays qui les accueillent. Le gouvernement brésilien a utilisé les Jeux Olympiques de 2016 à Rio pour détruire des favelas et mener des opérations militarisées contre les pauvres. Ceux de Pékin ont permis au régime d’expulser des milliers de personnes pour raser des quartiers populaires historiques de la ville. À chaque fois, un grand «nettoyage» social et politique, que les manifestant·es de Mexico sont en train de braver actuellement.
Partout à travers le monde, les gouvernements se servent ainsi de ces événements comme de laboratoires humains pour tester leurs nouveaux outils de répression, présentés comme «temporaires». L’expérience démontre qu’ils sont par la suite systématiquement prolongés et pérennisés par l’État. En France, la Vidéo Surveillance Algorithmique (VSA) ne devait par exemple servir que sur le période des JO de Paris, mais son usage continue d’être étendu par des lois successives.
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