À Monaco : ultra-riches et néofascistes s’affichent sans complexe


Sécession et fascisation de la bourgeoisie : la lutte des classes en images


À Monaco, Bardella trinque avec sa compagne héritière de la maison Bourbon, le rejeton Sarkozy fait du sport sur un yacht, au milieu de tous les navires venus parader pour le Grand Prix.

Le Grand Prix de Monaco est l’une des courses de voiture les plus prestigieuses au monde, face à la Méditerranée, dans une minuscule principauté près de Nice, qui est aussi un paradis fiscal et qui concentre sans doute le nombre de riches au mètre carré le plus élevé de la planète. Chaque année, l’hyper-classe planétaire s’y retrouve pour regarder la compétition de voitures et faire ses mondanités. Il y a une semaine, on y trouvait à la fois le candidat du RN posant avec sa princesse un verre à la main, le fils d’un président mafieux et 200 yachts. La grande bourgeoisie fait sécession et nous le montre.

Navires de luxe

Regarder la course de voitures depuis les gradins est encore trop banal pour les vrais riches. Il faut y assister depuis un yacht, en «loge exclusive». C’est «l’expérience premium» du Grand prix. Au total, le port de Monaco accueille 200 yachts pour l’occasion, dont une centaine de «superyachts» aux dimensions et au prix démesurés.

Des images montrent une armada de ces navires de luxe arriver au large de la ville, représentant des fortunes se comptant en milliards d’euros, réunies au même endroit.

On trouvait le Lürssen, long de 122 mètres, l’un des yachts de location les plus chers au monde. Le Breakthrough et ses 118,8 mètres, récemment vendu à 645 millions d’euros, ce qui en fait le yacht le plus onéreux du globe, ou le Symphony de Bernard Arnault et ses 101 mètres, avec six ponts, un cinéma en plein air, une piscine avec fond en verre, un sauna, une terrasse jacuzzi…

Chacun de ces navires engendre une méga-pollution. Un seul grand yacht consomme en moyenne 2000 litres de carburant par heure, produisant autant de gaz à effet de serre que ce que chaque habitant de la planète devrait émettre en un an pour rester sur un monde habitable. Pour donner une idée de ce vertige, la flotte des 300 plus gros super-yachts en activité émet près de 285.000 tonnes de dioxyde de carbone, soit davantage qu’un petit pays.

De telles images sont celles d’un monde en phase terminale. Des ultra-riches sur des palaces flottants, ultra-polluants, réunis pour regarder des voitures dans une principauté, alors que le climat s’emballe, que les ressources manquent, et qu’une partie de l’humanité a faim. Est-ce à cela que ressemble une situation pré-révolutionnaire ?

Le néofasciste et l’aristocrate

Le RN n’essaie même plus de faire croire qu’il est du côté du peuple. Il ne promet plus d’aider les ouvriers ou de garantir des retraites, ce temps est terminé. Il incarne l’aile radicalisée et dictatoriale de la bourgeoisie, celle qui va poursuivre le travail de Macron, mais avec beaucoup plus de répression et de racisme.

La preuve : Jordan Bardella, poulain de l’extrême droite française, paradait au Grand Prix de Monaco, au bras de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, sa compagne. Le candidat se met en scène avec l’héritière de la Maison Bourbon depuis deux mois dans tous les magazines peoples. C’est l’alliance du fascisme et de la vieille aristocratie comme argument de campagne électorale. Si Bardella venait à être élu, ce serait le retour de la dynastie Bourbon à la tête de la France, 240 ans après que le peuple révolutionnaire l’ait décapitée. Tout un symbole.

Le couple posait un verre à la main alors que la colère suite à la mort de la petite Lyhanna et aux failles de la justice française agitait tout le pays. Avant de se rendre à Monaco, le président du RN avait dîné avec son ami Eric Ciotti, maire de Nice. Interrogé sur son absence d’hommage à la jeune victime de pédocriminalité, Bardella a répondu avec dédain : «Des marches blanches, il y en a tous les jours. J’apprécie beaucoup la Formule 1 et j’ai l’occasion de me rendre régulièrement à des Grands Prix…» Après tout, que vaut la vie d’une petite fille, si on peut regarder des bagnoles avec ses copains milliardaires ?

Sarkozy junior sur son yacht

Selon la mythologie libérale, les riches le sont grâce à leur «mérite» et leurs «efforts», ils se sont «faits tout seuls» grâce à leur talent. Dans la réalité, il y a Louis Sarkozy. Lui aussi était à Monaco, sur un yacht. Une photographie de Louis Sarkozy, diffusée le 13 juin, le montre en train de faire son jogging torse nu sur un tapis de course, sur le pont du bateau. Excusez du peu. Ces gens ne se contentent pas d’une salle de sport privative, il faut qu’elle soit embarquée.

Louis Sarkozy n’a que 28 ans et ne vit que grâce au piston de papa. Après des études aux USA, il a été propulsé chroniqueur sur LCI, où il postillonnait des propos racistes et pro-Israël, bénéficiant d’une audience inversement proportionnelle à la qualité de ses analyses. À qui appartient cette chaîne de télévision ? Au milliardaire Martin Bouygues, qui est tout simplement témoin de mariage et meilleur ami de Nicolas Sarkozy depuis 20 ans. Puis il a tenté cette année d’obtenir la mairie de Menton, ville de vieux bourgeois du Sud-est de la France. Nouvel échec. Tant pis, il a bien mérité de se détendre sur un yacht. Le mérite, on vous dit !

En 2007 déjà, Nicolas Sarkozy avait fêté sa victoire aux élections présidentielles sur le yacht de son copain Bolloré. Depuis, Sarkozy a droitisé la France, brutalisé la population, dévasté les conquêtes sociales et militarisé la police, tout en multipliant les comportements mafieux. Hollande et Macron ont marché dans ses pas.


Ce que disent ces images de Monaco, c’est que la grande bourgeoisie ne se cache plus. Elle n’a plus peur d’exhiber sa fortune indécente, sa domination économique, en pleine crise sociale, alors que les prix de l’essence et de la nourriture prennent à la gorge une part grandissante de la population. Bref, la bourgeoisie fait sécession, elle n’essaie plus de faire illusion. Et pour garantir ses privilèges, elle a besoin d’un État fort, d’une police qui protège ses intérêts et écrase la contestation. C’est pour cela qu’elle trinque avec Bardella, son poulain néofasciste, dont c’est la mission.

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