
À l’ère de l’austérité généralisée et de l’autoritarisme, il n’existe qu’une seule profession qui bénéficie constamment de moyens supplémentaires, de primes, privilèges et autres petits cadeaux dès que ses syndicats le réclament : la police. C’est aussi la seule profession qui proteste non pas pour ses droits, mais pour pouvoir continuer à mutiler des enfants. C’est ce que plusieurs syndicats policiers d’extrême droite ont répété dans les médias ces derniers jours : s’ils ne peuvent plus utiliser leur arsenal de guerre contre les lycéen·nes, alors ils arrêteront tout. Enfin une revendication à soutenir !
Axel Ronde, représentant de la CFTC police, grogne sur les plateaux télé : «On a l’impression d’être les boucs émissaires dans cette histoire». Une inversion du réel, un peu comme quand les génocidaires israéliens se présentent comme des victimes tout en anéantissant Gaza. Ce policier joufflu postillonne : «Nous proposons l’arrêt des opérations de maintien de l’ordre. Le droit de retrait, vu les risques d’être blessé sans pouvoir riposter». Excellente idée !
Le 1er octobre sur France Info, Axel Ronde, déplorait déjà que la police ait reçu des «instructions de la plus grande retenue» face aux lycéen·nes, et osait : «Nous ne pouvons pas faire notre travail convenablement». «Faire son travail», dans la police, c’est donc envoyer des grenades dans la tête de mineurs ou foncer en 4X4 dans un cortège. Là encore, c’est la seule profession du monde dont les syndicats défendent les tortionnaires et les criminels. Ce phacochère déclarait également dans plusieurs médias, en rigolant lorsqu’il était interrogé sur les jeunes mutilés : «C’est pas la police Montessori». Mort de rire. Vivement des cortèges qui ne soient «pas Montessori» pour rendre la pareil à ceux qui les agressent.
Autre figure de la répression qu’on entend quotidiennement dans les médias au détriment des lycéens en lutte : un certain Reda Belhaj, du syndicat Unité police, lié à Force Ouvrière. Sur Europe 1, il menaçait : «Si l’un des nôtres tombe, on lâchera les boucliers, on lâchera tout et on laissera tout brûler». Notez le double sens : «tomber» peut aussi bien vouloir dire être blessé qu’être poursuivi pour des violences. La police fait corps. Il s’agit d’une menace factieuse adressée au gouvernement. S’il y avait encore le moindre contrôle sur les forces de l’ordre en France, ce genre de propos vaudrait un licenciement immédiat et des poursuites.
Reda Belhaj est un grand humaniste : il s’était déclaré «soulagé» quand le policier ayant assassiné Nahel avait été relâché, se félicitant qu’il soit «soit enfin libre» alors qu’il n’avait fait qu’un court séjour en prison malgré la gravité de ses actes.
Même son de cloche du côté de Gaëlle James, représentante de Synergie officier : «Si demain vous n’êtes pas content du travail de la Police Nationale, et bah les policiers qu’est-ce qu’ils vont faire ? Les policiers utiliseront leur droit de retrait et ils diront débrouillez vous». Ici encore, cette policière s’adresse au gouvernement, et non pas à la population. Sous entendu : si nous arrêtons de massacrer les contestataires, vous avez du soucis à vous faire.
Malheureusement, ces menaces ont peu de chances d’être mises en application. À chaque mouvement social, les syndicats policiers menacent de «laisser faire» pour obtenir plus d’avantage et d’armement pour eux mêmes. C’est donnant donnant : impunité garantie et moyens maximums en échange d’une population sous contrôle. Pendant les Gilets jaunes, les policiers répétaient à qui voulait l’entendre qu’ils étaient le «rempart de la République» – en réalité le rempart de la bourgeoisie et des puissants – et qu’ils méritaient donc d’avoir tous les droits.
Mais puisque la menace de «tout laisser brûler» resurgit à nouveau, répondons leur : chiche ! Assumez ! Les manifestations ne se passent jamais aussi bien que quand la police est absente. C’est elle qui crée la tension, c’est elle qui provoque, blesse, déclenche les affrontements. Sans l’escalade répressive, les blocages lycéens auraient été bien plus tranquilles. Mais ce n’est pas tout, si la police disparaissait enfin du paysage, il ne faudrait que quelques heures pour prendre les palais du pouvoir sans violence, sanctionner les oppresseurs et rêver enfin de la société meilleure, à laquelle l’écrasante majorité de la population aspire. Un société qui n’aurait pas besoin d’éborgneurs ni de fascistes armés pour s’auto-organiser. Vivement que les syndicats policiers tiennent parole.
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