Nouvelle vague de répression contre les milieux qui résistent à l’extrême droite. Plusieurs personnes emprisonnées, alors qu’elles ne sont même pas accusées d’avoir mis des coups. Impunité totale pour le groupe néo-nazi de Quentin Deranque qui a initié la bagarre.

Ces dernières années, toute l’Europe critiquait le gouvernement de Viktor Orban en Hongrie : ce président d’extrême droite dirigeait de manière autoritaire, laissait des néo-nazis parader dans les rues de son pays et organisait une répression implacable contre les antifascistes. Il a par exemple lancé une immense enquête à l’échelle européenne contre des militant·es suspecté·es de s’être battu·es avec les participants d’une marche rendant hommage au Troisième Reich. En 2026, la France de Macron fait exactement la même chose.
Le 23 septembre, dans le cadre d’une enquête tentaculaire lancée suite à la mort du néo-nazi Quentin Deranque, des unités de policiers cagoulés ont mené 8 perquisitions supplémentaires au sein du milieu militant lyonnais. Cinq personnes sont mises en examen. Trois d’entre elles sont jetées en prison sans procès, sous le régime de la détention provisoire. Les trois personnes relâchées sans poursuites ont tout de même passé entre 24 et 48 heures en garde à vue, et garderont le traumatisme d’une violente descente de police chez elles.
Depuis février dernier, 9 antifascistes étaient déjà derrière les barreaux, également sous le régime de la détention provisoire. Ils et elles ont déjà passé 8 mois en cellule sur la base de soupçons, sans jugement. 12 personnes sont donc en prison parce qu’un militant d’extrême droite a perdu une bagarre.
Cette répression hors norme est d’autre plus incompréhensible que Contre Attaque et d’autres médias ont prouvé, depuis le mois de février, que Quentin Deranque était un militant néo-nazi violent, qu’il s’entraînait au combat, qu’il faisait partie d’un groupe armé et que c’est lui et ses camarades qui ont tendu une embuscade. Qui a conduit à sa perte. Jamais dans l’histoire judiciaire, de tels moyens n’avaient été mis au service d’un groupe d’agresseurs qui a initié des violences.
Plus sidérant encore, aucune des personnes placées en détention depuis hier n’est soupçonnée d’avoir mis des coups à Quentin Deranque. Elles sont enfermées sur la base de soupçons de complicité. Sur les images de la rixe que nous avions analysé, nous avions identifié une grosse dizaines de personnes de chaque côté, avec un léger surnombre dans le camp des néo-nazis. La justice a aujourd’hui mis plus d’antifascistes en examen qu’il n’y en avait dans la rue ce jour-là ! Jusqu’où ira l’enquête ? Faudra-t-il emprisonner tous les militants de France pour venger un seul individu d’extrême droite ?
Ironie du calendrier, un autre militant néo-nazi, Loïk Le Priol, passe actuellement en jugement avec son complice pour avoir exécuté en pleine rue le rugbyman Federico Aramburú. La justice a été d’une étonnante prudence dans cette affaire : aucune arrestation de complice extérieur, aucune investigation complémentaire sur d’éventuelles associations. Le Priol était pourtant lourdement armé, possédait un brassard de police, avait de nombreux complices… Si l’enquête avait été aussi poussée que pour Quentin Deranque, il aurait fallu inculper des dizaines de personnes, y compris des membres du RN et probablement des militaires et des policiers. Mais la justice ne l’a pas fait.
Un autre élément démontre le deux poids deux mesures affolant de l’affaire : il n’y a jamais eu aucune mise en examen du côté du groupe de Quentin Deranque. C’est pourtant, sur toutes les images, le seul camp qui attaque avec des armes : une torche incandescente utilisée pour brûler les antifascistes, une gazeuse, une béquille… Le seul groupe venu équipé pour commettre des violences était celui d’extrême droite. De plus, l’identité de plusieurs assaillants d’extrême droite a été révélée par la presse depuis des mois.


Comment est-il possible que la justice mette une telle énergie à traquer les antifascistes liés de près ou de loin à l’affaire, mais ne fasse rien contre le groupe qui a initié l’agression ? On le rappelle, plusieurs antifascistes ont été blessés et ont fini hospitalisés ce soir-là. Visiblement, les violences qu’ils ont subi ne comptent pas.

Enfin, certains membres du commando de Quentin Deranque font partie d’Audace Lyon, un collectif qui prône «l’autodéfense blanche» et dont les vidéos montrent des cours d’art martial, accompagnés du slogan «Jeune blanc, rejoins ton clan». Et ces fascistes continuent de semer la terreur. Plusieurs d’entre eux viennent de commettre une série d’attaques racistes à Lyon. Dans la nuit du 17 au 18 septembre, Audace a agressé deux hommes sur la base de leurs origines : les coups ont été tellement violents qu’une victime a reçu 45 jours d’ITT. Une enquête a été ouverte pour violences volontaires aggravées à caractère racial, et quatre individus ont été arrêtés.
Vous n’en avez pas entendu parler ? C’est normal : quand des néo-nazis tentent de tuer des passants, aucun média national n’en parle. Et puis, médiatiser cette affaire, ce serait reconnaître que c’est bien le groupe de Quentin Deranque qui est assoiffé de sang, et non les antifascistes. Cela n’arrangerait pas le narratif du pouvoir. On aimerait pourtant savoir combien des membres d’Audace arrêtés étaient aussi présents lors de la rixe de février dernier.
Lyon est un véritable sanctuaire néofasciste. Le 29 août, des supporters d’extrême droite de l’équipe de football de la ville commettaient des lynchages racistes autour du stade. Il y a quelques jours, un adolescent lyonnais de 15 ans était arrêté alors qu’il préparait un massacre dans un lycée : il planifiait de tuer les élèves non-blancs d’un établissement du 8ème arrondissement. Le Monde vient de révéler que l’adolescent était fasciné par Quentin Deranque, et en avait fait un véritable martyr guidant son action. Une partie de sa chambre était consacrée «à l’édification d’un espace en mémoire du jeune militant nationaliste». Flippant.
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