État des lieux d’un ensauvagement de la répression qui touche aussi les agents armés par les mairies

Fortes tensions dimanche 6 septembre dans l’Oise, à Margny-lès-Compiègne, une commune de 8.000 habitants où un rassemblement était organisé pour rendre hommage à Paul Tancre. Ce père de famille surnommé «Lapin» est décédé le 21 août, dans des circonstances troubles, alors qu’il était pourchassé par un véhicule de Police Municipale. Le véhicule de la victime aurait été percuté, puis son corps expulsé de l’habitacle se serait fait rouler dessus par la voiture de police. Un agent a été mis en examen pour «homicide routier».
Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les unités de la BAC qui jouent au cowboys, font des courses poursuites et tirent, mais toutes les forces de répression, y compris les municipaux. À Margny-lès-Compiègne, la police a réprimé la marche blanche, et arrêté deux participants, dont l’activiste Ritchy Thibault.
Ces violences d’État sont l’occasion de revenir sur la militarisation des polices municipales.
Balles en caoutchouc à Romainville
Dans la continuité de la brutalisation des forces de répression, les mairies arment elles aussi leurs polices à marche forcée. Gilets tactiques, casques anti-émeutes, LBD, Tasers, revolvers, créations de brigades anti-gang… les municipalités se dotent d’un arsenal toujours plus répressif qui n’a parfois rien à envier à leurs collègues de la police nationale. Et dans ces conditions, les crimes barbares ne peuvent qu’advenir.
Le 15 juillet dernier, une vidéo devenait virale sur les réseaux sociaux. Datée du 30 mai 2026, prise à Romainville le soir de la victoire finale du PSG en Ligue des Champions, elle cumule plus de 3 millions de vues en ligne. On y voit une gerbe de feux d’artifice tirée en l’air, ne menaçant personne. Immédiatement après, une voiture de Police municipale arrive. Un agent armé descend du véhicule et tire 2 fois avec un Flash-Ball en direction des fuyards, deux détonations en tirs tendus vers des personnes qui ne représentaient aucun danger. Une punition extra-judiciaire.
Cette arme mutilante équipe la municipale de Romainville depuis 2022. Avec un tel armement, n’importe quel fou de la gâchette peut dézinguer un adolescent parce qu’il a simplement illuminé le ciel avec un engin pyrotechnique. Ce sont des pratiques fascistes. Le même soir, rappelons qu’au moins 6 jeunes ont été éborgnés en région parisienne par des policiers.
Exécution près d’Avignon
Dans la nuit du 14 au 15 juillet dans le Vaucluse, au péage de Vedène, Cheikh F. âgé de 29 ans, est tué par balles par un policier municipal du Pontet au volant de son véhicule. Selon les témoignages des agents, il avait été pris en chasse après ce qu’ils décrivent être un «refus d’obtempérer». La course-poursuite aurait duré plus d’une douzaine de kilomètres au-delà des limites de la commune et de leur zone d’intervention, sans jamais avertir les services autorisés. Rien ne dit que le dénouement de ce drame n’aurait pas été le même avec la gendarmerie ou la police nationale, mais le fait de ne pas les solliciter et, pire, d’ouvrir le feu, témoigne d’une forme de dépassement des fonctions qui s’inscrit dans un processus de militarisation galopante des polices municipales.
Selon les enquêteurs, le véhicule de Cheikh F était bloqué entre deux voitures de Police Municipale ainsi que les glissières de sécurité de l’autoroute A7 lorsqu’il a été abattu par l’agent Théo U. de deux balles de Glock. Il ne pouvait pas faire demi-tour, ni s’échapper. Comme dans le cas de multiples affaires de crime policier, les agents ont déclaré avoir été mis en danger par la victime pour justifier les tirs. Des déclarations souvent mensongères, comme l’affaire Aboubacar abattu en 2018 à Nantes, ou plus récemment celle de Nahel. Médiapart expliquait d’ailleurs dans un article du 3 août que les versions des agents et les premières auditions révélaient des récits contradictoires.
Après 32 heures de garde à vue, le policier municipal du Pontet était mis en examen pour des «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner» par un juge d’instruction d’Avignon. Ce drame intervenait une semaine à après l’adoption de la loi sur le permis de tuer à l’assemblée nationale.
Traque contre un voyageur
Nous l’évoquions en introduction : la nuit du 21 au 22 août, Paul Tancre, 46 ans, issu de la communauté de gens du voyage, décédait après « un refus d’obtempérer » dans l’Oise. Encore une fois, c’est la Police Municipale qui en est responsable. La famille du défunt et des témoins affirment que la voiture de Paul Tancre a été percutée au moins deux fois par les agents municipaux de Margny-Lès-Compiègne, avant qu’il ne soit écrasé et traîné sur plusieurs dizaines de mètres par leur voiture. Ici, pas de tirs policiers, mais une férocité qui concurrence largement les effectifs de la police nationale.
Voyous d’extrême droite
La maire LR de Villeneuve-Saint-Georges, Kristell Niasme, «prône une politique sécuritaire, dont l’une des principales mesures a été la hausse des effectifs de policiers municipaux, passés de quatre à dix-sept» expliquait le quotidien L’Humanité. Des agents armés de pistolets électriques, d’armes à feu et de chiens d’attaque. En avril dernier, 11 de ces policiers ont été arrêtés puis placés en garde à vue, soit plus de la moitié des effectifs de cette unité de la ville.
Ces agents, dont certains arborent des crânes rasés à blanc et des tatouages douteux, sont soupçonnés par les enquêteurs «de violences aggravées, faux en écriture, violations de domicile, vol ou encore dégradation». Ils ont tabassé et électrocuté des habitants, et semé la terreur dans la commune. Des pratiques mafieuses qui n’ont rien à envier aux pires ripous.
Tirs à Marseille
Le 24 avril 2026, une enquête était ouverte par le parquet de Marseille pour «homicide volontaire». Plusieurs policiers municipaux avaient fait usage de leurs armes à feu sur un homme de 26 ans lors d’un contrôle routier, dans le 11ème arrondissement de la cité phocéenne. Là encore, des agents de la ville se comportent comme les unités les plus militarisées du maintien de l’ordre et calquent leurs pratiques.
Un alignement sur la violence la plus élevée
Alors que la Police Nationale recrute toujours plus, la Police Municipale suit le mouvement. Il n’y avait que 5.000 policiers municipaux en 1984, il y en a presque 30.000 aujourd’hui. Et ces forces obéissant aux maires n’étaient pas armées il y a encore quelques années. Maintenant, elles sont équipées pour donner la mort.
De nombreuses communes ont déjà doté leurs polices d’armes à feu. Le cas le plus emblématique est la ville de Béziers et son maire d’extrême droite Robert Ménard. En février 2015, il équipe la police municipale de pistolets automatiques à grands renforts de campagne publicitaire. Des affiches placardées dans les rues montraient un revolver, un écusson tricolore et la mention «Désormais la police municipale a un nouvel ami, armée 24h/24 et 7j/7». En 2020, Mohamed Gabsi est tué par la police municipale de Béziers en plein confinement.
Un armement qui se généralise
Les armes à feu pour les municipaux ne sont pas réservées aux mairies d’extrême droite. Le 3 avril 2025, dans la ville ouvrière de Saint-Nazaire, le Parti Socialiste et son maire David Samzun annonçaient offrir aux agents municipaux des armes mortelles. Selon lui, il était nécessaire de permettre à ses agents de tirer à balles réelles «en raison de leur présence régulière comme primo-intervenants sur les incidents». C’est bien connu, Saint-Nazaire est un territoire plus violent que Chicago.
En juin dernier, les policiers municipaux nantais se mettaient en grève afin d’obtenir eux aussi des armes létales. Pour le moment, la maire socialiste Johanna Rolland refuse de céder, mais ce n’est qu’une question de temps vu la politique sécuritaire de la ville, qui s’apprête à construire un CRA…
Et quand des maires assument mollement vouloir désarmer les agents municipaux, cela suscite des polémiques nationales : souvenez-vous quand le maire insoumis de Saint-Denis Bally Bagayoko voulait retirer les LBD aux policiers municipaux, pour appliquer sa promesse de campagne. Il ne s’agissait que d’une mesure minimale pour revenir à la situation d’avant 2020, mais elle a été présentée comme une mesure «radicale» et «anti-police» dans les médias.
Durant le mandat du maire socialiste Mathieu Hanotin cette police municipale avait été équipée de pistolets 9mm et de chiens d’attaque. Le PS n’a eu aucun mal à se calquer sur le programme sécuritaire et répressif de l’extrême droite. Après plusieurs semaines de déstabilisation et de campagne médiatique diffamatoire, le maire insoumis avait reculé et renoncé à désarmer sa police.
Avec la multiplication des lois sécuritaires des dernières années qui élargissent les prérogatives des Polices Municipales et agences privées, l’engrenage macabre ne semble pas pouvoir être freiné. Bientôt, différentes forces policières locales et nationales, ainsi que des milices privées, toujours plus nombreuses, agiront dans l’espace public avec des armes létales.
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