Aux États-Unis, des dizaines de milliers de chevaux sauvages vivant sur des terres fédérales risquent la mort malgré leur classement en tant qu’espèce protégée

Bientôt de la viande de cheval sauvage dans les supermarchés étasuniens ? Une enquête du New York Times révèle la brèche juridique exploitée par une agence gouvernementale pour transformer les mustangs, une espèce protégée, en bétail domestique à destination des abattoirs canadiens. Un écocide organisé par les institutions officiellement chargées de la protection de ces animaux.
Le mustang est un cheval sauvage vivant historiquement sur les terres de l’Ouest américain et initialement amenés par les Conquistadors espagnols lors de la Conquête de l’Amérique. Redevenus sauvages, ces troupeaux n’ont eu de cesse de s’agrandir et sont devenus aujourd’hui une caractéristique emblématique de l’univers Western de la «wilderness», cette représentation fantasmée d’une nature prétendument sauvage au cœur des USA. Ces équidés, préservés par une loi fédérale datant de 1971, sont aujourd’hui près de 73.000 à parcourir les terres publiques fédérales des USA, où ils risquent désormais la mort.
Revendus puis abattus pour quelques dollars
L’absence de prédateurs naturels de cette espèce importée a conduit à l’instauration d’un contrôle annuel de leur population. Le Bureau of Land Management (BLM), l’agence chargée de leur protection, en capture donc près de 9.500 chaque année et les propose à l’adoption dans le but de maintenir une population viable. Problème : la capture et l’entretien des pâturages dans lesquels les chevaux sont gardés en attendant de trouver un repreneur sont considérés comme trop coûteux. Pour réduire ces dépenses, le New York Times démontre comment le BLM se sert «d’une série de manœuvres bureaucratiques et de transactions financières pour transformer les mustangs en bétail domestique, les privant ainsi de toute protection». La combine, bien rodée, a conduit au trafic et à l’abattage de milliers de chevaux, en parfaite santé et âgés de seulement 2 ans pour certains.
Faute d’un nombre suffisant d’adoptants, le BLM cherche ainsi à vendre de plus en plus d’animaux à des particuliers, pour quelques dizaines de dollars, un prix défiant toute concurrence.
Pour y parvenir, le Bureau démontre d’abord que les chevaux sauvages sont inadoptables en publiant trois annonces d’une semaine sur son site en ligne. Puis il le vend à un premier acheteur qui signe un contrat où celui-ci s’engage à ne pas abattre l’animal ni à le vendre délibérément à une personne qui a pour projet de le revendre à des fins d’abattage. Mais, s’il cède le cheval à un intermédiaire sans poser de questions, il ne risque aucune poursuite judiciaire et le troisième acheteur est libre de vendre légalement le mustang à un abattoir.
Ce procédé a conduit une grande partie des chevaux revendus directement dans les circuits de la filière d’abattage canadienne, la mise à mort de chevaux sauvages étant interdite aux États-Unis. Le tout sous l’œil passif du Bureau of Land Management, qui se débarrasse allègrement de ces chevaux devenus des charges financières importantes. Certains ont été vendus pour seulement 25 dollars (environ 21 euros), alors que leur capture et leur prise en charge peuvent coûter plus de 3 000 dollars (environ 2600 euros) par animal. Derrière, les particuliers peuvent les revendre jusqu’à 750 dollars (environ 643 euros), et montent de vastes systèmes de transit par lesquels des centaines de chevaux passent la frontière canadienne.
L’antispécisme est un antifascisme
Dans sa course effrénée au profit, le néolibéralisme a réifié les animaux sauvages jusqu’à les réduire à des biens comme les autres, tout juste bon à être «gérés» ou «régulés» s’ils ne peuvent être vendus.
La seule protection dont disposaient jusqu’ici ces dizaines de milliers d’animaux sauvages s’expliquait par l’attachement de l’opinion publique aux mustangs, un symbole historique rattaché à la défense de l’identité nationale étasunienne. Mais avec l’administration trumpiste, cette maigre digue a sauté. Pour protéger nos milieux, il est urgent d’imposer une riposte pour la défense du vivant et contre le consensus culturel autour de l’exploitation animale.
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