Violences sexuelles dans la police : deux nouveaux crimes commis sur des personnes vulnérables


Le 19 juin 2025, les journalistes Leïla Miñano, Sarah Benichou et Sophie Boutboul révélaient une enquête sur les violences sexuelles commises par les forces de l’ordre. Résultat : elles avaient recensé au moins 429 victimes, et 215 agresseurs. Parmi elles, 76% de femmes, 6% d’hommes, 18% de personnes mineures. Précision d’importance, il ne s’agit là bien sûr que des affaires pour lesquelles les victimes ont porté plainte. Deux nouveaux cas terribles viennent de s’ajouter à la liste.


Deux affaires nous rappellent que les enfants et les personnes âgées sont vulnérables, deux publics censés être prioritairement protégés. Mais qui les protège de la police ?

Un policier adjoint du commissariat de Rouen âgé de 21 ans mis en examen pour viol sur mineur et détention d’images pédo-pornographiques.

Le 7 août 2026, le jeune agent est arrêté par des collègues au domicile de sa grand-mère à Amiens, dans la Somme. Lors de l’interpellation, il est retrouvé seul dans une pièce en compagnie d’un enfant de 14 ans. Ce sont les parents de l’adolescent qui ont donné l’alerte. Leur fils a été retrouvé après la géolocalisation de son téléphone. Selon les premiers éléments de l’enquête, le pédocriminel en uniforme a réussi à rentrer en contact avec la victime via un site de gaming. Immédiatement placé en garde à vue, il a été auditionné avant d’être déféré au tribunal. La justice le mettra ensuite en examen puis en détention provisoire.

Les faits reprochés au policier sont gravissimes. Il est poursuivi pour «viol d’un mineur de 15 ans avec différence d’âge de 5 ans», «provocation d’un mineur à la consommation de stupéfiants», «proposition sexuelle suivie d’une rencontre», «corruption de mineurs de 15 ans» et «détention d’images à caractère pédopornographique», détaille le parquet. Et il y a pire dans cette histoire scabreuse.

Le policier avait déjà été mis en cause dans une précédente affaire de viol sur mineur et de diffusion d’images de nature sexuelle. L’affaire avait été classée sans suite en 2026 car les faits n’étaient «pas suffisamment caractérisés» selon les propos du magistrat. Cela signifie que ce prédateur assermenté a pu continuer à exercer le métier de policier, voire peut-être même passer le concours alors qu’une enquête était en cours…

Sébastien Gallois, le procureur de Rouen, a annoncé que CETTE FOIS-CI, le fonctionnaire a «été suspendu de ses fonctions et son contrat ne sera pas renouvelé». Nous voilà rassurés…

En avril 2025, une octogénaire atteinte d’Alzheimer agressée sexuellement par un commandant de police.

La nuit du 5 au 6 avril 2025, un fonctionnaire de police de 54 ans était admis aux urgences suite à un choc à la tête, dans l’hôpital de Gleizé dans le Rhône. Au même moment, une femme de 89 ans était admise pour une blessure au bras. Cette patiente, qui souffre d’Alzheimer, attend dans un couloir de l’hôpital. C’est dans la soirée que le commandant s’est dirigé vers le brancard de sa victime pour l’agresser, et ce sont des soignants qui ont mis fin à la scène. Des images de vidéo-surveillance montrent l’homme caresser la poitrine et embrasser l’octogénaire de force pendant de longues minutes.

Le 10 juillet 2025, le policier poursuivi pour agressions sexuelles a plaidé l’amnésie lors de son procès, à cause de la prise de médicaments et de la consommation d’alcool ce soir-là. Une justification lamentable, et un comble quand on sait que la victime souffre, elle, de véritables troubles de la mémoire et de la parole. Les magistrats ont condamné le prévenu à 4 mois de prison avec sursis et 2000 euros d’amende ainsi qu’un l’inscription au fichier des délinquants sexuels et à une inéligibilité de trois ans. Il avait été aussi suspendu administrativement de ses fonctions.

Impunité organisée

Ces affaires nous rappellent que les enfants et les personnes âgées sont vulnérables, deux publics censés être prioritairement protégés. Mais qui les protège de la police ?

Les violences sexuelles ne sont pas propres aux hommes portant un uniforme, mais le pouvoir et le sentiment d’impunité que leur apporte leur fonction facilite les passages à l’acte. En particulier contre des personnes fragilisées, isolées ou à la merci des autorités. Dans la nuit du 28 au 29 octobre dernier, une jeune femme déférée au parquet de Bobigny était victime de viols par deux agents de police dans sa cellule. L’un des deux policiers avait filmé la scène et sauvegardé la vidéo sur son téléphone.

En 2017 Manon, jeune mère de 28 ans qui se rendait au commissariat de Toulouse pour chercher de l’aide pour protéger sa fille face à son mari violent, était violée par le policier Jean-Pierre F., qui l’accueillait dans son bureau. Il avait «bloqué la porte, lui avait attrapé la tête, et forcé à faire une fellation». Cet homme avait fait d’autres victimes sur le même mode opératoire.

La liste de ces agressions sexuelles est encore longue, et révèle un système que personne ne veut remettre en question. Depuis 2021, seuls 18 policiers ont été sanctionnés pour des faits de violences sexuelles. Seulement 10 ont été expulsés de l’institution ou mis à la retraite. En 2023, 46 gendarmes ont été sanctionnés. Combien ont été radiés ? Seulement 3. Il s’agit bien d’une impunité organisée. Mais qu’attendre d’un président de la République qui adule les violeurs comme Gérard Depardieu et les fait entrer au gouvernement comme Gérald Darmanin ?

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