
Il est plus de 11 heures le 1er octobre à Argenteuil. Des centaines de lycéen·nes sont réuni·es pour manifester lorsque des forces de l’ordre leur tirent dessus au LBD. Un élève de seconde reçoit une balle en caoutchouc en pleine tête. Il est éborgné. Une première vidéo publiée hier sur les réseaux sociaux donnait la parole à une jeune femme témoin de la scène, qui parlait d’un «policier qui a jeté un Flash-Ball dans la tête» de l’adolescent. «On l’a ramassé, on l’a ramené à la Maison pour tous», un centre social de la ville, pour le mettre en sécurité et appeler les secours, alors que «le petit était en train de perdre connaissance, il avait un pouls très faible».
Quelques heures après ce témoignage bouleversant, le député Insoumis Paul Vannier signale les faits à la justice, et explique que «les lycéens venaient d’être exposés à des gaz lacrymogènes et étaient en train de se disperser lorsqu’un policier a visé directement ce jeune homme».
La justice vient de confirmer cette nouvelle mutilation, par la voix du parquet de Pontoise. Les magistrats tentent déjà de justifier l’horreur, en prétendant qu’il y aurait eu des tirs de «mortiers», et que «deux policiers équipés de lanceurs de balles de défense ont riposté en faisant usage de leur arme». Comme si tirer dans la tête d’un enfant avec une arme potentiellement mortelle, quand on est un adulte protégé comme un soldat, pouvait être légitime.
Le Parisien a interrogé plusieurs lycéens présents sur place. Ils manifestaient aux abords du lycée Julie-Victoire Daubié et racontent qu’ils étaient «entre 300 et 400 jeunes» venus de plusieurs lycées d’Argenteuil. Une lycéenne dit que les agents «ont commencé à balancer du gaz. Tout le monde s’est mis à courir». C’est lors de cette partie de chasse que le jeune homme a reçu le tir. «Il s’est retourné et a pris quelque chose dans l’œil. Il était à terre, en train de s’évanouir tellement il souffrait. Il n’avait vraiment rien de menaçant, dans son sac, il ne transportait que des cours», raconte la lycéenne au Parisien. Le mutilé est scolarisé au lycée Georges-Braque.
À Argenteuil, la répression est particulièrement brutale. La veille, le 30 septembre, des lycéen·nes qui formaient une chaîne humaine pacifique ont été gazé·es et chargé·es par la police alors même qu’ils se trouvaient en présence du député Paul Vannier et que tout était filmé. Sur les images diffusées par l’élu, on voyait déjà un policier mettre en joue des lycéens avec son LBD à hauteur de tête. S’agit-il du même tireur ?
Un jour plus tôt, Paul Vannier était pris à partie et intimidé par un policier en civil, capuche sur la tête et arme à la ceinture. Là encore, tout était filmé : imaginez de quoi sont capables, à l’abri des regards et contre des adolescent·es, des agents dont le sentiment d’impunité est tel qu’ils n’ont pas peur d’aller menacer un député avec son écharpe tricolore.
La jeune victime d’Argenteuil est le troisième mutilé en quatre jours par les forces de l’ordre. Le 28 septembre dans le Val d’Oise, c’était Eden, 15 ans, qui recevait une grenade en tir tendu à très courte distance dans le visage, par des policiers qui l’ont ensuite abandonné au sol tordu de douleur. Il souffre d’une double fracture de la mâchoire et a toutes les dents supérieures cassées. Il devra s’alimenter avec une paille et ne pourra pas parler pendant au moins 6 semaines. Le 30 septembre, c’est à Tours que Maël, 16 ans, était éborgné par un tir.
Des témoignages de violences policières gravissimes sont documentées partout en France, par exemple à
Grand-Quevilly, où la police aurait gravement blessé trois mineurs en trois jours avec des tirs à bout portant de grenades, à Alençon ou Avignon, où des policiers étranglent volontairement des lycéens. L’Éducation Nationale dit avoir dénombré 284 blessés jeudi et 119 blessés mercredi, soit plus de 400 jeunes marqués dans leur chair.
La vie d’enfants a basculé a tout jamais parce qu’ils luttaient pour un avenir décent. Cela devrait être un scandale national, et devrait faire tomber le gouvernement. Mais les médias fascisés ne parlent que de feux de poubelles. Quand les yeux de lycéens ont moins de valeur que des biens matériels, nous sommes déjà dans la barbarie.
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