Ce n’est pas le feu le plus étendu de cet été caniculaire, mais c’est l’un des plus graves et inhabituels. Il a été provoqué par des tirs de grenades de la gendarmerie.

Le 12 août, à Dannes dans le Pas-de-Calais, les flammes dévorent la végétation située en bord de mer. L’incendie, impressionnant vu des plages, parcourt 190 hectares, attisé par le vent et la chaleur, dans une zone classée Natura 2000. Les dunes sont noires de cendres, les pins calcinés, et une maison entièrement détruite. Dix autres domiciles ont été cernés par les flammes, et sauvés in extremis par près de 200 pompiers appuyés par des hélicoptères. 1200 campeurs ont été évacués.
Les faits sont graves, des vies ont été mises en danger. La première version parue dans le journal La Voix du Nord évoque la présence d’exilés sur les lieux du sinistre : «Deux embarcations qui devaient être mises à l’eau en vue d’une tentative de traversée clandestine vers le Royaume-Uni, ont été neutralisées». Interrogée, la sous-préfète n’a «pas souhaité s’exprimer» selon le quotidien. Immédiatement, la fachosphère s’empare de l’affaire, et accuse les réfugiés d’être responsables, et les commentaires racistes se déchaînent sur les réseaux sociaux.
En réalité, le feu a été déclenché par la gendarmerie. L’association Utopia 56, avec qui nous nous sommes entretenus, a reçu plusieurs témoignages de riverains et de personnes exilées présentes sur les lieux, qui «disent tous que ce sont les grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre qui ont déclenché les feux». Ces témoins confirment que les forces de l’ordre intervenaient pour empêcher une embarcation d’être mise à l’eau.
Utopia 56 explique aussi que «l’utilisation du gaz lacrymogènes est quasi systématique sur le littoral» et que ces dernières années il existe «beaucoup de situations où ça a amené à des feux», qui sont habituellement vite maîtrisés. Mais pas cette fois, à cause des conditions exceptionnellement sèches.
Deux semaines plus tôt, le 30 juillet, des membres de l’association avaient alerté sur des violences policières au niveau de la digue du break à Dunkerque où, déjà, des tirs de gendarmes avaient déclenché des incendies lors d’un affrontement. «Ce soir là on a dû appeler les pompiers pour des départs de feu» nous explique Utopia 56, en nous fournissant des images prouvant leur récit. Pour l’association, les faits du 12 août n’ont malheureusement rien de surprenant : «On a beaucoup d’autres situations passées de feux causés par les forces de l’ordre».
En effet, les grenades lacrymogènes ne sont pas seulement nocives pour la santé, elles sont aussi fortement incandescentes et ont déjà causé de graves dommages à plusieurs reprises. Le 11 juillet dernier en région parisienne, dans le cadre d’une mobilisation contre le projet de «méga-canal», des grenades lacrymogènes envoyées sans sommation par les gendarmes avaient déclenché des feux dans les herbes sèches. En mai, c’était lors d’une Free Party dans le Morbihan que des grenades incendiaient l’herbe d’un champ et un bois jouxtant la fête. Le 5 juillet 2025 les gendarmes enflammaient des champs desséchés dans le Sud-Ouest, lors d’une manifestation contre l’A69. Le 20 juillet 2024 c’était dans les Deux-Sèvres, lors d’une manifestation contre les mégabassines, que les militaires avaient tiré leurs grenades dans un champ de blé qui venait d’être moissonné, provoquant d’importantes flammes. Enfin, une munition a même mis le feu à un restaurant parisien le 10 septembre 2025. Et il ne s’agit ici que des cas recensés et documentés par Contre Attaque.
Le préfet du Pas-de-Calais tente désormais de se défendre en accusant dans la presse «les réchauds et campements des migrants». Mais même la Voix du nord confirme que «l’utilisation de grenades lacrymogènes a provoqué un départ de feu», expliquant qu’une grenade MP7, c’est-à-dire contenant 7 projectiles incandescents, est bien à l’origine d’un départ de feu dans une embarcation pleine de carburant, qui s’est ensuite propagé aux dunes.
Mises en cause, les autorités osent répondre que «quand les gendarmes se font agresser ils ont le droit de se défendre». Se défendre alors qu’ils attaquent des personnes démunies et traquées, en détruisant la nature et en mettant en danger la vie de centaines de personnes.
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