Complotisme sioniste et délire collectif anti-palestinien

Nous avons tous croisé des personnes, souvent de grands fumeurs, qui pensent qu’en pliant un billet d’une certaine manière on voit apparaître Satan, qu’il y a des messages cachés dans le logo de Coca Cola ou de Marlboro, ou encore que ce sont des reptiles déguisés en humain qui dirigent le monde. Les sionistes du CRIF font exactement pareil, mais eux sont pris au sérieux, invités à l’Élysée, et reçus dans tous les médias. Plus grave, leurs délires peuvent conduire à des polémiques nationales, des condamnations et des censures.
Le CRIF, qui prétend représenter les juifs de France mais qui n’est qu’une officine pro-Israël et anti-palestinienne, vient d’inventer une nouvelle règle. Après avoir qualifié le verbe «camper» utilisé par Mélenchon d’antisémite, après avoir accusé les mains peintes en rouge d’étudiants pro-palestiniens d’être le symbole occulte d’un massacre de juifs, après avoir estimé que le député Insoumis du nord de la France David Guiraud surnommé «roi du Nord» par le rappeur Médine était une référence au roi biblique David, après avoir dit que Radio Nova était une référence cachée au festival israélien Nova, après avoir qualifié d’antisémite l’ONU, le Pape, et la plupart des associations… les sionistes accusent une marque de vêtement voulant dire «bon appétit» d’être une apologie cachée du 7 octobre.
C’est la radio Europe 1 du groupe Bolloré qui a lancé la polémique. Elle explique que le CRIF a saisi le Ministère de l’Intérieur pour interdire la marque de vêtements Sa7ten, qui ferait secrètement référence aux attaques du Hamas en 2023. Pour le CRIF, en décomposant ce mot en trois parties – Sa-7-ten – cela donnerait le début du mot «samedi», puis 7 et ten pour le dixième mois de l’année, octobre. «C’est fondamentalement une forme d’apologie du terrorisme» déclare très sérieusement le président du CRIF, Yonathan Arfi, qui dit ne pas se «souvenir d’avoir vu des marques commerciales essayer de tirer profit d’une forme d’apologie du terrorisme. À mes yeux, cela mérite une interdiction de ces productions».
Cette théorie tortueuse ne résiste pas aux faits. D’abord parce que Sa7ten est une association créée en février 2023 par deux Palestiniens vivant à Paris. À moins d’être devins, ils ne pouvaient pas connaître la date à l’avance. Leur marque de vêtement portant le même nom a été officiellement déposée en 2024.
Surtout, cette marque est la transcription du mot صحتين ou «sahten» en alphabet latin, qui est une expression arabe usuelle, signifiant «bon appétit» et qui dérive de «santé». Dans une interview, une des fondatrices explique que l’association organise des repas parce que «nous souhaitons nourrir avant toute chose» et a pour projet «le soin, l’organisation autonome et la préservation de la dignité humaine». Sa7ten a réussi à lever des fonds qui ont permis de faire évacuer plusieurs familles de Gaza et d’en aider d’autres sur place.
Derrière les théories fumeuses du CRIF, il s’agit une nouvelle fois de réprimer la solidarité avec la Palestine, et en particulier des palestiniens et palestiniennes qui s’organisent pour s’entraider. C’est aussi une manière d’entretenir un climat de suspicion et de chasse aux sorcières envers tout ce qui a trait à l’anticolonialisme et aux musulmans.
Tout ceci n’aurait jamais du être pris au sérieux, et le CRIF aurait dû être ridiculisé. Mais cette fois ci, le «fact cheking» officiel, les «anti-complotistes» de plateaux qui passent leur temps à pinailler sur la moindre imprécision, ou encore le site subventionné «conspiracywatch» géré par des soutiens d’Israël, n’ont rien trouvé de problématique derrière les délires mensongers du CRIF. Il y a le bon et le mauvais complotisme.
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