L’usage le plus massif d’armement de toute l’histoire de la police française. Le moment le plus répressif depuis au moins 60 ans.

Le niveau de violence d’État déployé le 17 octobre dernier contre la population est encore loin d’être évalué entièrement, tant il est immense.
Le 3 novembre, dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur cette journée de mobilisation, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez affirmait que 22.000 lacrymogènes ont été utilisées contre les manifestant·es ce jour-là.
C’est tout simplement sans précédent dans l’histoire. À titre de comparaison, c’est quasiment trois fois plus que lors de l’acte III des Gilets jaunes le 1er décembre 2018, considéré comme un sommet insurrectionnel et répressif. C’était la journée qui avait vu l’Arc de Triomphe envahi, la police chassée des rues, des préfectures et des commissariats attaqués, et l’Élysée approché. C’est aussi quatre fois plus qu’à Sainte-Soline, autre paroxysme des violences d’État en mars 2023 : les gendarmes avaient tiré près de 5.000 grenades dans les champs. C’est deux fois plus que l’opération d’expulsion de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en 2018, qui avait duré une dizaine de jours sur une vaste étendue de bocage.
Les chiffres donnent le vertige. Il y a quelques jours, on apprenait que les policiers des huit compagnies d’intervention parisiennes ont utilisé, à eux seuls le 17 octobre, environ 4.000 grenades lacrymogènes et 700 grenades à effet assourdissant. Une quantité qui ne comprend pas celles tirées par les CRS, les gendarmes mobiles et les autres unités.
Les CRS révélaient leur propre comptabilité : 19.000 grenades tirées dans toute la France le 17 octobre, uniquement dans leurs rangs, donc sans compter la gendarmerie et les compagnies d’interventions. Rien qu’en recoupant ces chiffres, on devine que le bilan donné par Laurent Nunez, bien que colossal, reste sous-évalué.
Ces dernières semaines, nous avons regardé les articles de la presse locale sur cette journée pour en saisir le niveau de répression. À Limoges, la préfecture annonçait avoir utilisé 1.000 grenades et 400 tirs de LBD. À Bordeaux, 4.400 grenades tirées. À Rennes, plus de 1.000 grenades ont été tirées selon le syndicat Alliance. À Toulouse, «près de 500 grenades à main et plus de 1.500 grenades tirées au lanceur». Et ce ne sont que les chiffres parcellaires rendus publics par les autorités.
Si l’on s’en tient au chiffre du Ministre de l’Intérieur, 22.000 munitions lacrymogènes achetées à 40 euros l’unité représentent 880.000 euros. Ça représente le coût de beaucoup de vitrines. Si on estime que les forces de l’ordre ont tiré pendant 10 heures sans s’arrêter, cela représente une grenade chaque 1,6 seconde, ou 37 par minute.
Surtout, ce chiffre ne comprend pas tout le reste de l’arsenal : les grenades explosives, jetées par milliers également, ou encore les balles en caoutchouc et autres armes mutilantes. Si l’on combine ces données au nombre d’arrestations, aux procédures antiterroristes qui tombent, au nombre d’interdictions de manifester, au nombre de mutilé·es, et aux deux hommes morts à Paris dans le cadre d’interventions policières le week-end du 17 octobre, on peut affirmer sans détour que nous vivons le moment le plus répressif et dictatorial depuis au moins 60 ans.
Ceux qui prétendaient, y compris à gauche, que la police aurait «laissé faire» ce jour là sont les idiots utiles de l’autoritarisme.
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