
«Le nouveau porte-avions français a franchi trois paliers de prix en dix ans» s’alarme le magazine L’essentiel de l’Éco, le 19 août. Et cela sans le moindre débat parlementaire, et encore moins de remise en cause de ce projet désastreux, imposé en même temps que des lois d’austérité qui coupent dans les budgets de la sécurité sociale, les allocations chômage et les services publics.
Le projet de porte-avions nucléaire «nouvelle génération» – qui répond au doux acronyme de PANG – est un caprice de Macron. La France dispose déjà d’un porte-avions baptisé Charles-de-Gaulle, qui a coûté 4 milliards et qui a été mis en service en 2001, après 15 ans de chantier. Un gros machin très onéreux qui sillonne les océans du globe en transportant des avions de guerre, histoire de montrer que la France peut envoyer des bombes nucléaires.
Prévu pour le remplacer, le «PANG» pèsera plus de 80.000 tonnes, le double du précédent. Il mesurera 310 mètres de long, plus long que le Titanic, mais surtout beaucoup plus large. Un tel porte-avions, c’est une véritable île militarisée avec une piste de décollage qui embarquera plus de 2000 marins, une trentaine d’avions de combat – coûtant chacun plus de 100 millions d’euros – mais aussi des hélicoptères et des drones. Comment faire fonctionner cette forteresse maritime ? En installant directement des centrales nucléaires à bord, pardi ! Le chantier, prévu à Saint-Nazaire, devrait durer au moins dix ans. Une pure folie critiquée au sein même de l’armée : à quoi sert un vaisseau aussi énorme et cher alors que des drones à quelques milliers d’euros peuvent l’attaquer ?
Au-delà de l’absurdité tactique d’un tel projet, son budget est déjà en train de s’envoler. La loi de finances pour 2026 chiffre le porte-avions à 12,221 milliards d’euros, alors que l’Élysée communiquait jusqu’ici sur un projet à «seulement» 10 milliards. Une rallonge de 2 milliards, passée en scred’. Rien que cette somme astronomique représente le prix de plusieurs CHU flambants neufs. Et beaucoup plus que les prétendues «économies» annoncées par le gouvernement en supprimant les Aides Pour le Logement de centaines de milliers de jeunes.
Au début des années 2020, les estimations disponibles situaient le futur porte-avions entre 4,5 et 5 milliards d’euros, rappelle L’essentiel de l’Éco. Le calcul est simple : entre 5 milliards annoncés initialement et 12 milliards déjà débloqués, cela fait une augmentation de 150% en quelques années, avant même le démarrage des travaux. Et ce n’est qu’un début, car les grands chantiers publics dépassent systématiquement les prix annoncés.
Prenons la centrale nucléaire de Flamanville, qui vient d’être mise en service. Le coût de cet EPR a été multiplié par plus de sept : le budget annoncé était de 3,3 milliards d’euros en 2007. Il a été de 23,7 milliards d’euros à son inauguration en 2024. Et pour couronner le tout, le chantier s’est terminé avec 12 ans de retard ! Ce n’est pas grave, c’est les contribuables qui paient. Le plus drôle, c’est que cet EPR a été arrêté le 16 juillet 2026, suite à des anomalies dans les circuits.
Il en va de même pour la plupart des grands projets. L’Arche de la Défense, inaugurée en 1989, devait coûter 2,4 milliards de francs, et ce sont 3,75 milliards qui ont été déboursés, soit un budget explosé de 50%. Sans compter les réparations hors de prix qu’il a mises en œuvre à cause de malfaçons. Et on pourrait lister d’autres exemples de gabegies d’argent public.
Avec un budget qui a déjà plus que doublé avant même le démarrage du chantier, on peut déjà faire des pronostics sur la somme finale. 15, 20, 25 milliards, qui dit mieux ? Quoiqu’il en soit, plus que le fameux «déficit des retraites» qui était présenté comme insurmontable en 2023. Et largement de quoi garantir des services de santé, d’éducation et de lutte contre les incendies à la hauteur.
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