
En février dernier, le mouvement antifasciste subissait une campagne de criminalisation sans précédent après une bagarre perdue par un groupe néo-nazi à Lyon. À l’époque, nous étions bien peu nombreux à rappeler que cette ville est un bastion de l’extrême droite violente, et que l’antifascisme n’y est que de la légitime défense. Une nouvelle preuve dans la soirée du 29 août 2026 : un déferlement de haine a eu lieu aux abords du Stade de l’Olympique Lyonnais, provoqué par un groupe de supporters néo-nazis.
Ce n’est une surprise pour personne : les tribunes du Groupama Stadium de la capitale des Gaules sont vérolées par l’extrême droite depuis des années. Elles fournissent l’un des plus gros contingents du hooliganisme français, et bon nombre d’individus de la mouvance identitaire lyonnaise s’y s’organisent, frappent, socialisent. C’est un véritable incubateur de violence néo-nazie dans la ville, semant la terreur aux abords du stade mais aussi bien au-delà, avec la complicité de la direction. L’image du club en est tellement écornée qu’il est difficile de se dire supporter lyonnais sans être assimilé à l’extrême droite.
Un mineur roué de coups au sol
Le soir du 29 août, plusieurs groupes de hooligans se retrouvent en amont de la rencontre pour organiser leur expédition raciste, notamment des «indépendants» n’appartenant à aucune structure définie, des membres des ultras de «Lyon 1950» et d’autres du collectif South Side Lyon. Ce dernier est connu pour héberger la mouvance d’extrême droite lyonnaise, allant des identitaires aux néo-nazis.
Adam, 17 ans, rentrait d’un match de futsal entre amis quand cette horde s’en est prise à lui sur le parvis du stade. Il n’allait même pas au match. En tentant de fuir l’attaque, le jeune homme chute au sol. Il est roué de coups par une dizaine d’agresseurs. Un témoin affirme que le mineur a reçu plusieurs coups de pied dans la tête ainsi que des jets de bouteilles et des crachats. L’adolescent est laissé pour mort et certains membres du commando prennent des vidéos de leurs exactions. Hospitalisé, Adam subit un bilan clinique particulièrement lourd : «Une mâchoire fracassée, un nez cassé, des bleus partout et 30 jours d’ITT». Il s’agit ni plus ni moins que d’une tentative d’homicide en bande organisée à caractère raciste.
D’autres témoignages récoltés par les journalistes du Progrès confirment cette scène d’une rare violence. Plusieurs personnes disent avoir été poursuivies par des dizaines d’individus cagoulés et armés, certains équipés de casques de moto, matraques, gazeuses et tessons de bouteilles. «Toute la panoplie pour faire le plus mal possible» explique l’une des victimes. Des insultes racistes ont été proférées lors de la charge des nervis fascistes, dont «attrapez les bougnoules», «allez, courez sales négros», des attaques décrites comme «une chasse à l’homme» et un «lynchage».
Une élue de gauche et son conjoint passés à tabac
Adam n’est pas le seul blessé grave de cette descente fasciste. Quelques heures plus tard Meriem Bouchedda, élue d’opposition à Rillieux-la-Pape, est agressée avec son conjoint. Elle a été la première à dénoncer cette nuit d’horreurs dans la presse.
Vers minuit après avoir assisté au match, le couple sort du stade et croise un groupe de six hommes qui portent des maillots de l’OL, sortant du bar le Fût à mesure avec «des bières à la main». À leur niveau, l’un des supporters lyonnais lance «sales bougnoules». Son compagnon demande à qui il parle, il est immédiatement jeté au sol et passé à tabac par son agresseur.
Quand Meriem tente de s’interposer, un autre homme s’en prend à elle. L’élue appelle à l’aide. Plusieurs supporters arrivent sur les lieux, ils portent des écharpes et des tee-shirts «Bad Gones» et «Identité Lyon». Les propos recueillis sont glaçants : «Une douzaine d’autres personnes arrivent en demandant ce qu’il se passe, et ceux qui s’en prenaient à nous ont simplement répondu ‘t’inquiète, c’est un sale arabe’». Les derniers arrivants regardent l’agression sans intervenir, l’air goguenards.
Emmenées à l’hôpital, les deux victimes souffrent de multiples fractures, d’ecchymoses, de traces de strangulations et de bleus sur tout le corps. L’élue a dû être opérée après une fracture au poignet.
Guet-apens armé contre des supporters antiracistes
À Lyon, certains amateurs de football refusent tout de même de laisser le terrain aux fascistes. C’est le cas d’Atypik, un groupe de supporters antiracistes qui fournissent un espace «cosmopolite et populaire» en tribune.
Dans un communiqué, eux aussi expliquent avoir été pris à partie dans une embuscade à leur arrivée au stade le soir du match opposant l’Olympique Lyonnais au Havre Athletic Club : «Nous aurions préféré que notre prise de parole porte sur un sujet bien différent, loin de la gravité des événements survenus le 29 août. Alors que nous allions au stade pour assister au match contre Le Havre, un groupe d’au moins 70 personnes cagoulées a tenté de nous tendre un guet-apens aux abords des entrées du Groupama Stadium, duquel nous nous sommes défendus».
Les supporters disent aussi apporter leur soutien aux différentes victimes des agressions survenues le même soir, avant de réaffirmer leurs engagements antiracistes. Les AtypikLyonnais sont régulièrement ciblés par d’autres factions de supporters proches de l’extrême droite.
Lyon, un contexte de violences fascistes généralisées
La terreur d’extrême droite est une réalité à Lyon : le média Rue 89 a recensé 102 agressions de groupuscules fascistes dans la capitale des Gaules entre 2010 et 2025. 70% d’entre elles restent impunies.
Les lynchages commis aux abords du Stade ne viennent pas de nul part. La porosité entre certaines associations de supporters Lyonnais, groupuscules identitaires et la direction du club est évidente. Le prétendant à la mairie de Lyon Jean-Michel Aulas a d’ailleurs fait preuve d’une grande complaisance lorsqu’il était à la tête de l’OL.
Enfin, les méthodes utilisées sont toujours les mêmes : une embuscade armée, comme lors de l’affaire Deranque. D’ailleurs une banderole en hommage au néo-nazi décédé en février avait été déployée en tribune par des supporters lyonnais lors d’une rencontre contre l’OGC Nice : «Repose en paix Quentin».
Malgré l’extrême gravité des violences en série commises mardi dernier, les autorités et les médias restent très discrets. On aurait pu s’attendre à des condamnations fermes, des débats nationaux, des mesures contre l’extrême droite et une mise en cause du RN. Ce n’est évidemment pas le cas, il n’y a rien à attendre de l’État dans la lutte contre l’extrême droite. Pour autant, on peut se poser cette question : si les victimes des agressions du 29 août s’étaient défendues et qu’un néo-nazi avait mal fini, les médias auraient-ils à nouveau criminalisé l’antifascisme et défendu l’extrême droite ?
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