Rions un peu face à la bêtise des poulets

Nous avons dû vérifier plusieurs fois pour être sûr qu’il ne s’agissait pas d’un canular lancé par un faux compte imitant celui de la Police Nationale. Malheureusement non : c’est bien la communication officielle des forces de l’ordre sur le réseau X, un compte «certifié» de l’État français, avec plus de 600.000 abonnés, probablement géré par toute une équipe de flics payés avec de l’argent public.
Le 2 octobre, pour tenter de marquer les esprits, la Police Nationale écrit ce message : «Voici certains des objets qui ont été saisis par les policiers ce jour en marge des rassemblements lycéens, où s’immiscent des individus violents» accompagné de photos. Sur l’une d’elle, trois bouteilles avec des chiffons scotchés sur le goulot, évoquant des cocktails Molotov. De prime abord, on peut se dire que les «émeutiers» sont vraiment des amateurs, et que ces «armes» ne ressemblent à rien d’utilisable. Et puis, en zoomant un peu, on aperçoit sur la bouteille du milieu, écrit au feutre noir : «calvados vanille». En regardant encore, on voit distinctement, baignant dans le liquide, trois gousses de vanille.
S’agit-il de cocktails Molotov du terroir ? De lycéens qui aiment les bonnes choses ? Ou simplement d’une petite macération maison récupérée dans le mini-bar du commissariat pour la photo ?
Sur la même image, une bouteille située à gauche est en verre transparent et contient un liquide bleu. Rien qui se rapproche de l’essence, qui est transparente tirant sur le jaune. Cela ressemble beaucoup plus à du curaçao qu’à un engin incendiaire. La troisième bouteille en verre très épais, lourde et quasiment incassable, s’agit-il d’une bouteille de Gin ? Ces émeutiers lycéens ont un bon pouvoir d’achat.

Au-delà du caractère risible de cette mise en scène, remarquons que le protocole judiciaire est totalement absent. Si ces objets étaient considérées comme dangereux ou comme des pièces à conviction, ils ne seraient pas posés tels quels sans précaution sur un bureau, sans scellé judiciaire. En l’état, ils sont pollués par des empreintes et des ADN de policiers et inutilisables pour une enquête.

Une autre image de la même publication montre un pétard rouge et noir posé sur un boîtier en plastique contenant une antenne typique des années 1990. On se croirait chez l’Inspecteur Gadget. Là encore, s’il s’agissait d’un véritable engin explosif téléguidé, pourquoi serait-il posé sans être démonté, neutralisé et placé sous scellé ?
En septembre 2019, avant une manifestation de Gilets Jaunes à Nantes, la Police Nationale avait déjà présenté une caisse de bouteilles vides avec des morceaux de sopalin posés dessus comme un stock de «22 cocktails Molotov»… Cette mise en scène avait servi à justifier en amont une très forte répression de la manifestation.

Tout cela pourrait être hilarant si des éléments aussi bidons fournis par la police n’étaient pas pris pour argent comptant par les médias de masse et par la justice en cas de procès.
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