Insolite : une macroniste et un lepeniste s’accusent mutuellement d’être fachos


Imaginez un maroilles et un roquefort qui se crient dessus pour savoir qui fouette le plus. C’est, en résumé, le pugilat numérique qui a eu lieu le 23 septembre entre deux fachos : une leader macroniste et un représentant du RN.


Jean-Philippe Tanguy et Nathalie Loiseau, deux fachos qui s'accusent mutuellement d'être des fachos sur les réseaux sociaux.

Tout part d’une intervention de Jean-Philippe Tanguy, le numéro 2 du parti d’extrême droite, un drôle de petit bonhomme avec un gros cheveu sur la langue. Le comble pour un héritier des SS. Lors d’un discours de campagne dans la commune de Vierzon, prononcé le week-end dernier, on l’entend asséner au micro : «Oui, le travail rend libre». Une traduction littérale de la sinistre formule en allemand «Arbeit macht frei», qui figurait à l’entrée de camps nazis, ce que tout le monde apprend dès le collège.

Le 23 septembre Nathalie Loiseau, représentante du parti Renaissance, dénonce ces propos en parlant d’un «dogwhistle», c’est-à-dire une allusion ciblée adressée aux néonazis. Et dit que cela lui donne «envie de vomir». On peut déjà s’arrêter là : Nathalie Loiseau se moque du monde, puisque cette formule est régulièrement utilisée par son propre camp politique. Gabriel Attal, le poulain du mouvement, a répété cette phrase sous diverses formes, par exemple en 2025 : «La valeur la plus importante pour moi c’est d’être libre et je veux que les Français soient libres, c’est pour ça que je suis si attaché au travail». Ou encore : «Le travail, c’est la liberté» et «Le travail rend libre» lors de précédents discours, quand il était Premier ministre. Outre-Rhin, la déclaration de Gabriel Attal avait d’ailleurs profondément choqué l’opinion publique et s’était retrouvée dans tous les journaux. En France, la presse avait évoqué une «maladresse».

Si Nathalie Loiseau est cohérente, elle doit donc accuser son propre candidat de faire des clins d’œil aux nazis et lui vomir sur le costume. Mais ce n’est pas ce qu’a retenu Jean-Philippe Tanguy, qui a préféré lui répondre «vomis toi dessus la gudarde, je suis innocent de tes vices de jeunesse». Gros clash. Ici, l’élu RN fait référence à la jeunesse de Nathalie Loiseau.

En effet cette femme, qui a été tête de liste macroniste lors des dernières élections européennes et ministre de Macron, vient elle-même de cercles néofascistes. Lorsqu’elle était étudiante à Science Po dans les années 1980, Nathalie Loizeau militait dans un groupuscule ouvertement néo-nazi : le GUD, dont la violence et l’antisémitisme sont revendiqués. Son nom figurait même dans une liste d’extrême droite aux élections étudiantes.

Là encore, rien de bien surprenant malheureusement, car dans l’arrière boutique des «centristes», on trouve aussi Alain Madelin, Patrick Devedjian, Gérard Longuet ou Anne Méaux, qui ont tous et toutes fait leurs armes dans des groupes d’extrême-droite. Et un ministre comme Darmanin, qui est passé par le groupuscule royaliste l’Action Française.

Quant à Jean-Philippe Tanguy, lui aussi est d’une hypocrisie éhontée : les membres et anciens membres du GUD sont présents partout dans l’organigramme du RN, jusque dans l’entourage le plus proche de Marine Le Pen. Certains ont d’ailleurs été mis en cause dans l’affaire de détournement de fonds du parti. Le RN et le FN sont consubstantiellement liés à ce groupuscule depuis des décennies, il est donc totalement indécent de sa part de dégainer un contre Uno.

Nous assistons à un duel pathétique entre puants, deux nuances de bruns qui s’accusent mutuellement d’être couleur merde. Mais ce crêpage de chignon ne doit pas nous faire oublier que le RN et Renaissance sont des alliés, et non des ennemis.

La porosité entre le gouvernement et l’extrême droite n’est plus à prouver, du vote de la «Loi immigration» reprenant le programme du Front National à la militarisation de la police. Du «permis de tuer» imposé cet été, qui vient du programme de Jean-Marie Le Pen, à la réhabilitation de Pétain. De la répression acharnée des luttes antifascistes à la criminalisation de l’écologie.

Depuis la dissolution de l’Assemblée Nationale, Marine Le Pen gouverne déjà, de fait, avec Macron. C’est elle qui a validé la nomination des derniers Premiers ministres. C’est elle et son parti qui ont préparé avec les macronistes la dissolution. C’est son programme qui est appliqué par le gouvernement. Et c’est sa prise de pouvoir qui est désormais préparée par les réseaux gouvernementaux.

Cet été, Marine Le Pen et son équipe ont choisi de recopier, littéralement, le nom et l’iconographie macroniste. Le 7 juillet, l’héritière Le Pen publiait sa nouvelle affiche de campagne, toute en sobriété : fond bleu, drapeaux français, et le slogan «Pour la France, la Renaissance». Avec le mot Renaissance en jaune, pour bien insister dessus. Renaissance, c’est le nom de la coalition au pouvoir : celle des macronistes. À force, on ne sait plus vraiment qui copie qui.

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