Coupe du Monde du racisme et de l’exclusion aux États-Unis


Racisme et suprémacisme décomplexés aux États-Unis, l’un des pays hôtes du mondial de football avec le Mexique et le Canada


Donald Trump recevant le trophée de la Coupe du Monde de football, qui se tient actuellement aux États-Unis, au Canada et au Mexique.

Depuis le 11 juin, nous assistons à un nouveau mondial de la honte. Après la dictature gazière du Qatar et l’autocratie militaire russe, ce sont les USA de Donald Trump qui coorganisent la compétition. C’est peut-être l’une des premières fois de l’histoire que le pays hôte de la compétition bombarde, en ce moment même, l’un des pays participants, à savoir l’Iran. Et c’est sans compter sa complicité active dans le génocide du peuple palestinien ainsi que les agressions militaires permanentes dans le monde entier.

L’organisation d’une Coupe du Monde aux USA, pays dirigé par des néofascistes, s’accompagne de multiples mesures racistes : arbitre officiel somalien expulsé manu militari, interrogatoire d’un joueur de la sélection irakienne, équipe iranienne interdite de dormir aux USA, censure du maillot haïtien par la FIFA… On fait le point.

Les maillots haïtiens censurés

Le maillot de l’équipe de football haïtienne a été interdit par la FIFA. La tunique arborait une scène historique du pays. On y voyait des silhouettes de combattants brandissant le drapeau du pays. Une image rappelant subtilement la bataille de Vertières, une victoire contre l’armée française en 1803 qui avait mené à l’indépendance de l’île le 1er janvier 1804.

Haïti est le premier État Noir à s’être libéré du colonialisme et de l’esclavagisme. Cela fait partie de son identité et de sa fierté, mais l’équipe de foot n’a pas le droit de le montrer. La FIFA a jugé que ce visuel était «trop politique». Elle fait en réalité un cadeau aux suprémacistes européens et étasuniens.

Un arbitre somalien expulsé

Omar Artan, ressortissant somalien, avait obtenu en 2025 le titre de meilleur arbitre africain selon la Confédération africaine de football (CAF). Il avait toutes les qualités requises pour arbitrer des rencontres de la prestigieuse compétition de ballon rond. Mais il a été arrêté le week-end dernier après son arrivée à l’aéroport international de Miami en Floride. Les médias relatent que l’homme a été interrogé pendant près de onze heures, détenu dans une cellule avant d’être expulsé à bord d’un vol à destination de la Turquie. Et tout cela avant même le début de la compétition.

D’après les services de l’immigration de Trump, l’arbitre serait « lié à des personnes soupçonnées d’appartenir à des organisations terroristes ». En réalité le président de la première puissance économique mondiale avait déclaré en novembre dernier que la Somalie était un « pays pourri », et avait fait part de son intention de mettre un terme au statut protégeant les réfugiés Somaliens. Cette expulsion s’inscrit dans la continuité des exactions de l’ICE et de l’agenda suprémaciste de Trump qui montre que, même dans le cadre de la coupe du monde, il continue d’appliquer ses méthodes.

« J’avais les bons documents, j’avais tout, j’avais le bon visa » a réagi Omar Artan. « Je ne suis qu’un arbitre qui tentait de vivre son rêve, le plus grand rêve de ma vie : participer à la Coupe du monde »… De son côté la Fédération Internationale de Football Association – FIFA – ressemble a un paillasson. Elle n’a ni protégé, ni soutenu son propre arbitre : «La Fifa n’intervient pas dans les procédures d’immigration du pays hôte, y compris dans l’octroi des visas» explique un communiqué lapidaire. La FIFA est au service du foot-business, et ne s’intéresse qu’aux retombées économiques. L’organisation est aussi empêtrée dans de multiples scandales de corruption. Les droits fondamentaux ? Très peu pour elle.

Un joueur irakien en rétention

L’attaquant Irakien Aymen Hussein a été retenu pendant plus de 7h en arrivant à l’aéroport de Chicago avec sa sélection. Le Guardian révèle que l’Office des douanes a fouillé et inspecté le téléphone du joueur, et a mené un long interrogatoire avant qu’il soit autorisé à entrer sur le territoire. Selon la même source, le photographe officiel de l’équipe nationale, Talal Salah, « a été retenu pendant plus de dix heures, a subi des contrôles téléphoniques similaires et s’est finalement vu refuser l’entrée aux États-Unis »…

L’équipe d’Iran doit quitter les USA après chaque match

Pour punir l’Iran, l’administration Trump n’a donné que des visa temporaires à l’équipe de foot du pays. Les joueurs ont eu des autorisations seulement le jour du match, ce qui les oblige à ne pas rester plus de 24 heures sur le territoire des USA, et à rentrer le soir même pour rejoindre un camp de base au Mexique. Quant aux membres de l’encadrement, une partie de l’équipe n’a tout simplement pas reçu de visa pour les USA.

Le président de la Fédération de football iranienne proteste : «Dans quel endroit du monde une équipe nationale n’est autorisée par le pays hôte à ne rentrer que la veille de ses matchs !»

Des journalistes africains empêchés de couvrir la coupe du monde

Les salariés des médias sportifs qui possèdent une accréditation disposent d’un visa aux États-Unis avec la possibilité de ne rentrer qu’une seule fois sur le territoire. Or, puisque la compétition a lieu dans trois pays différents, ce visa est incompatible avec les déplacements nécessaire.

Par exemple, le Sénégal joue son 1er match contre la Norvège à New York, et devra ensuite se rendre à Toronto. Les journalistes sénégalais ne pourront donc plus entrer aux États-Unis s’ils se rendent au match au Canada. « Visiblement, on ne veut pas nous voir aux États-Unis » confiait à L’Équipe le journaliste Ivoirien Patrick Guitey. Cette règle administrative est une humiliation raciste, il couvrira la coupe du monde depuis Abidjan.

L’ICE autour des stades

La milice raciste ICE, qui rafle les personnes sans-papiers ou tout simplement celles qui n’ont pas la bonne couleur de peau, et qui n’hésite pas à torturer ou tuer, sera déployée aux abords des onze stades étasuniens de la Coupe du monde. Une manière de faire régner la peur au sein des communautés hispaniques et haïtiennes qui voudraient aller voir un match, et qui risqueront donc des arrestations, des violences et des expulsions.

L’ICE pourrait aussi s’en prendre à certains visiteurs étrangers. Une organisation de défense des droits civiques, l’Aclu, s’inquiète des agissements de l’ICE à l’encontre des six millions de voyageurs annoncés pour la compétition. Cette ONG prévient les visiteurs qu’ils risquent de subir de possibles «violations graves de leurs droits», des «risques d’arrestation, détention, expulsion et contrôle au faciès».

Le mondial de la spéculation

Il y a enfin une autre forme d’exclusion : les prix. Les tarifs les plus bas pour les premiers matchs démarrent entre 200 et 300 dollars. Les prix sont qualifiés de «dynamiques», c’est-à-dire que le prix augmente en fonction de la demande. Pour une demi-finale, par exemple, il faut compter actuellement entre 3.000 et plus de 9.000 euros la place, et les prix les plus élevés pour la finale s’envolent à 32.970 dollars. Pour se rendre au stade, il faut aussi prendre les transports, qui ont aussi vu leurs prix exploser. Le train qui relie le centre de New-York au stade coûte normalement 13 dollars, mais les autorités l’ont multiplié par 10. Profits maximum. Ces tarifs démentiels ne sont accessibles qu’à la petite partie la plus riche de l’humanité, et exclut de fait les supporters de pays pauvres.

«Tout le monde sera le bienvenu au Canada, au Mexique et aux États-Unis pour la Coupe du monde de la Fifa l’année prochaine», avait assuré Gianni Infantino, le patron de la FIFA, en août 2025. Mais pas dans les États-Unis de Donald Trump, où l’ICE, sa milice militarisée, assassine des opposant·es et des migrant·es en toute impunité. À moins que vous soyez blanc et riche.

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