L’extrême droite vient de passer de mauvaises journées : on apprend coup sur coup que Bardella a recruté un néonazi au Parlement Européen, qu’il est pété d’oseille malgré son image de «candidat du peuple», et que la justice européenne mène une vague de perquisitions contre le RN. On fait le point.

Un nazi à Bruxelles
Dans une enquête parue jeudi 25 juin, Médiapart révèle que Manuel Corchia, figure emblématique de la mouvance néonazie suisse, a réalisé des prestations vidéos et photos pour la fondation des Patriotes pour l’Europe, le groupe d’extrême droite présidé par Jordan Bardella au Parlement européen. Notamment chargé de couvrir une table ronde organisée le 11 février 2026 à l’hôtel Hilton de Strasbourg, l’homme de 25 ans a empoché 2648,45 euros financés par des fonds publics européens.
Manuel Corchia est un adepte de la guerre civile et de la violence, un partisan de la théorie de l’accélérationnisme, un courant de pensée qui cherche à provoquer une «guerre raciale» en Occident, en s’inspirant de méthodes terroristes avec l’idée d’un «jihad blanc». Dès 2020, il lance un groupuscule – l’Eisenjugend – qui partage sur ses boucles Telegram le manifeste de Brenton Tarrant, auteur de l’attentat sanglant de Christchurch en Nouvelle Zélande, qui avait ôté la vie à 51 personnes.
En 2020 également, le jour de l’anniversaire d’Adolf Hitler, Manuel Corchia s’introduit dans une conférence en ligne de l’Université des arts de Zurich. Une irruption ponctuée de slogans nazis. En perquisitionnant son domicile quelques mois plus tard, la police retrouve plusieurs armes à feu dont un fusil AK-47 détenu illégalement. Selon des médias suisses cités par Médiapart, il apparaît cagoulé et armé dans une vidéo de propagande diffusée par Eisenjugend. En 2021, Manuel Corchia est condamné, avec d’autres membres du groupuscule, à des amendes pour discrimination raciale, dégradation de biens et infraction à la loi sur les armes.
Fin 2020, Manuel Corchia fonde un nouveau groupuscule, baptisé Junge Tat («jeune action»), supposément plus respectable que l’Eisenjugend. Celui-ci est pourtant impliqué dans plusieurs affaires sordides, et a récemment traqué et publié les noms, profils et employeurs de plusieurs militant·es propalestinien·es sur les réseaux sociaux. Son logo, une rune Týr, renvoie à l’emblème utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale par un bataillon SS.
Invité sur France Inter la semaine dernière, l’élu du RN Jean Philipe Tanguy osait encore prétendre que le Rassemblement National avait «rompu avec ses origines» en lien avec «l’Occupation» et la «Collaboration». Au delà des «brebis Galeuses» et de la prétendue «dédiabolisation», force est de constater que le parti demeure aujourd’hui un formidable tremplin pour se reconvertir en douceur quand on est nazi ou raciste.
Perquisitions en série
Depuis 2025, une enquête à propos de soupçons de «détournement de fonds publics», «d’abus de confiance» ainsi que de «favoritisme» est ouverte contre les élus du RN.
Ce mardi 30 juin 2026, c’est un nouveau dossier qui a été ouvert dans cette enquête. Les perquisitions se sont déroulées au petit matin conjointement dans plusieurs capitales européennes. À l’origine ? Un rapport délivré par le journal Le Monde en juillet 2025. Il ne s’agit plus simplement d’emplois fictifs, mais aussi de détournements de fonds alloués par le parlement européen, à hauteur de 4,3 millions d’euros au minimum. Pour les partis nationalistes qui se prétendent hostiles à l’Union Européenne, il semblerait que profiter de l’argent des instances de Bruxelles ne pose pas le moindre problème.
Cette dotation doit en principe servir au fonctionnement d’un groupe parlementaire en rapport avec ses activités politiques. Sauf que des irrégularités ont été relevées par la direction des finances de l’institution européenne. Le secrétaire du parti n’ayant pu répondre clairement, l’enquête a révélé que pas moins de 3,1 millions d’euros ont été détournés vers deux prestataires du Front National.
Le premier est connu des plus avertis, il s’agit des firmes de la « GUD connexion ». Ancien groupuscule ultra-violent dissout, très proches du FN tant idéologiquement que physiquement, les dirigeants dont Frédéric Chatillon sont ni plus ni moins des amis intimes d’une trentaine d’années de Marine Le Pen. Une démonstration de plus que la «dédiabolisation» n’est qu’une fable.
Cette entreprise se nomme Europacom, et elle aurait touché 1,43 millions d’euros pour des impressions de presse et de livres. Pourtant, le rapport démontre qu’aucun appel d’offres réel n’a été établi, comme l’impose la loi européenne. Rajoutons que cette société n’a ni locaux, ni personnel, ni matériel d’impression ! Cette entreprise fantôme partage la même boîte postale qu’une autre entreprise de la « GUD connexion », la financière Wagram, détenue par Alex Loustau, lui aussi ancien membre du GUD et ami de longue date de Marine Le Pen. Son dirigeant, l’incontournable Frédéric Chatillon, a prénommé sa fille Edda en référence à la fille de Mussolini.
La seconde société, E-Nvictius, est dirigée par Paul-Alexandre Martin, ancien responsable du Front National jeunesse et ami de Chatillon. Elle se nommait anciennement Riwal, elle a fait peau neuve après l’affaire dans laquelle était impliqué le micro-parti de Marine Le Pen, et qui a abouti à sa condamnation pour « escroquerie et abus de biens sociaux ». La somme détournée s’élève à 1,7 millions d’euros.
Le rapport d’enquête conclut à propos de ces deux sociétés prestataires que «la vérification a relevé de graves irrégularités dans la procédure d’achat et un non-respect des principes de bonne gestion financière». Et Libération relève que ces deux sociétés ne sont pas les seules de « la galaxie Chatillon-Lousteau » à profiter des malversations du RN au parlement européen. Il y aurait également l’entreprise Citadelle communication, détenue par Christophe Boucher, lui aussi ami de trente ans de Frédéric Chatillon. Décidément, le RN arrose ses proches néo-nazis d’argent européen.
D’autres dépenses posent questions, comme celle de 154.300 euros pour une entreprise d’impression détenue par le fils d’un ancien eurodéputé FN. S’ajoutent aussi 133.000 euros pour la société Kon Tiki qui, selon le Canard Enchainé, est dirigée par Pascal Humeau, un ancien journaliste de BFMTV. Cette entreprise aurait formé en « Media training » des eurodéputés du RN, comme par exemple Jordan Bardella, mais aussi et pas des moindre, le militant raciste Damien Rieu.
Les fonds versés à l’extrême droite européenne ont aussi financé «l’Œuvre d’Orient» association qui soutient les chrétiens partout dans le monde. Pour un parti qui prône à longueur de journée la « laïcité » pour taper sur les musulmans, on repassera pour la crédibilité.
Dans les poches de Bardella
Cette enquête met aussi en lumière l’enrichissement personnel du nouveau poulain du RN. En plus d’un emploi fictif, Bardella aurait touché des sommes importantes en cash, non déclarées, ainsi que son appartement dans le luxueux ouest parisien. Investissant son argent dans l’immobilier, il a acheté en 2020 un logement dans les Hauts-de-Seine. Le narratif du gamin qui se serait construit au mérite et au labeur n’abuse que les crétins : Bardella est millionnaire grâce à ses fraudes et à la famille Le Pen, et affiche désormais une richesse décomplexée aux bras d’une aristocrate.
Autre motif d’étonnement : dans sa déclaration, le candidat RN ne mentionne pas les 730.000 euros touchés par la maison d’édition Fayard en deux ans, une entreprise rachetée par Bolloré en 2023. La Haute Autorité à la Transparence de la Vie Public (HATPV) aurait récemment reçu une « déclaration de modification substantielle des intérêts ». Celle-ci devrait casser le mythe et confirmer la fortune de Jordan Bardella.
Autre « fun-fact » : la copine de Bardella, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, est une descendante directe des rois de France. Si Bardella était élu président alors cela réinstallerait au pouvoir le clan royal que le peuple français a guillotiné.
Tout est faux au RN : un candidat en carton, un parti «populaire et antisystème» qui roule pour les grandes fortunes et qui est géré par des ultra-riches, un parti «dédiabolisé» truffé de nostalgiques d’Hitler et de Mussolini qui s’en mettent plein les poches. Le château de carte s’effondre, mais les médias préfèrent organiser des duplex sur un gamin de 14 ans qui arrose des passants.
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