Néofascisme municipal : le RN contre l’Histoire


Diffusion de « Maréchal nous voilà » le 8 mai, annulation d’une cérémonie syndicale le 1er mai, suppression de la commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai… Les municipalités RN en guerre contre l’Histoire


Le maréchal Pétain serrant la main d'Adolf Hitler : la longue tradition de collaboration de l'extrême droite

Le mois de mai est chargé en commémorations historiques. Fête des travailleurs et des travailleuses, date anniversaire de la victoire des forces alliés contre la nazisme et le fascisme et des crimes coloniaux en Algérie, commémoration de l’abolition de l’esclavage… Toutes ces dates résonnent fortement dans la mémoire collective et font figure de rappel des crimes du passé.

Et si il y a bien une chose que le Rassemblement National déteste, c’est bien le souvenir. En effet, dans son projet révisionniste, le parti a en permanence besoin de ré-écrire l’Histoire pour satisfaire ses objectifs électoraux. Ainsi, en quelques jours à peine, des élus du Rassemblement National, parti fondé par des Waffen SS, ont tour à tour supprimé une cérémonie syndicale le 1er mai, diffusé une chanson à la gloire du Maréchal Pétain le 8 mai, et annulé les commémorations de l’abolition de l’esclavage du 10 mai. Lors des municipales, l’extrême droite a conquis de trop nombreuses mairies, et le résultat est aussi immédiat qu’éloquent.

Chanson pétainiste pour le 8 mai

«Maréchal nous voilà» fut la sinistre chanson adoptée comme hymne national par le régime de Vichy. Restée en mémoire comme l’un des symboles les plus marquants de la collaboration, la chanson incarne à elle seule la complicité de l’État français dans les crimes nazis perpétrés sur notre sol. Mais le 8 mai 2026, date anniversaire de la reddition allemande, la mairie de Carpentras, dirigée depuis les dernières municipales par un élu du Rassemblement National, a cru bon de diffuser «Maréchal nous voilà» dans ses rues lors des commémorations officielles célébrant la victoire des forces Alliées sur le nazisme et le fascisme.

Hervé de Lépinau, maire de Carpentras, a osé prétendre ne pas avoir été mis «au courant» de la diffusion d’un chant pétainiste dans sa propre commune. Finalement, il a fait volte face en essayant de faire croire que la playlist en question aurait été commandée… par l’ancienne équipe municipale de gauche. Droit dans ses bottes tordues, Hervé de Lépineau assure même que la diffusion du chant «n’a pas gâché la journée de commémoration».

Soulignons que la FI est diffamée sans relâche et subit des procès en antisémitisme pour son soutien à la Palestine, mais que la diffusion de l’hymne d’un régime qui a déporté des dizaines de milliers de juifs et juives, et ainsi coorganisé le génocide nazi, n’a pas véritablement provoqué de polémique nationale.

Le RN déteste les travailleur·ses

À Liévin également, dans le Nord-Pas-de-Calais, la municipalité a été conquise par le parti d’extrême droite lors des municipales, comme 12 autres communes du département. Et l’une des premières décisions du nouveau maire Dany Paiva a été de supprimer une cérémonie organisée avec les organisations syndicales locales. Il justifie cet affront en accusant ces organisations de faire de la «propagande».

Le symbole est fort : depuis 2012, la valeur universelle et historique du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est reconnue et inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, et sept sites miniers se trouvent sur le territoire de la commune. Les mines de Liévin ont également été le lieu de plusieurs drames, dont certains ont coûté la vie à plusieurs dizaines de mineurs.

L’extrême droite a une longue tradition de récupération et de démolition de la date du 1er mai. Historiquement, il s’agit d’une date internationaliste de solidarité ouvrière, suite à la répression de militants anarchistes de Chicago. Sous Vichy, Pétain transforme cette «fête des travailleurs» en «fête du travail», inversant son sens et faisant de cette journée une ode à l’obéissance aux patrons. Jusque récemment, le FN organisait des défilés racistes chaque 1er mai, une tradition enterrée par Marine Le Pen. Mais en profanant la cérémonie syndicale à Liévin, la mairie RN marche dans le pas du pétainisme.

À Vierzon, pas question de commémorer l’abolition de l’esclavage

Dans le Cher cette fois, la nouvelle municipalité d’extrême droite de Vierzon a purement et simplement annulé la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai, en mémoire des victimes de la traite négrière. La justification? Le maire avance un « besoin de faire des économies ». Un mensonge éhonté, puisque l’événement ne coûte quasiment rien. En réaction, une contre-commémoration a été organisée par l’ancien maire de gauche, avec la présence de la nièce d’Aimé Césaire, Christelle Césaire, qui réside dans la commune.

Le sens originel de ces différentes journées de commémoration, bien qu’aseptisées et institutionnalisées, à travers des cérémonies officielles insipides, reste de garder vivante la mémoire des traumatismes collectifs de notre société. En reniant cet héritage, le Rassemblement National cherche à refaire l’Histoire à sa sauce, à effacer les crimes d’hier pour mieux justifier ceux de demain.

Ces pratiques ne sont pas des accidents : notre gouvernement lui-même multiplie depuis des années les clins d’œils aux heures sombres de l’Histoire : Macron parlait de Pétain comme d’un «grand soldat» et paraphrasait Maurras, la candidate LR à Marseille clamait «Travail, famille, Patrie» il y a quelques semaines, et Gabriel Attal répète régulièrement le slogan que «Le Travail rend libre».

Pendant plusieurs décennie, la droite dissimulait sa nature profonde car les souvenirs du fascisme et de la guerre étaient encore dans tous les corps et les esprits. À présent, elle renoue avec son identité profonde, celle qu’elle n’a jamais vraiment abandonnée : un appétit pour le nationalisme, le racisme, le militarisme et la dictature.

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.