Marine Le Pen n’a pas seulement volé l’argent, elle a volé le mot d’ordre du macronisme

Tout était déjà prêt. Quelques heures seulement après l’allègement de sa condamnation, lui permettant comme par hasard de se présenter aux élections, Marine Le Pen avait déjà son slogan, son affiche de campagne, tout son plan de com’. En prime, elle était invitée au journal télévisé pour annoncer sa candidature.
Les mauvaises langues, ou juste les personnes dotées d’un cerveau, en déduiront que l’extrême droite savait à l’avance que la justice, qui avait été mise sous pression par le gouvernement et les médias, serait clémente et permettrait à sa candidate de faire campagne. Le scénario était écrit à l’avance. Une peine un peu ferme l’an dernier, une autre beaucoup moins un an plus tard en appel, juste avant le début de la campagne. Et une annonce de candidature dans la foulée, tout en conservant une étiquette de «martyr». Les conditions idéales.
Pour fêter ça, Marine Le Pen et son équipe ont choisi de recopier, littéralement, le nom et l’iconographie macroniste. Le 7 juillet au soir, l’héritière Le Pen publiait sa nouvelle affiche, toute en sobriété : fond bleu, drapeaux français, et le slogan «Pour la France, la Renaissance». Avec le mot Renaissance en jaune, pour bien insister dessus.
Renaissance, c’est le nom de la coalition au pouvoir : celle des macronistes. En septembre 2022, La République en marche était renommée ainsi lors d’un congrès du parti. Utiliser en guise de slogan de campagne le nom du parti qui règne depuis 5 ans est un message adressé à la bourgeoisie. C’est choix réfléchi : une batterie de publicitaires et de cadres du RN ont discuté et choisi de s’inscrire dans la continuité graphique et sémantique du gouvernement. Ils veulent apparaître comme le nouveau parti d’un bloc allant de l’extrême centre à l’extrême droite.
Il faut dire que Marine Le Pen gouverne déjà, de fait, avec Macron depuis des années. C’est elle qui a validé la nomination des derniers Premiers ministres. C’est elle et son parti qui ont préparé avec les macronistes la dissolution de l’Assemblée Nationale en 2024. C’est son programme qui est appliqué par le gouvernement, encore hier avec la loi sur la «présomption de légitime défense» pour les policiers. Le RN au pouvoir ne serait que la continuité, en plus autoritaire et raciste, de ce qui est déjà là. Et c’est probablement ce message que Marine Le Pen veut faire passer.
Inversement, Macron n’a jamais arrêté de faire des clins d’œil à l’extrême droite. «La France en Marche», avant d’être le nom de son parti, était un slogan pétainiste. En 1941 et 1942, le régime de Vichy utilisait cette formule comme titre d’une série de documentaires de propagande, chargés de vanter les valeurs de la France de Pétain.
Depuis, les références de Macron aux idées les plus réactionnaires ne se comptent plus : «La France est de retour» répétait le président dès 2018, reprenant les mots de l’extrême droite américaine. La même année, il disait que Pétain était «un grand soldat». En 2019, il invitait dans son avion privé le magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles et lâchait des propos racistes. En 2020, il évoquait le «pays légal» contre le «pays réel», un concept du dirigeant de l’Action Française, Charles Maurras. La même année, il appelait le pétainiste Zemmour pendant 45 minutes pour lui témoigner son «soutien», après que quelqu’un lui ait crié dessus dans la rue. En 2021 Gérald Darmanin qualifiait Marine Le Pen de «trop molle» lors d’un débat télé. En 2022 Macron décrivait la France en utilisant le concept de «nation organique», un concept fasciste. Il avait aussi ironisé à propos des naufrages de «kwassa kwassa», embarcations utilisées dans les Comores, dénoncé «l’immigrationnisme» de la gauche ou estimé que les urgences étaient «remplies de Mamadou». Autre exemple, l’une des têtes de listes de Renaissance lors des élections Européennes, Nathalie Loiseau, ancienne ministre de Macron, avait milité dans sa jeunesse au sein d’un groupuscule ouvertement néo-nazi : le GUD.
C’est un échange de bons procédés : le président ayant tout emprunté à l’extrême droite, c’est désormais cette dernière qui recycle son mot d’ordre. C’est la phase finale d’une hybridation qui ne nous laisse qu’un seul choix : le socialisme ou la barbarie.
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