5 Novembre à Paris : la police attaque les banderoles de tête du collectif Black Lines, l’un des fondateurs blessé et hospitalisé


Interview : «Nous sommes particulièrement ciblés car nous appelons collectivement à se défaire de nos chaînes»


La banderole de Black Lines le 5 novembre, avant et après avoir été volée par une attaque policière ayant envoyé Itvan à l'hôpital.

Black Lines est un mouvement d’artistes engagé au cœur des mouvements sociaux. Cette coalition de graffeur·ses organise depuis plusieurs années de nombreuses fresques politiques sur les murs de nos villes, notamment à Paris ou à Nantes. Mais les artistes ne se contentent pas de peindre sur les murs, ils sont aussi présents dans les cortèges, en fournissant à l’avant des manifestations de magnifiques banderoles.

Le 5 novembre 2026 à Paris, ce sont ces œuvres qui ont été prises pour cible par une charge ultra-violente destinée à les voler, avant même le départ. Plusieurs personnes ont été blessées, dont l’artiste Itvan K., l’un des membres fondateurs, qui a dû être hospitalisé. Notre rédaction a pu lui poser quelques questions et faire entendre sa voix :

Nous avons appris ton hospitalisation hier suite à la manifestation intersyndicale parisienne. Peux-tu brièvement te présenter toi et votre mouvement Black Lines ?

Je m’appelle Itvan K. Je suis l’un des fondateurs du mouvement Black Lines, avec le graffeur Lask, il y a presque une dizaine d’années. Notre intervention dans le mouvement actuel a consisté, dès les premiers jours, à réaliser de grandes fresques collectives réunissant plus d’une vingtaine d’artistes, principalement à Paris et en banlieue, dans différents quartiers.

Nous en avons réalisé une à Saint-Denis, une à Vitry et six à Paris. L’objectif était de soutenir le mouvement des lycéens. Il s’agissait véritablement de fresques en soutien à cette lutte qui, pour nous, représente la continuité du mouvement des Gilets jaunes, mais portée par la génération suivante. C’est-à-dire une véritable revendication de justice sociale.

Nous avons également réalisé, comme nous le faisons pour chaque mouvement social depuis les Gilets jaunes, des banderoles destinées aux cortèges de tête, afin de porter des messages percutants dans les manifestations.

Nous avons pu documenter par la passé que vous avez été particulièrement ciblé par les autorités, que ce soit en manifestation ou lors de vos différentes fresques. Nous souhaiterions que tu puisses revenir sur ce contexte répressif et ce qu’il s’est passé hier durant la manifestation ?

Oui, nous sommes particulièrement ciblés par la répression depuis le mouvement des Gilets jaunes. À l’époque, nous sortions une banderole différente chaque samedi. Et le but de la police semblait être de récupérer systématiquement notre banderole. Dès le début de la manifestation, ils nous disaient, sur un ton menaçant : «Celle-là, on va vous la prendre.»

Nous avons également assisté à des scènes assez révélatrices. Des photos nous ont été envoyées sur lesquelles on voit des policiers poser avec nos banderoles, comme un gang masqué, comme s’il s’agissait d’un trophée.

Nous pensons que nos banderoles sont ciblées pour deux raisons. D’abord, parce que la police veut faire croire que c’est elle qui dicte le déroulement de la marche. Or, dès qu’il y a un cortège de tête, la marche et les manifestations peuvent leur échapper et déborder. Ensuite, parce que nos messages sont des appels révolutionnaires. Celui d’hier était «Insurrection internationale», et une autre de nos banderoles portait le slogan : «Nous n’aurons que ce que nous saurons prendre». Je pense que c’est pour ces raisons que nous sommes particulièrement ciblés, car nous appelons collectivement à se défaire de nos chaînes.

Ce qui s’est passé hier est assez révélateur. Dès le début de la manifestation, avant même que nous ayons eu le temps d’organiser un cortège, les policiers sont arrivés simultanément de tous les côtés à un croisement de plusieurs boulevards. Nous avons une vidéo prise depuis un toit, sur laquelle on voit qu’ils arrivent par-devant, par la gauche, par la droite, et qu’un escadron arrive également par-derrière, en empruntant une petite rue. Ils formaient un groupe assez nombreux. Il faudrait que nous recomptions précisément sur la vidéo, mais il me semble qu’ils étaient au moins aussi nombreux que nous. D’autres groupes de l’autonomie politique ont subi également des charges.

Les premiers coups ont été portés avec des matraques métalliques, et non avec des matraques souples. Le but était donc vraiment de faire un maximum de dégâts. De mon côté, j’avais des protections aux bras et aux mains. Heureusement, elles m’ont permis de parer les premiers coups qui partaient en direction de mon visage. Sans cela, les conséquences auraient pu être bien plus graves. Mais à un moment donné, ma garde a fini par céder. J’étais sur le côté, mes bras sont descendus et j’ai reçu trois coups à la tête.

Frapper une personne sur le crâne est criminel. Que s’est-il passé ensuite après les coups de matraque ?

J’ai été évacué et transporté aux urgences, où j’ai reçu des points de suture. J’avais également plusieurs hématomes. D’autres camarades présents souffrent de fractures aux mains ou aux côtes. Mais ce sont malheureusement des choses assez habituelles pour les manifestants. Nous ne sommes plus dans une logique où l’on se plaint, où l’on dit que l’on ne peut plus manifester. Depuis le début de la Macronie, nous savons que manifester nous expose à ce genre de risques. Et il faut s’en protéger au mieux.

Et puis, ce qui s’est passé hier reste assez léger par rapport à ce qui pouvait nous arriver à l’époque des Gilets jaunes, ou par rapport à la répression déployée contre le mouvement lycéen et celle des manifestations du 17 octobre. Il y a tout de même une certaine retenue, lors des grosses dates syndicales. On appelle ça une retenue, mais cela signifie simplement qu’ils tirent moins dans le tas qu’à l’époque des Gilets jaunes ou lors de blocages lycéens et lors des dernières manifestations du samedi contre la vie chère.

Tu nous as fait savoir que tu étais en colère, mais que tu ne céderais pas aux intimidations policières ?

Oui, nous connaissons leur volonté de nous briser par tous les moyens possibles. Mais de notre côté, nous ne lâcherons rien. Ce n’est que le début. La jeunesse a réveillé un brasier qui couvait depuis un bon moment. Elle est une lumière dans la nuit. Macron pensait nous terrasser. Il a déjà perdu. Ni les coups ni les menaces n’arrêteront notre révolte. Nous n’avons pas d’autres options. C’est la victoire ou l’avènement du fascisme. Alors on sait que l’on gagnera.

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