164 arrestations de mineurs aujourd’hui, «coup de poing au niveau du foie», «gifle au commissariat», tirs de LBD : la jeunesse en lutte subit de plein fouet la violence du pouvoir, qui cherche à éviter un embrasement général

En région parisienne mais aussi à Lille, Grenoble, Marseille, et ailleurs, ce sont les mêmes scènes qui se reproduisent ce lundi 28 septembre : une jeunesse digne et belle qui se mobilise pour son avenir, et des hordes armées qui tentent de les faire taire.
Depuis plusieurs jours, de nombreux établissements d’Île-de-France sont bloqués pour exiger plus de profs afin de réduire le nombre d’élèves au sein des classes surchargées. À Drancy, un lycéen déguisé en Spider man explique au micro de Révolution Permanente: «On étudie et juste à côté, il y a des cratères dans les murs, c’est pas normal. L’Éducation Nationale préfère interdire l’abaya que s’intéresser à des lois qui peuvent nous être utiles».
Dans les bahuts, la lutte des classes saute aux yeux : l’État subventionne massivement des lycées privés destinés aux enfants de privilégiés, pendant qu’il abandonne les établissements publics des quartiers populaires. À Sarcelles, une jeune femme brandi une pancarte : «Vous armez le pays et désarmez notre avenir» et dénonce le gouvernement qui a «donné le permis de tuer aux policiers au lieu de donner de l’importance à nos écoles». Ailleurs, on évoque aussi les rythmes scolaires, les difficultés sociales… C’est un ras-le-bol général de cette société qui ne propose aucun horizon à sa jeunesse.

Et à chaque fois, la même réponse : des gaz lacrymogènes, des charges policières, des tirs sur des adolescent·es. À tel point qu’au lycée Paul Éluard de Saint-Denis, le personnel éducatif est sorti ce matin pour former une chaîne humaine face à la police pour protéger les lycéen·nes, après que des agents aient tabassé et arrêté des participant·es. Dans le même bahut, les jeunes ont repéré et viré le média d’extrême droite Frontières qui était venu faire de la provocation.

En fin de semaine dernière déjà, devant plusieurs lycées, des policiers attaquaient des mineurs avec «des tirs de LBD, de lacrymo et de violents placages au sol» expliquait un militant de Révolution Permanente à Libération. L’avocate Elsa Marcel dénonçait aussi, images à l’appui, la présence de la Police municipale de Saint-Denis équipée de Flash-Ball devant le lycée Bartholdi. Pour rappel, le maire insoumis de la ville avait promis de désarmer ses agents, avant de se rétracter tout en garantissant que les Flash-Ball resteraient dans les véhicules. Il y a quelques années, voir des armes mutilantes brandies devant des lycées était, à juste titre, considéré comme un scandale. En 2026, même un maire de gauche se contente de dire qu’il ne se «satisfait pas d’apprendre qu’un agent municipal sur place portait un LBD». Une réaction insuffisante qui préfigure déjà les renoncements à venir de LFI vis-à-vis de la police.
Les violences ne se sont malheureusement pas arrêtées aux portes des lycées, et se sont prolongées derrière les murs calfeutrés des commissariats. Le vendredi 25 septembre à midi, au moins 21 adolescent·es avaient déjà été interpellé·es sur les blocages selon la préfecture de police de Paris.
«Coup de poing au niveau du foie», «gifle au commissariat», «frappé à l’intérieur de sa cellule»… ce sont les récits glaçants rapportés par plusieurs lycéen·nes de région parisienne après leur sortie de garde à vue. Selon le témoignage d’un avocat, un mineur de 15 ans est arrivé le visage en sang à l’hôtel de police. Les agents lui avaient écrasé la tête contre le sol lors de l’arrestation. Des insultes et menaces ont aussi fusé dans les geôles d’un commissariat: «Ferme ta gueule», «Plus il parle, plus j’ai envie de le frapper» ont lancé plusieurs policiers à l’une des victimes, âgée de 16 ans, avant d’être tabassée à l’abri des regards.
Comme devant les grilles des bahuts, c’est la même doctrine : la force d’abord. Des hommes assermentés se servent de la jeunesse comme de vulgaires punching-balls. Pour rappeler que la police n’a pas à mettre la main sur des enfants et qu’un commissariat n’est pas une salle de boxe, six avocats ont saisi l’IGPN.
Cette politique de terreur à l’égard de jeunes lycéen·nes est la marque de fabrique du macronisme. En décembre 2018, en plein mouvement des Gilets Jaunes, des élèves de Mantes-La-Joly avaient été raflé·es et agenouillé·es, mains sur la tête, humilié·es pendant de longues heures. «Voilà une classe qui se tient sage» ricanait le policier filmant la scène. Ces images, d’une violence symbolique inouïe, annonçaient une répression assumée jusqu’au plus haut sommet de l’État. Le second quinquennat de Macron se termine comme le premier avait commencé : avec du sang et des larmes.
Cependant, malgré la brutalité policière, la révolte contre les mauvaises conditions d’enseignement et l’autoritarisme se répand comme une traînée de poudre. Ce lundi 28 septembre, l’Union Syndicale Lycéenne appelait au blocage de tous les établissements tandis que l’État se disait prêt à faire intervenir les forces de sécurité « en cas de blocage total ». Alors qu’au sein de la population, la colère est généralisée face au coût de la vie et au mépris, la jeunesse pourrait être l’étincelle de ce début d’automne, vers un soulèvement beaucoup plus grand dans les prochaines semaines. L’avenir le dira, en attendant, ne laissons pas les lycéens et lycéennes seul·es face aux violences d’État.
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