Augmentation du prix du gaz : les consommateurs perdants à tous les coups


Magie du néolibéralisme : quand la consommation, baisse, il faut «compenser» la perte de profits. Quand la consommation est forte, il faut augmenter les prix au nom de la loi de l’offre et la demande.


Une vanne permettant de couper l'arrivée du gaz. Et si on décidait de couper l'arrivée des profits suite à l'augmentation des prix ?

En France, tout augmente, sauf les salaires. Comme chaque été, les tarifs du gaz continuent de s’envoler : une hausse de 7,4% sera appliquée à partir du mois de juillet. En 2024, c’était une augmentation de 5,5% à 10,4%. Tous les ans, le prix du chauffage, des déplacements et de la nourriture coûtent plus cher. Entre avril et juillet, le prix du gaz a déjà subi une hausse de 18%.

Les prix ne flambent pas par enchantement : nous avons une institution chargée de fixer les prix de l’énergie, en accord avec les directives européennes. Et devinez qui est à sa tête ? Une proche de Macron, l’ancienne ministre Emmanuelle Wargon, qui fut aussi lobbyiste pour Danone.

Cette dame charmante justifie ces augmentations par la guerre en Iran et le blocus du détroit d’Ormuz. Avant c’était la guerre en Ukraine. Il y a toujours de bonnes raisons de tondre les particuliers, mais quand les prix du gaz baissent sur les marchés, la facture ne revient jamais à son niveau antérieur. Emmanuelle Wargon et la directrice d’Engie avaient tenté de nous rassurer en mars dernier en promettant une hausse «limitée» car le printemps «ce n’est pas la saison du chauffage». À quoi devons-nous nous attendre au retour de l’hiver donc ?

Mais ce n’est pas le plus scandaleux. On apprend que le gaz augmente à cause d’un «effet météo» parce que l’hiver a été particulièrement doux. «Les ménages français ont moins allumé leur chauffage, ce qui a causé un manque à gagner». Ah bon ? Depuis quand les consommateurs doivent payer le «manque à gagner» d’une entreprise ?

En économie, les prix augmentent quand il y a plus de demande et baissent quand il y en a moins. Depuis Adam Smith au 18ème siècle, c’est la base du système libéral et de la loi du marché, dont les macronistes se prétendent les champions. Mais à présent, nos super dirigeants inventent les prix qui montent à tous les coups. S’il avait fait froid, ils auraient augmenté les tarifs gaziers au nom de la forte consommation. Mais quand les industriels perdent un peu de chiffres d’affaires, ils le compensent aussi. C’est le pactole à tous les coup, et le peuple est perdant quel que soit le scénario.

En octobre 2022, sur fond de guerre en Ukraine, le gouvernement lançait une campagne publicitaire débile, prenant les français pour des enfants intitulée : «Je baisse, j’éteins, je décale». À l’époque, il fallait baisser la consommation de gaz et d’électricité, et la sobriété était obligatoire. C’est chose faite, mais les prix continuent d’exploser.

Autre justification, la Commission de régulation de l’énergie évoque «des coûts associés à l’activité de fourniture de gaz naturel», avec les Certificats d’Économie d’Énergie, un dispositif sensé aider la transition énergétique et permettre aux habitants de diminuer leur consommation. Une nouvelle fois, «l’écologie» a bon dos, puisqu’elle est payée par les particuliers et non les géants de l’énergie. On devrait pourtant se réjouir de moins consommer, mais le capitalisme se fout du climat.

Enfin, dans un nouvel élan de néolibéralisme, les tarifs réglementés de vente (TRV) du gaz ont été supprimés depuis juin 2023. Les fournisseurs sont ainsi libres de fixer les offres de marché qu’ils souhaitent, et ils ne s’en privent pas. C’est un cercle vicieux : puisqu’une partie de la population n’a plus les moyens de se chauffer, la consommation va encore diminuer, et les fournisseurs «compenseront» leurs pertes avec d’autres hausses de prix. Ça s’appelle un hold-up.

Selon une étude de l’Insee publiée en 2022, «10% des Français vivent dans un ménage qui n’a pas les moyens financiers» de se chauffer, contre 5 à 7% entre 2014 et 2021. Des pans entiers du pays basculent dans la précarité énergétique et l’insécurité sociale. Et si tout le monde arrêtait de payer ?

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.