Le Canard patauge en eaux troubles : un propagandiste pro-Israël et agresseur «pigiste de luxe»

Frédéric Haziza, le pigiste de luxe du Canard Enchaîné en service commandé contre la France Insoumise

Le Canard Enchaîné est une institution de la presse française. Le journal satirique est plus que centenaire, un journal libertaire fondé en 1915, en pleine Première Guerre mondiale. L’hebdomadaire était alors créé pour dénoncer la propagande de guerre, sa raison même d’exister était l’antimilitarisme et la dénonciation des puissants. À l’époque, il fallait énormément de courage pour aller à contre-courant de la censure, des discours guerriers, de «l’Union sacrée» contre l’Allemagne. Le Canard était d’ailleurs régulièrement menacé par les autorités et a fourni, au fil des décennies, d’importantes révélations journalistiques.

En 2026, le ton a bien changé. Confortablement assis sur une montagne d’argent et une histoire prestigieuse, le Canard patauge dans le sens du courant. Dernier exemple avec la boule puante lancée contre Bally Bagayoko, maire insoumis de Saint-Denis : un article écrit sous pseudonyme par un sioniste exalté.

Dans son édition du 4 août, le journal accusait l’élu de bénéficier d’un emploi fictif à la RATP. Ce «scoop» vise un maire noir qui subit depuis son élection des campagnes racistes continues, et qui est membre d’un parti déjà attaqué quotidiennement dans les médias. Sur la forme, ce n’est pas très courageux de s’en prendre à un élu déjà stigmatisé plutôt qu’à des personnes à des postes vraiment dominants. Sur le fond, l’article parle d’un recrutement «sans concours» ni entretien et d’un emploi «pas très prenant», manière de dire que Bally Bagayoko bénéficiait d’un salaire sans travailler. Dans la foulée, des plaintes contre X ont été déposées par une association contre le maire de Saint-Denis, pour des soupçons d’emploi fictif et de détournement de fonds publics.

Pour l’instant, aucune enquête n’est encore annoncée et les «révélations» ont largement pris l’eau. D’abord parce que la RATP a publié un communiqué le 12 août démentant formellement toute «allégation d’emploi de complaisance» et affirmant que Bally Bagayoko a été recruté en 2001 «après avoir passé les entretiens d’embauche, puis ceux préalables à la titularisation». Son ancien patron Jacques Marsaud estime que l’article repose sur des «sous-entendus infondés». Surtout, différents élus d’Île-de-France, y compris de droite et anti-LFI, contestent formellement les accusations. Dans Le Parisien Georges Mothron, maire Les Républicains d’Argenteuil, confirme l’avoir rencontré à de nombreuses reprises dans le cadre de ses fonctions. L’ancien maire de Sarcelles parle d’un homme «très compétent». D’autres élus PS et Modem le décrivent comme «présent et professionnel», «très actif sur le terrain» et même «indispensable». L’un d’eux explique : «Dès qu’on voulait contacter quelqu’un de la RATP, c’était vers lui qu’on se tournait». Très loin du portrait qui en est fait dans le Canard. À croire que l’hebdo n’a réalisé qu’une enquête à charge.

Et pour cause, l’article est signé du pseudonyme Camille Eider qui n’est autre que Frédéric Haziza. Un propagandiste d’extrême droite, fanatiquement pro-Israël, qui officie sur Radio J, France Info et LCP. Haziza est un obsessionnel anti-LFI : chaque invité qu’il reçoit est sommé de dénoncer les Insoumis, qui sont traités dans toutes ses émissions d’antisémites. Mélangeant les genres, il participe fièrement à des galas organisés par la chaîne génocidaire israélienne i24NEWS. Qu’un journaliste aussi influent s’affiche avec les réseaux d’intérêts d’une puissance étrangère et criminelle ne semble déranger personne, et il n’est jamais soupçonné «d’entrisme anti-républicain».

Sur Facebook, Haziza publie un photomontage mettant en scène Mathilde Panot avec Hitler. Sur son compte X, on trouve des centaines de tweets parlant de Mélenchon. L’homme politique est qualifié de «gourou du 1er parti antisémite de France» qui veut «semer le chaos». En décembre 2024, il compare la «secte LFI» et le régime de Bachar al-Assad, rien que ça. Haziza a aussi accusé le géopolitologue Pascal Boniface d’être antisémite et complice du terrorisme parce qu’il ne s’aligne pas sur l’impérialisme étasunien. Les propres collègues du journaliste le qualifient «d’agressif» et de «sans gêne», manquant à la déontologie la plus élémentaire. Entre autre exemples, Haziza a propagé le 22 mars 2025 une énorme intox reprise dans tous les médias : des manifestant·es auraient crié «À bas l’État, les juifs et les fachos» lors d’une mobilisation antiraciste. Tout était évidemment faux, mais l’important est d’imprimer des mensonges dans le débat public.

Par ailleurs, Haziza est accusé d’agression sexuelle contre une autre journaliste de LCP, ce qui lui a valu une mise à pied temporaire. Douze salarié·es ont expliqué qu’il était «coutumier de propos et comportements déplacés» et dénonçaient «l’influence» et «l’impunité» de cet homme. Son péché mignon est de se rendre, accompagné d’une caméra, aux abords des mobilisations de gauche pour provoquer des incidents, qui sont ensuite utilisés pour diffamer les manifestant·es. C’est dans ce contexte que le 25 novembre 2023, ce petit être très agressif a frappé une féministe lors d’un rassemblement, et reçu une baffe en retour.

Un militant sioniste agresseur et menteur écrirait donc dans un journal aussi sérieux que le Canard ? On n’ose y croire, et pourtant, la réalité est encore pire. On sait désormais par une enquête de Médiapart que Frédéric Haziza collabore avec l’hebdomadaire depuis 1991, où il bénéficie des colonnes les plus en vue sur la page 2, et qu’il est «un des pigistes les mieux traités», touchant «un salaire fixe de 100.000 euros par an et les mêmes avantages que les autres journalistes». Quand vous achetez le Canard, vous cotisez pour Haziza. Un journaliste confiait que «rien ne justifie ce salaire. Mais au Canard, c’est le fait du prince. Si tu t’entends bien avec le patron, c’est le jackpot». D’autres dénoncent l’opacité des rémunérations, dans un journal où, par ailleurs, de nombreux pigistes sont maltraités.

Comme le Canard est une institution, un journal respecté, peu de gens osent le critiquer. Et encore moins parler de son virage droitier. Un peu comme un grand-père qu’on aimait bien, mais qui devient de plus en plus gênant à chaque repas de famille.

Pourtant l’hebdomadaire s’est embourgeoisé et sclérosé. Il a constitué au fil des années un trésor de guerre de 130 millions d’euros, des locaux au cœur de Paris, dans la très chic rue Saint-Honoré, entre le Louvre et la Concorde, et verse de gros salaires pour la rédaction, composée d’hommes ayant largement dépassé l’âge de la retraite et qui monopolisent la direction. Il y a pourtant beaucoup de dessinateurs et de journalistes talentueux qui ne trouvent pas de poste, et il y aurait tout pour en faire un superbe journal de contre-pouvoir parlant à la jeunesse, ce qui manque tant actuellement en France. Pensez-vous, le seul revenu d’Haziza pourrait rémunérer plusieurs reporters d’investigation et représente plusieurs fois le budget annuel de Contre Attaque !

Avec un tel constat, il est logique que le Canard s’aligne sur le reste des médias, avec des attaques obsessionnelles contre ce qu’il reste de la gauche. La ligne du journal est désormais raccord avec celle des chaînes de télé : en septembre 2022, un édito défendait Fabien Roussel contre la France Insoumise accusée de soutenir «l’assistanat» et d’être déconnectée des classes populaires. En 2023, l’hebdo publiait des caricatures des membres de la France Insoumise déguisés en islamistes et tenant des armes de guerre dans les mains, criant «LFI akbar». Des propos ni intelligents ni originaux, lus 1000 fois dans la presse de droite. Et les lecteurs s’en rendent bien compte, puisque les ventes de l’hebdo sont en chute libre.

En septembre 2023, une enquête de Street Press dévoilait les méthodes de management du Canard qui n’ont rien à envier au patronat le plus brutal. Des pigistes mal payés, dont les articles sont signés par les vieux chefs du journal, du personnel précaire traité de façon humiliante… En 2022, un journaliste de l’hebdomadaire, Christophe Nobili, avait dénoncé un emploi fictif réservé à la compagne d’un des pontes du journal, et avait monté une section syndicale. Impardonnable : les patrons l’ont mis à pied et ont tout fait pour le licencier. Des procédures rejetées par l’inspection du travail.

Sur le conflit israélo-palestinien comme sur les autres sujets, le Canard n’a malheureusement qu’une obsession : taper sur la gauche. Et relayer le discours guerrier dominant contre les seuls à dénoncer les bombardements israéliens. À la veille de la campagne électorale, c’est donc le sinistre Haziza qui sort l’artillerie lourde contre un maire LFI. Une ligne éditoriale qui n’a pas grande chose à envier aux médias conservateurs. À quand le retour du Canard originel, irrévérencieux et indépendant ?

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