«Il a regardé dans son rétroviseur comme s’il voulait être sûr… Et il a redémarré à toute vitesse»

Une attaque terroriste avec l’intention délibérée de tuer des enfants. Voilà comment devrait être qualifiée l’opération menée par la police française à Dunkerque, le 7 octobre.
Ce jour-là, dans la commune du Nord, des centaines de lycéen·nes manifestent comme ailleurs en France pour leurs conditions d’études. Sur une artère du centre-ville, un 4X4 d’allure militaire, couleur sable et floqué «Police Nationale», fait face à une foule d’adolescent·es. Des agents se trouvent à côté du véhicule. On entend distinctement un gradé lancer : «Allez, approchez, on va leur mettre dans la gueule !» Immédiatement, le puissant véhicule accélère vers les lycéen·nes, percutant une barricade et traversant la foule, suivi par un cordon de forces de l’ordre qui chargent. Il s’agit manifestement d’une consigne assumée par toute une unité de police : propulser un véhicule lourd à pleine vitesse, à la manière d’une voiture bélier, contre des mineurs en préambule d’une charge.
D’autres vidéos prises du côté des manifestant·es montrent le même 4X4 essayer d’écraser des jeunes, faire des zigzag et des manœuvres dangereuses, accélérer au milieu de la foule paniquée. L’intention de tuer est évidente.
La chaîne BFM vient de révéler ce vendredi que le véhicule a bien percuté une jeune fille, qui n’a que 14 ans et qui est scolarisée en classe de 3ème. Elle raconte avoir vu la voiture «accélérer» vers le groupe, «on a eu peur. On est tous partis en courant…» Puis elle perd de vue le 4X4, avant d’être touchée : «D’un seul coup, en me tournant, j’ai vu qu’il reculait vers moi. Il m’a percuté à la hanche et sur le haut de la jambe. Je me suis retrouvée au sol. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait».
Une de ses amies présente sur place raconte qu’elle a vu la jeune fille «se faire renverser. Le policier au volant s’est arrêté. Il a regardé dans son rétroviseur comme s’il voulait être sûr… Et il a redémarré à toute vitesse». Il a donc volontairement tenté d’écraser la jeune fille avant de s’enfuir, il faudrait donc ajouter «non-assistance à personne en danger» sur le compte de ce fonctionnaire s’il était jugé. La jeune témoin précise : «Elle avait très mal à la jambe. C’est à peine si elle arrivait à marcher…»
Après avoir repris ses esprits, l’adolescente blessée a été emmenée par un éducateur au centre hospitalier de Dunkerque, et présente «un énorme hématome». Elle est ressortie de l’hôpital mais elle est une miraculée. Si elle était passée sous les roues de ce véhicule de plusieurs tonnes, elle aurait été réduite en bouillie.
Le niveau de violence et d’impunité de la police française est tel que l’état major ne cherche même pas à nier. Il répond à BFM que le policier qui conduisant aurait agi de la sorte dans le but de «déblayer des barricades après s’être assuré qu’il n’y avait personne sur la trajectoire», en dépit des vidéos qui prouvent le contraire.
Reste une dernière question : quel est ce véhicule étrange qui ressemble à un 4X4 de l’armée et non à une voiture classique de la Police nationale ? Il s’agit d’un Masstech T4, véhicule militaire léger, un tout-terrain Toyota Land Cruiser modifiée en France par la société Technamm, qui procède à sa «militarisation», comme l’explique le site spécialisé «spotting web» qui documente les véhicules spéciaux des forces armées. Cout unitaire : 70.000 euros.

Cet engin est utilisé par l’armée dans le cadre de l’Opération Sentinelle et peut aussi être déployé lors d’interventions militaires extérieures. Que faisait-il dans une rue de Dunkerque ? Certains modèles sont distribués à la Police aux Frontières (PAF), l’unité chargée de traquer les immigrés, l’équivalent de l’ICE aux USA. La PAF utilise des véhicules Technamm Masstech T4 «pour des missions tout-terrain, de surveillance et de patrouille dans des zones difficiles d’accès».
Autrement dit, c’est avec ces véhicules que la police du Nord chasse les réfugié·es dans les dunes et côtes de la Manche. Elle a probablement l’habitude de les utiliser de manière extrêmement dangereuse contre des humains dont la vie n’a aucune valeur pour les autorités. Ici, les agents ont fait de même face à des adolescent·es en lutte.
Nous avons recensé au moins 7 attaques policières à la voiture bélier ces derniers jours, à Montélimar, Troyes, Belfort et ailleurs. D’autres témoignages de procédés similaires nous parviennent de toute la France, démontrant qu’il s’agit bien d’une doctrine validée par tout l’appareil policier.
Un peuple qui ne renverse pas un pouvoir qui tente d’écraser ses enfants est déjà prêt à se soumettre à une dictature.
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