Bordeaux et sa région, des bastions de l’industrie militaire menacés par les flammes


Guerre et écocide, premières menaces pour la population


L'incendie qui ravage la Gironde se rapproche de Bordeaux

La France est le deuxième pays exportateur d’armes du monde, et des usines militaires se trouvent dans tous les départements. Nous écrivions il y a quelques jours que l’industrie de l’armement et le changement climatique étaient une bombe à retardement.

Le 8 juillet, c’est dans le département du Cher qu’une catastrophe a été évitée de peu. Un incendie menaçait une usine de la firme KNDS, qui produit des munitions, notamment des obus. Le feu a atteint le périmètre du site, en enjambant une route départementale, à cause de cendres incandescentes emportées par le vent, et a commencé à toucher les clôtures barbelées de l’entreprise. Les flammes se sont approchées du bâtiment où se trouve «le stockage, ce que l’on appelle la soute à munitions» et les travailleurs évacués en urgence. Par miracle, le feu a été stoppé, faute de quoi, toute la zone aurait été soufflée, des riverains tués et les sols pollués pour longtemps.

Autour de Bordeaux, le risque prend une dimension infiniment plus inquiétante encore. La périphérie de la ville est le cœur du complexe militaro-industriel de la France. Une véritable poudrière, au sens littéral du terme, dont les médias dominants préfèrent ne pas trop parler.

À Mérignac, en banlieue immédiate de Bordeaux, se situe le siège principal de l’entreprise Dassault qui produit les avions de guerre Rafale. On y trouve donc de la très haute technologie militaire, et des chantiers d’avions de guerre, conçus pour larguer des missiles et des bombes nucléaires. Dans la même commune, il y a la firme Thalès qui produit notamment des drones tueurs et des composants électroniques. Toujours à Mérignac se trouvent trois centres nationaux de décision militaire. Au total, ce sont près de 15.000 emplois liés à la production d’armes concentrés sur une même commune.

Juste à côté, à Saint-Médard-en-Jalles, à 15 kilomètres du cœur de Bordeaux, il y a des sites d’ArianeGroup. Des ingénieurs et des ouvriers y construisent des missiles balistiques M51. Il s’agit d’énormes fusées contenant chacune 10 têtes nucléaires, pouvant être propulsées à 10.000 kilomètres, à une vitesse supersonique. Chacune des têtes est 10 fois plus puissante que la bombe d’Hiroshima. Sur ce site d’ArianeGroup, on charge ces missiles en propergol, un produit chimique servant à la propulsion des fusées, hautement dangereux, instable et toxique. Un autre site de la même entreprise, dans la commune de Sainte-Hélène, produit des explosifs.

Plus au sud, à Biscarosse, il y a le Centre d’essais missiles, considéré comme le cœur de la «dissuasion nucléaire française». Ce site est «spécialisé dans les essais en vol de missiles et de cibles aériennes» : l’armée y teste ses nouveaux systèmes de destruction. C’est à Biscarosse que se trouve le deuxième grand incendie qui ravage en ce moment la Gironde.

Le feu s’approche aussi du centre Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (CESTA), situé à Barp, à 30 kilomètres de Bordeaux. Un site du Commissariat à l’énergie atomique, chargé de concevoir les têtes nucléaires. Il héberge le Laser Mégajoule, un outil qui concentre une énergie destructrice phénoménale grâce à des faisceaux, permettant de recréer les conditions qui règnent lors d’une explosion nucléaire.

Pour ne rien arranger, la commune d’Ambès abrite un site de Yara, entreprise polluante stockant de grandes quantités d’engrais, explosifs au contact du feu. Yara a fait l’objet de multiplies alertes dans l’estuaire de la Loire pour non-respect des règles de sécurité. Un site Yara dans les flammes serait une véritable bombe.

La nuit dernière, la préfecture de Gironde expliquait que l’incendie s’est «propagé rapidement sous l’effet combiné de la végétation sèche et du vent, avec des rafales pouvant atteindre 40 km/h», et que le feu est désormais «ingérable» pour les pompiers, qui manquent de moyens. Des pare-feux sont actuellement réalisés pour tenter de contenir sa progression, notamment autour des sites industriels SEVESO. Le département de la Gironde compte 36 sites classés SEVESO, dont 18 «seuil haut».

L’ordre capitaliste s’est imposé par la guerre, les empires se sont constitués sur le sang, le vol et la spoliation. L’avènement d’une société de consommation ultra-carbonnée, basée sur l’industrie fossile, est responsable du désastre climatique en cours. Ainsi, ce système mortifère s’auto-alimente : des guerres pour les ressources, des ressources pillées pour financer les guerres, et toujours plus de pollution entraînant d’autres canicules, incendies et chaos.

On le sait désormais, la France sera particulièrement exposée à l’emballement climatique, et en même temps il s’agit d’un des pays qui vend le plus d’armes dans le monde. Ce double péril met toute la population en danger, alors qu’elle n’a jamais été consultée et qu’aucun débat sur le militarisme n’est autorisé dans ce pays. Préparer l’avenir, c’est lutter à la fois contre les marchands d’armes et les vendeurs de pétrole.

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