Cuba : risque imminent d’invasion militaire

Un porte-avions de l'armée des USA en approche de Cuba : une invasion semble imminente.

Des mouvements militaires massifs en direction de Cuba font pressentir une invasion imminente des États-Unis. Selon plusieurs sources médiatiques, il ne manquerait qu’un «feu vert» de Trump. Alors que l’île subit un embargo qui appauvrit la population et un blocus pétrolier qui étrangle la vie quotidienne, avec des coupures de courant généralisées, le porte-avions US Nimitz a été dépêché au large de Cuba, des avions de guerre et de surveillance survolent le territoire et des «exercices» militaires sont organisés. Une armada qui laisse craindre une seconde «baie des cochons», qui pourrait bien réussir cette fois. Après la débâcle de l’opération israélo-américaine en Iran et les contestations dans les rues, Trump se trouve affaibli au sein de son propre pays, et aurait besoin d’une victoire militaire rapide.

Un peu d’histoire, car les tensions entre Cuba et l’impérialisme étasuniens ne datent pas d’hier, elle durent depuis près de 70 ans. En 1958, en pleine guerre froide, Fidel Castro et Ernesto Che Guevara renversent le dictateur Batista, vassal des USA. En 1960, le nouveau pouvoir organise des nationalisations qui reprennent les outils de production et les terres agricoles aux grands propriétaires et industriels, en grande partie étasuniens : 50% des terres arables, 90% des mines et 100% des raffineries appartenaient à des compagnies basées aux USA.

Les mois suivants, Washington se prépare à renverser ce nouveau régime, notamment en armant et en entraînant militairement les anti-castristes. L’année suivante, c’est la mise en place d’un embargo total contre l’île par les États-Unis, et le président Eisenhower signe un décret donnant le feu vert à toute déstabilisation et assassinat des leaders cubains. Jusqu’à contacter la mafia en leur promettant une part économique en cas de succès. Fidel Castro échappera d’ailleurs à de nombreuses tentatives de meurtre. En 1961, le gouvernement des USA classe le régime cubain comme ennemi et coupe toute relation diplomatique.

65 ans plus tard, l’ingérence impérialiste est toujours d’actualité. Après l’attaque militaire du Venezuela et la destitution du gouvernements Maduro, c’est Cuba qui est en ligne de mire. Le 29 janvier, les USA lançaient un blocus énergétique total de Cuba et de nouvelles sanctions contre des entreprises, ainsi que des poursuites contre l’ancien président Raoul Castro. Ce qui s’ajoute à l’embargo en place depuis 1962. C’est le black out : «Je n’ai pas reçu une goutte d’eau chez moi depuis deux semaines (…) et je ne parle même pas des coupures d’électricité», témoignait par exemple une étudiante cubaine.

Le 16 mars, Trump fanfaronnait : «Je pense que j’aurai l’honneur de prendre Cuba. […] Que je la libère ou la prenne, je pense que je peux faire ce que je veux avec. Si vous voulez la vérité, c’est une nation très affaiblie actuellement». Marco Rubio, secrétaire d’État, lui-même issu de la communauté cubaine de droite en exil, a déclaré «être déterminé à imposer un changement» et qu’il espérait éviter l’utilisation de la force, préférant «une solution diplomatique». Malheureusement, on commence à connaître la définition de «diplomatie» de l’administration Trump.

Le gouvernement des USA veut mettre toute l’Amérique Latine en coupe réglée, à commencer par les pays qui ne sont pas ses vassaux. Il s’agit de s’accaparer les ressources, mais surtout la position stratégique de Cuba, située très proche des côtes de la Floride et au cœur des Caraïbes.

Au Venezuela, l’opération militaire a permis de mettre la main sur le pétrole en plaçant des industriels étasuniens, ainsi que de placer des dirigeants plus obéissants à la tête du pays. Quelques semaines plus tôt, on avait déjà noté des déplacements de troupes importants au large de Caracas, et la propagande américaine s’était mise en place pour diaboliser le régime Maduro, l’accusant de narcotrafic, alors même que les USA n’ont jamais hésité à placer des mafieux et des trafiquants de drogues à la tête de l’État quand ils leur étaient favorables.

C’est le même processus qui vise actuellement Cuba, avec un narratif expliquant que l’île serait en train d’acheter 300 drones qui serviraient à une offensive sur la base de Guantanamo, voire même directement sur le territoire des USA.

À Cuba, on se prépare au pire. La possibilité d’une attaque force la défense civile à distribuer un guide en cas d’agression militaire. Le document explique comment rejoindre un abri, les gestes de premiers secours, le comportement à tenir en cas d’attaque aérienne ou encore la préparation d’un sac d’urgence. Le gouvernement cubain doute du «sérieux» des négociations en cours et pointe du doigt des «actions agressives». Il s’est d’ailleurs largement soumis à son voisin menaçant, en acceptant une «aide» en dollars des USA, qui ne compense en rien les nombreuses pénuries. D’un côté, Trump asphyxie l’économie cubaine, de l’autre, il lui propose des billets verts. Une méthode coloniale.

Le président étasuniens «a besoin d’un succès, d’un succès rapide», affirme un ancien officier Canadien. La réussite de sa guerre d’agression au Venezuela a mis en confiance Washington pour répéter cela à Cuba. D’autant que l’île se trouve plus isolée que jamais diplomatiquement, ses relations russes, chinoises et même au sein de l’Amérique latine étant très réduites.

Le président Cubain, Miguel Dias-Canel, affirme que son pays se tenait « prêt ». Le vice-ministre cubain s’inquiète que «la campagne anti-cubaine visant à justifier (…) une agression militaire contre cuba s’intensifie d’heure en heure, avec des accusations toujours plus invraisemblables».

Une nouvelle guerre d’agression pourrait donc être enclenchée, frappant de plein fouet le peuple cubain déjà terrassé par les pénuries. Le droit international étant en train d’agoniser dans les ruines de Gaza, rien ne semble pouvoir arrêter les impérialismes. Une question cruciale pourrait fixer le sort de Cuba : l’appareil militaire des USA, embourbé au Moyen-Orient et envoyant de grandes quantités d’armes vers Israël, a-t-il encore les moyens matériels d’une autre opération massive dans les jours qui viennent ?

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