11 Juillet dans le Pas-de-Calais : méga zbeul contre le méga-canal


La lutte s’intensifie contre le projet de méga-canal Seine-Nord Europe


Ce samedi 11 juillet, plus de 3500 personnes se sont rassemblées par un temps caniculaire dans les Hauts-de-France, non loin de la commune d’Oisy-le-Verger, pour stopper un projet écocidaire de méga-canal à 10 milliards d’euros.

En quoi consiste ce projet ? Le méga-canal Seine-Nord Europe, ce sont 107 kilomètres de long pour 54 mètres de large, 3 ponts-canaux et 6 écluses, s’étendant sur environ 3200 hectares qui seraient artificialisés, 300 espèces protégées menacées ainsi que 35 millions de mètres cubes d’eau accaparés par an. Et une «bassine» mesurant 22 fois la taille de celle de Sainte-Soline. Il s’agit ainsi de relier la Seine au nord de l’Europe pour augmenter les flux de marchandise. À l’appel des Soulèvements de la Terre, de la Confédération Paysanne, d’Extinction Rebellion et d’autres collectifs, l’objectif était d’atteindre le chantier d’une première écluse en construction.

Pendant deux jours, un village militant s’est monté à Villers-au-Tertre, où ont eu lieu de nombreux débats, des ateliers, des concerts et repas. Au-delà du combat direct contre le canal, cela a permis de faire du lien entre des activistes de différents horizons et les riverain·es.

Le samedi, malgré des routes barrées par les forces de l’ordre, des gares fermées et des manifestant·es retardé·es, vers midi, les manifestant·es se rassemblent à Oisy-le-verger sous les applaudissements des habitant·es. En effet, une consultation citoyenne sur le territoire concerné a montré que 70% des locaux sont contre ce projet. D’ailleurs, de nombreux·ses paysan·nes du coin sont présent·es à la manifestation. Nina Lejeune, secrétaire nationale de la Confédération Paysanne, remarque que «si 3300 hectares de terres sont en effet directement menacés par l’emprise du projet, c’est en fait plus de 4000 hectares liés à des exploitations agricoles qui sont accaparées (…) c’est un impact catastrophique pour ces terres parmi les plus fertiles de France».

Des banderoles contre Xavier Bertrand, grand chef de la région des Hauts-de-France et ardent promoteur du projet, sont érigées. Le politicien est aussi à la tête de la société en charge du canal. Le départ est lancé par un cortège de tracteurs, puis la manifestation se divise en deux. Un premier cortège suit le canal déjà existant, mais totalement désinvesti, pour démontrer qu’une alternative est déjà présente. Une baignade y est improvisée.

Le second coupe à travers champs et cible rapidement le chantier et ses points stratégiques et logistiques. Les clôtures d’une future route, qui scinde les champs d’exploitants agricoles, sautent sur une centaine de mètres, sous les assauts d’un millier de personnes. Des grenades lacrymogènes sont envoyées sans sommation par les gendarmes et déclenchent des feux dans les herbes sèches. Un affrontement éclate, avec une riposte par des feux d’artifices. D’autres lacrymogènes provoquent un feu plus conséquent, heureusement rapidement maîtrisé par les pompiers. Plusieurs médias aux ordres présentent cet incendie comme étant causé par les manifestant·es, pour justifier la répression, en plus de laver les forces de l’ordre de tout reproche.

Un refrain qu’on connaît, alors que les grenades du maintien de l’ordre, très fortement incandescentes, ont déjà mis le feu à de la végétation à de nombreuses reprises, lors d’une Free Party dans le Morbihan en mai dernier, ou lors de mobilisations écologistes estivales l’an dernier. Une munition a même mis le feu à un restaurant parisien le 10 septembre dernier.

Quelques instants, après avoir «joué» au chat et à la souris, les deux cortèges se rejoignent en fanfare, au niveau du quai construit spécialement pour le chantier, évidemment très protégé. Une première fois repoussé·es, les manifestant·es parviennent malicieusement à s’introduire à travers des haies. Une « mascotte » représentant Xavier Bertrand y est couverte d’œufs de peinture avant d’être mise à l’eau.

La piraterie n’étant jamais finie, des manifestant·es s’étaient cachés avec des kayaks, canoës et autres embarcations pour prendre d’assaut la «zone rouge» du chantier via un troisième cortège flottant surprise. Arrivant à dépasser les zodiacs des gendarmes, sous les yeux décomposés du commandant se trouvant sur un pont, la flottille écologiste est finalement embarquée dans un entrepôt désaffecté, transformé en locaux pour les gendarmes. C’est alors que les manifestant·es des deux premiers cortèges se ruent vers la zone pour mettre la pression sur les forces de l’ordre pendant près d’une heure. La solidarité finit par payer, la préfecture libère les camarades arrêté·es.

Retour au village, où le week-end continue avec des conférences et des récits de la manifestation par les trois cortèges, ainsi que des concerts.

Ce 11 juillet a été marqué par l’intensification du mouvement contre le méga-canal, en plein été et en pleine période caniculaire. Il y avait 2 fois plus de militants que lors de la précédente mobilisation. Une montée en puissance remarquable qui risque de faire trembler les entreprises participant au projet ainsi qu’aux autorités. À l’annonce de la manifestation, les promoteurs du méga-canal avaient d’ailleurs stoppé les chantiers et retiré les machines depuis une bonne semaine.

Le conseil d’orientation des infrastructures, l’autorité environnementale, l’inspection générale des finances, la Cour des comptes européennes sont unanimes : ce projet est désastreux financièrement ainsi qu’environnementalement, et appellent à arrêter le projet dès maintenant, tant que c’est encore possible.

Pour y parvenir, les mobilisation plurielles et inventives sont l’antidote. Une recette déjà éprouvée à Notre-Dame-des-Landes, et une nouvelle fois démontrée dans les Hauts-de-France.


Photos : Soulèvements de la Terre, Le Média, presse locale, SDIS

SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte !

Tous les 15 jours recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque.