Usine Yara : bombe chimique et pollution toxique le long de la Loire


La presse locale vient de le révéler : 13 tonnes d’acide sulfurique ont fuit dans la nature, en bord de Loire, le 28 juillet 2023. Le responsable ? L’entreprise Yara, à Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire. La Direction régionale de l’environnement – la DREAL – rapporte une fuite d’environ 7m³ d’acide concentré à 96%, causée par «une rupture nette de la tuyauterie.»


Photos des installations dégueulasses de Yara, en bord de Loire.

Des tonnes d’eau sont contaminées et cette fuite a également provoqué un accident du travail. Lors d’une inspection suite à l’incident, les autorités ont repéré des «bâches percées» sur un bac de rétention et des infrastructures «dégradées» qui doivent être réparées.

Une usine chimique aussi vétuste, le long d’un fleuve, au point de provoquer une fuite d’acide ? En France en 2023 ? Cela n’a malheureusement rien de nouveau, l’usine Yara est une véritable bombe sur l’Estuaire.

Jeudi 8 septembre 2022 déjà, une sirène avait retenti dans l’usine chimique Yara. Et déjà, une fuite d’acide sulfurique avait déclenché un «plan d’opération interne». À l’époque, la préfecture affirmait qu’il s’agissait d’une fuite «de faible ampleur».

Pourtant, cela fait des années que l’entreprise Yara, dont l’usine est classée SEVESO seuil haut, met en danger les ouvriers, les habitant-es, et plus globalement tout le territoire. Elle est classée comme l’un des 13 pires sites industriels de France, qui «font encore l’objet d’incidents ou de non-conformités récurrentes» selon l’État.

La multinationale norvégienne Yara fabrique le fameux Nitrates d’Ammonium, un produit servant d’engrais, indispensable à l’agriculture industrielle. Cette matière est hautement explosive. C’est un stock de Nitrates d’Ammonium qui a dévasté la ville de Beyrouth en 2020. À l’époque, autour de 2000 tonnes d’engrais azoté «seulement» avaient rasé une partie de la capitale du Liban. Près de Saint-Nazaire, Yara fabrique 600.000 tonnes d’engrais chaque année.

30 fois plus.

De quoi provoquer un souffle dévastateur de Saint-Nazaire jusqu’à Nantes, avec un risque de réaction en chaîne, puisque Yara est proche de la raffinerie de Donges et du terminal méthanier de Montoir. C’est aussi le Nitrate d’Ammonium qui avait causé l’explosion de l’usine AZF et sa déflagration mortelle à Toulouse en 2001. Nous avons donc une poudrière sur l’Estuaire, un site connu pour sa dangerosité, et pourtant, ses patrons font perdurer des conditions de sécurités catastrophiques au point de provoquer des fuites d’acide !

La firme qui est leader mondial des engrais de synthèse pollue massivement la Loire. En 2020, Yara a déversé quantités de produits dans le fleuve, alors qu’elle était déjà mise en cause depuis des années. Selon les autorités, l’usine a dépassé 410 fois ses seuils d’autorisation de pollution cette année-là, un record. Un arrêté préfectoral mentionnait 18 jours de pollution à l’azote et 29 jours au phosphate venant des eaux industrielles, et pour les eaux pluviales, 256 jours à l’azote et 107 au phosphore. Les taux de cancers sont localement très élevés à Saint-Nazaire, Trignac, et surtout Montoir : le risque de cancer est supérieur de 30% à la moyenne nationale.

La firme est-elle sanctionnée ? Cela fait 4 ans que les pouvoirs publics multiplient les «avertissements» et autres tapes sur les doigts, et appellent le géant des engrais à mettre l’usine en «conformité». Mais Yara s’en moque. Une amende de 500.000 euros a finalement été infligée en juin 2023 à l’entreprise. Mais elle n’a pas entamé la moindre rénovation dans cette usine. Autrement dit : pour Yara, il est plus rentable de saccager l’environnement et menacer la vie de milliers de personnes que de réaliser les travaux pour limiter la pollution. Pendant que le discours ambiant appelle à faire des «petits gestes» individuels, des criminels qui font des maxiprofits sur la destruction du vivant reçoivent de gentilles remontrances par les autorités.

Le 14 octobre 2022, une manifestation de riverains et d’associations exigeait la mise aux normes de Yara. Il ne s’est rien passé depuis. Et avec deux fuites d’acide en quelques mois, la situation empire même. Faut-il attendre un accident industriel de grande ampleur pour fermer Yara ?


Le 14 octobre prochain, des associations, collectifs et habitant-es appellent de nouveau à manifester. Pour réclamer la fermeture de Yara cette fois ci. Rendez-vous à Saint-Nazaire, devant l’Hôtel de ville à 11h.

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7 réflexions au sujet de « Usine Yara : bombe chimique et pollution toxique le long de la Loire »

  1. Bonjour,
    C’est un petit détail, mais en français pour désigner l’engrais solide composé de particules de nitrates d’ammonium, on parle d’AMMONITRATE. C’est de l’ammonitrate qui a explosé à Toulouse en 2001 et à Beyrouth en 2020.
    Le terme “nitrates d’ammonium” est plutôt employé pour désigner les particules fines qui se combinent dans l’air, autrement dit les particules isolées.
    Bref, les nitrates d’ammonium sont plutôt un terme technique de chimie théorique, mais un stock qui explose ou un sac d’engrais sont de l’ammonitrate.

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