
De la colère et des flammes dans la nuit du 19 au 20 septembre, à Saint-Pierre-des-Corps, commune populaire à côté de Tours. Barricades, véhicules qui partent en fumée, déploiement policier massif, hélicoptère et affrontements. La révolte s’est répandue comme une trainée de poudre après qu’une voiture de police ait percuté un jeune homme à scooter. Ce dernier a été gravement blessé à la jambe mais est heureusement encore en vie. Des images prises sur place montrent le véhicule sérigraphié encastré dans le deux roues, signe d’une violente collision.
La préfecture communique froidement qu’au cours d’une intervention, une «moto a été heurtée par un véhicule de police». Et tous les médias parlent d’un simple «accident». Sauf que ce n’en est pas un : les forces de l’ordre ont délibérément tamponné la victime pour l’arrêter. D’ailleurs, le policier au volant a été placé en garde à vue, un fait rarissime. Et ces pratiques ne sont pas nouvelles non plus dans le quartier. Thomas Delplace, élu Insoumis local, révèle qu’il a déjà alerté la préfecture en mai dernier, suite à une précédente tentative «d’interception» d’un scooter par une voiture de police. La scène, très dangereuse, avait choqué les témoins. Lors de cette intervention, les policiers avaient tiré des grenades lacrymogènes et de désencerclement dans le quartier, au milieu des familles.
Cette méthode barbare est appelée le «parechocage» : elle consiste à percuter une personne pour l’arrêter. Sa légalisation est réclamée par les syndicats policiers depuis des années. Eric Zemmour avait ainsi déclaré : «Je suis favorable au contact tactique» entre les voitures de police et les deux-roues.
Même si elle n’est pas légale en France, cette technique est fréquemment utilisée par les policiers dans les quartiers populaires. Et elle tue de plus en plus.
Le 6 septembre 2023, à Élancourt, en banlieue parisienne, un adolescent de 16 ans était décédé après avoir été pris en chasse par une voiture de police. Un deuxième véhicule policier s’était mis sur son chemin et l’avait délibérément percuté. En mars 2024, un jeune homme qui circulait à scooter, à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, était mort après avoir été percuté par une voiture de police. Il n’avait que 18 ans et était originaire de La Courneuve. Selon un témoin de la scène, «il y avait 2 personnes sur le scoot’ et la voiture de police a coupé la route, ils ont tamponné le mec et après il est rentré dans la camionnette».
D’autres violences routières ont été causées par les forces de l’ordre suite à des «parechocages», comme le 13 avril 2023 à Paris : trois adolescents sur un scooter étaient percutés par une voiture de police. Une jeune fille de 17 ans avait été placée dans le coma et un jeune de 14 ans était hospitalisé dans un état grave. Les agents avaient ouvert leur portière pour déstabiliser le scooter. Grâce aux images, trois policiers avaient été mis à pied. En 2007 déjà, deux jeunes avaient été tués à Villiers-le-Bel de la même manière, provoquant d’importantes émeutes.
Les autorités prétendent qu’en chassant et en percutant d’autres véhicules pour les arrêter, ils «protègent» la population et luttent contre les infractions routières. Sauf que, bien souvent, ce sont les policiers qui risquent la vie des personnes poursuivies, surtout si elles sont sur des deux-roues, et qui mettent en danger les passants en roulant comme des chauffards.
Mercredi 17 juin dernier au Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis, une femme âgée d’une soixantaine d’années a été percutée par un véhicule de la police. Sur une vidéo mise en ligne, on voyait le véhicule à l’arrêt, encastré dans des barrières en métal qui ont cédé sous la puissance du choc. Il avait les gyrophares allumés, le pare-chocs brisé, et au niveau de la roue arrière gauche, au sol, se trouvait une femme. Entourée par des policiers patauds, elle criait de douleur. Selon la version officielle, les fonctionnaires «tentaient d’intercepter deux personnes sur un deux-roues» qui auraient refusé un contrôle. Pourtant, ce sont bien eux qui ont failli tuer cette femme et mis les habitants en danger.
Cette affaire en rappelle une autre, survenue le 22 avril dernier, à Sartrouville. Vers 22h50, Mohamed El Bachiri, un habitant âgé de 81 ans, avait été renversé par une voiture lancée à pleine vitesse dans une rue passante, alors qu’il sortait de la mosquée. Les chauffards étaient des membres de la BAC d’Argenteuil, qui roulaient à vive allure. La version officielle était la même : les agents menaient une course poursuite après un «refus d’obtempérer». Pour rappel, les policiers ne peuvent engager de poursuite à vive allure que pour les délits les plus graves. Et pas pour un simple refus de contrôle, une infraction qui est en principe exclue des consignes officielles.
Lorsque vous entendrez les médias parler des «émeutes» de Saint-Pierre-des-Corps comme si elles n’avaient aucun motif, souvenez-vous du nom de cette pratique indéfendable et meurtrière : le parechocage.
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