Insolite : BFM a besoin de ChatGPT pour écrire ses titres

Le prompt de ChatGPT utilisé par BFM en commentaire de sa propre publication...

La pépite du jour a été repérée sur le réseau social Bluesky, sur le compte officiel de la chaine BFM TV. Sous une publication évoquant l’opposition du parti Démocrate à Donald Trump aux USA, un commentaire a été malencontreusement publié par le même compte : «Améliore cette phrase : les démocrates appellent officiellement à destituer au plus vite Donald Trump». Cela s’appelle un prompt : une consigne donnée à une intelligence artificielle pour effectuer une tâche. Autrement dit, les communicants de BFM ont besoin d’une IA pour formuler de simples titres d’articles ! Le naufrage des médias dominants résumés en une image.

Le plus drôle n’est pas qu’ils aient recours à ChatGPT ou Grok, mais qu’ils ne sachent même pas l’utiliser. La personne chargée des titres aurait pu demander de mettre en perspective le titre, de le raccourcir, de le préciser. Mais non, elle demande juste de «l’améliorer» : pas de consigne claire, pas d’angle journalistique, pas d’idée. Du vide.

Quand elle n’utilise pas d’IA pour produire son contenu, la chaîne BFM recycle directement les communiqués de la préfecture et du gouvernement, voire de l’armée israélienne. La chaîne abreuve depuis des années la population d’un torrent ininterrompu de mensonges, d’éléments de langage formatés et de propagande policière. Nous le voyons quotidiennement sur la question palestinienne, sur le traitement des manifestations sociales et écologistes, sur les interrogatoires brutaux imposés aux élus de gauche. Tout cela n’est pas du journalisme mais du conditionnement. La preuve : sur les plateaux, on ne trouve plus que des «éditorialistes» venus d’autres médias, notamment du magazine Valeurs Actuelles, condamné pour ses publications racistes, ou du quotidien Le Figaro. Et tout ce petit monde commente l’actualité dans le confort de l’entre-soi, en déballant ses opinions, sans aucune maîtrise d’aucun sujet.

Mais revenons à l’IA. Des sources au sein d’autres médias, y compris des chaînes publiques, nous font savoir que le recours à l’intelligence artificielle est devenu courant, notamment pour les bandeaux ou les titres. Ce choix est suicidaire pour les salariés des médias eux-mêmes : en entrant dans cet engrenage, tôt ou tard, ils seront remplacés.

En France, les syndicats de journalistes dénoncent depuis des années l’irruption d’articles générés par des machines dans la presse. Mais ils crient dans le désert. Dès la fin 2023, le syndicat de journalistes SNJ critiquait un «protocole d’accord» entre l’ONG Reporters sans frontières (RSF) et l’Alliance de la presse d’information générale (APIG), le syndicat patronal qui regroupe «les éditeurs de presse écrite quotidienne nationale, régionale, et de la presse hebdomadaire régionale» à propos de l’IA. Il s’agissait de valider une «expérimentation de très grande envergure» de l’IA dans la presse.

Début 2025, le SNJ s’indignait à nouveau : «L’IA pille nos contenus, menace nos métiers et ruine notre crédibilité». Et utilisait l’exemple d’un concours organisé par le journal local «L’Est Républicain». Des jeunes polytechniciens étaient invités à animer un concours avec les journaux L’Équipe, la Voix du Nord ou Ouest France, pour les former à utiliser l’IA et «montrer tout le potentiel de l’outil lorsqu’il est utilisé dans un projet destiné aux lecteurs et l’aide qu’il peut apporter aux journalistes».

Les équipes devaient utiliser l’IA pour rédiger des contenus de faits divers. Elles devaient «se servir de son potentiel pour développer une narration originale, développer une histoire ou expliquer un thème. Les différents outils d’IA (ChatGPT, Eleven Labs, Notebook LM) ont été utiles et ont permis de créer des courts textes».

À l’arrivée, des «erreurs factuelles et anachronismes à la pelle» expliquait le SNJ. Même les images d’illustration générées par IA ne correspondaient pas. Par exemple, pour illustrer un article sur des anarchistes du siècle dernier, l’IA avait généré une image de black bloc. L’outil n’est pas encore au point, mais il progresse vite, et il deviendra bientôt difficile de discerner les images artificielles de celles tirées de la réalité, avec tous les risques que cela comporte. Si l’on peut douter de n’importe quelle photo historique, parce que l’IA est capable de générer des archives hyper-réalistes d’une guerre ou d’un fait passé, alors rien ne peut plus être prouvé, et tous les crimes contre l’humanité peuvent être remis en cause par des négationnistes. Et on ne peut pas ne pas songer aux mensonges éhontés de l’État israélien vis-à-vis des palestiniens. Si demain, il peut générer en trois clics des images ultra-réalistes d’actes imaginaires pour justifier ses propres crimes, comment pourra-t-on rétablir la vérité ?

Quoiqu’il en soit, puisque la presse repose sur un modèle capitaliste, il est clair que la plupart des médias se reposeront bientôt essentiellement sur des IA plutôt que sur des journalistes pour rédiger la plupart de leurs articles. Les «pigistes», chargés de rédiger de petits articles synthétiques et neutres à la chaîne sur l’actualité, sont menacés.

Chez Contre Attaque, nous faisons le choix de ne jamais utiliser d’IA, même quand cela nous permettrait de gagner du temps ou de réaliser de meilleurs visuels. Nos lecteurs et lectrices attentifs nous signalent parfois des fautes d’orthographe dans nos articles, qui sont aussi un signe que nous ne sommes pas passé par le filtre des algorithmes. Nous préférons quelques coquilles à des textes formatés.

Pour autant, il va être de plus en plus dur de survivre dans un paysage médiatique dominé par des empires aux mains de milliardaires fascistes, et au milieu d’une jungle de contenus foisonnants générés en quelques seconde sans contrôle ni vérification. Alors pour faire vivre un média sans subvention, sans pub et sans IA : soutenez Contre Attaque !


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