Fin de l’anonymat en ligne : le gouvernement prend un camouflet, mais repart à l’attaque

Une ado tient un téléphone portable : pas besoin de vérification d'identité... pour le moment.

C’est une gifle qui vient de heurter le gouvernement Macron et l’une de ses mesures phares : la fin de l’anonymat en ligne ne passera pas. Ce 14 août, la loi dite de «majorité numérique» visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, qui avait été adoptée en juillet à l’Assemblée Nationale, a été censurée par le Conseil Constitutionnel. Cette loi porte, selon le conseil, «une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et au respect de la vie privée». En effet ce dispositif, qui devait rentrer en vigueur le 1er septembre, allait obliger tous les utilisateurs, y compris majeurs, à prouver leur âge, «sans garanties suffisantes sur les modalités de cette vérification». Les députés LFI avaient saisi le Conseil Constitutionnel pour statuer de la légalité d’une telle mesure, et ils ont obtenu gain de cause.

À titre de comparaison, le fait de contrôler l’identité de tous les utilisateurs de réseaux sociaux est appliquée en Chine, mais la France aurait été le premier pays d’Europe a empêcher l’anonymat en ligne. La loi macroniste allait confier à des services de vérification tels que «France Identité» une manne d’informations colossales et sensibles. L’État aurait ainsi accès à l’identité de tous les utilisateurs auteurs de tous les commentaires dérangeants, en temps réel. Quand on voit le nombre de procédures pour «apologie du terrorisme» ou «injures» après de simples publications pour la Palestine ou des injures contre Macron, l’objectif semble évident.

Et c’est sans même parler de l’incompétence absolue des services numériques de l’État français : quasiment toutes les semaines, les bases de données de divers services publics sont piratées, et des millions d’informations personnelles se répandent sur la toile. Il est presque certain que les données récoltées grâce à la loi de «majorité numérique» seraient hackées elles aussi.

Comble du cynisme, cette loi prétendait «protéger les mineurs» sur internet, alors même que toutes les politiques gouvernementales détruisent la santé mentale et physique de la jeunesse et saccagent son avenir. Si Macron se préoccupait du bien être des jeunes, il arrêterait de les réprimer, de détruire l’éducation, les APL et le code du travail. Et s’il s’inquiétait de la prolifération de contenus toxiques et mensongers en ligne, il s’en prendrait aux géants de la tech’ comme Elon Musk, qui a fait de X un dépotoir d’extrême droite.

Cette annulation est donc une petite victoire. Mais quand il s’agit d’imposer des reculs, les macronistes n’abandonnent jamais. Le président repart à l’attaque et a immédiatement demandé à Sébastien Lecornu de proposer une nouvelle version du texte d’ici au printemps 2027, pour qu’il rentre dans les clous du Conseil Constitutionnel.

Cette opération aurait de bonnes chances de gagner, car les partis du système font bloc en faveur de la loi. Raphaël Glucksmann appelle le gouvernement à «reformuler» la loi pour qu’elle puisse être appliquée. Valérie Pécresse de LR s’insurge : «Encore une fois, le Conseil constitutionnel s’érige en contre-législateur […] De quel droit ? L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans est une urgence. On marche sur la tête». Une «Républicaine» qui s’oppose à l’institution chargée d’encadrer les lois. Enfin, la vice-présidente du RN Edwige Diaz déclare que son parti votera en faveur de l’identification sur les réseaux sociaux si le texte est modifié et proposé à nouveau. Ce n’est donc qu’un répit.

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