761 policiers «blessés» : combien de mensonges et combien d’auto-blessures ?


Les deux seuls agents hospitalisés connus de ces deux dernières semaines se sont brûlés avec leur propre grenade


Une grenade de désencerclement dans la main d'un policier, une arme qui pourrait bien le blesser.

761 policiers blessés dans le cadre du mouvement lycéen. C’est le chiffre effrayant martelé par le Ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, et repris partout cette semaine. Comme il n’y a plus de journalisme dans les rédaction des grands médias, personne n’a seulement songé à enquêter ou, soyons audacieux, à poser la question au ministre pour savoir de quelles «blessures» il s’agit.

C’est pourtant une question cruciale : alors qu’au moins deux lycéens ont été éborgnés et une lycéenne très gravement touchée à l’œil, qu’un adolescent a eu l’avant bras arraché par une grenade, qu’une jeune femme a été percutée par une voiture de police et que des centaines d’autres ont été blessés à des degrés divers depuis deux semaines, il n’y a aucune trace ni aucune preuve d’une quelconque blessure policière, en-dehors des déclarations du ministre. Seulement un chiffre, 761, rabâché, pour justifier la violence extrême exercée sur des adolescent·es. Qui peut y croire ?

Des mineurs sans armes ni protection, manifestant bien souvent pour la première fois, auraient «blessé» près de 800 adultes, équipés avec des armures, des casques et des gilets pare-balles ? 800 fonctionnaires entraînés, aguerris et lourdement armés ? Si c’est vrai, nous avons la police la plus fragile et incompétente de la planète. Soyons sérieux, cela n’amuse que les crétins.

Nous avons repéré une seule affaire documentée de blessure de policiers : elle est parue ce samedi 10 octobre dans le quotidien Le Progrès. Le journal raconte que deux policiers qui se trouvaient en faction devant un lycée de Givors se sont fait un bobo… tout seuls. Alors qu’ils se trouvaient dans leur voiture et que la «matinée avait été calme», écrit le journal, les agents se sont «brûlés à la main et à la cuisse dans leur véhicule après le tir accidentel d’une grenade». Les deux hommes de 28 et 47 ans faisaient visiblement joujou avec leurs munitions pour passer le temps – l’article parle pudiquement d’une «erreur de manipulation» – et elle leur a pété au nez. Ils ont été hospitalisés «en urgence relative» précise Le Progrès. C’est, à notre connaissance, les deux seuls agents emmenés aux urgence dans le cadre du mouvement lycéen, et c’est à cause de leur propre matériel.

Encore plus ridicule, la grenade a déclenché un incendie dans le véhicule «nécessitant l’intervention des pompiers». C’est, là encore, la seule voiture de police brûlée depuis le début du mouvement, et elle a été allumée par des policiers ! Et c’est Nicolas qui paie les dégâts.

Cet épisode nous rappelle que, ces 20 dernières années, les blessures les plus graves au sein des forces de l’ordre ont été administrées par les agents eux-mêmes. Le 1er mai 2023 à Paris, lors de la contestation de la réforme des retraites, un gendarme a été très gravement touché au dos par une munition lancée par un de ses collègues. La grenade assourdissante avait atterri au niveau de sa nuque et lui avait cassé 3 vertèbres, malgré son casque et son armure. Initialement, les médias avaient affirmé qu’il avait été blessé dans les affrontements, avant qu’une vidéo ne montre distinctement le lancé raté au sein de la compagnie.

À Sainte-Soline, en mars 2023, les autorités affirmaient qu’il y avait «29 gendarmes blessés dont deux placés en urgence absolue», pour contrebalancer les deux écologistes dans le coma. On apprendra pus tard que l’un avait un «hématome à l’aine» et l’autre «souffrait d’un traumatisme respiratoire». Blessé à l’aine ? S’agit-il d’un bobo aux adducteurs ? Quant au «traumatisme respiratoire», il est évident qu’il a été provoqué par l’usage massif de gaz et non par les manifestants. Les autres gendarmes ? Ils auraient été examinés pour «des traumatismes sonores». Vous avez bien lu. Des acouphènes. Durant des heures, ces hommes armés ont tiré des milliers de grenades assourdissantes, provoquant des détonations à plus de 160 décibels. Leurs «traumatismes» étaient très probablement liés à ces armes.

Pendant les Gilets jaunes, la blessure la plus grave d’un policier a été une main arrachée : c’était à La Réunion, par un agent qui avait dégoupillé une grenade explosive dans sa voiture, qui lui avait emporté la main. Pendant la Loi Travail en 2016, à Rennes, un policier avait été gravement blessé à la main par une grenade de désencerclement. Quant aux décès de policiers, il sont majoritairement le fait d’accidents ou de suicides… La première menace pour la police, c’est donc elle-même, et pas les «éco-terroristes» ou les jeunes «sauvages».

Le 4 juin à Évry, dans l’Essonne, un agent de la BAC avait dégoupillé «par erreur» une grenade dans le commissariat en «passant en revue le matériel». Résultat : alerte incendie, évacuation en urgence du bâtiment, intervention des pompiers pour «ventiler» les lieux. Le 9 janvier dernier, un officier avait déclenché une grenade fumigène lors d’un exercice dans un lieu fermé, sans en informer ses collègues. Résultat : cinq policiers en stage avaient été blessés, certains gravement intoxiqués selon la presse. Un capitaine avait même été plongé dans le coma et son pronostic vital engagé…

Fin juillet, au commissariat de Saint-Denis, les agents avaient organisé un pot de départ pour deux de leurs collègues. Éméchés, ils avaient rendu inutilisables les extincteurs du bâtiment en organisant une «bataille de mousse», puis incendié la toiture végétalisée du bâtiment avec des feux d’artifice. Les autorités avaient été étonnamment discrètes, alors qu’elles dramatisent la moindre égratignure d’un policier ou la moindre dégradation d’un commissariat.

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