Depuis le début du soulèvement, Contre Attaque recense les violences policières, à partir de témoignages inédits, de faits constatés sur le terrain et de coupures de presse. Voici un nouveau bilan de cette répression barbare.

Toulouse
«Teddy est sorti de l’opération et doit rester hospitalisé. Une nouvelle intervention sera programmée pour tenter de sauver un ou deux doigts. Sinon il devra être amputé». Ce sont les mots de la sœur de la victime d’une explosion de grenade à la main le 24 octobre dans la ville rose.
Les faits ont eu lieu vers 16h30, où selon plusieurs sources les manifestants ont subi un déluge de grenades mutilantes en fin de manifestation, au niveau d’Arènes, un quartier populaire de la ville. Le cortège était nassé par le dispositif policier et a subi de nombreuses attaques d’une grande sauvagerie. Médiacité décrit la scène : «Une grenade assourdissante vient d’exploser. Un jeune homme hurle. Il marche sans but, choqué, sidéré. Au bout de son bras droit, qu’il tient écarté du corps, sa main pend, déchiquetée par le souffle de l’explosif». Une personne présente raconte : «Tout se passait bien. Il y avait le char techno sans qu’il y ait le moindre jet de projectile. Les keufs ont balancé des lacrymos et ça a mis le feu aux poudres, quelques secondes plus tard le gosse perdait sa main».
La sœur de Teddy, raconte cette vie bouleversée par la violence d’État et un jeune homme en détresse. Il a 20 ans, occupe un emploi de serveur et est droitier. C’est la main qui a été déchiquetée : «J’ai une colère immense face au silence des médias. Une histoire aussi grave ne devrait jamais être passée sous silence […] Partagez, faites du bruit, faites circulez son histoire. Le silence n’est pas une option. ACAB».
Nantes
Comme l’ensemble du territoire, la cité des Ducs a été soumise à une pluie d’armes de guerre, et ce très tôt dans l’après-midi du 24 octobre. Vers 14h30, sur le boulevard Général De Gaulle, alors que la manifestation se dirigeait vers la Cité des Congrès, une femme est lourdement blessée au tibia. Un street medic présent sur place affirme que la victime se trouvait à une vingtaine de mètres des policiers quand une grenade assourdissante a explosé au niveau de ses membres inférieurs. Le souffle lui a occasionné une plaie délabrante, elle a dû être évacuée en urgence, des lambeaux de chair pendant à sa jambe. Héroïque, avant d’être exfiltrée par les pompiers, elle lançait à la foule : «Continuez la lutte». Au même endroit, un autre manifestant était pris en charge avec un doigt ouvert et l’os visible.
Plus tard dans le centre-ville, un récit que nous avons retrouvé sur les réseaux sociaux relate le passage à tabac d’une personne en situation de handicap, ayant du mal à marcher, tombée au sol, alors que les blindés de la gendarmerie dispersaient le gros de la manifestation avec des grenades assourdissantes.
Clermont-Ferrand
C’est peut-être l’une des blessures les plus documentées du samedi 24 octobre, mais aussi le traitement médiatique le plus mensonger du week-end. Les autorités ont falsifié le réel en soutenant que le jeune homme n’avait peut-être pas été visé par un tir grenade. Sous-entendu, qu’il pourrait lui-même être responsable de ses lésions gravissimes à la main. Un narratif d’une perversité absolue puisque des images filmées au cœur du cortège prouvent le contraire. On y voit l’adolescent fuir, avec d’autres personnes, une grenade GM2L, identifiable à sa couleur rouge-orange, lorsqu’elle explose à hauteur du tronc des manifestants. Le jeune mutilé est de dos au moment de la détonation, qui lui arrache plusieurs doigts.

Ilias, un jeune tiktokeur, était sur place au moment des faits, et nous confirme : «Il n’y avait pas de casse ni de tension à ce moment. On voulait juste nous faire partir à tout prix». Le parquet de Clermont-Ferrand annonce ouvrir une enquête «sur le fondement de l’article 74 du code de procédure pénale à la suite de la découverte d’une personne grièvement blessée» visant à «établir les circonstances de la blessure». Les circonstances sont pourtant aussi évidentes qu’accablantes.
Marseille
Des blessés du 17 octobre continuent à se faire connaître. Une nouvelle victime de la cité phocéenne nous a écrit en milieu de semaine. Il a été visé par un tir policier en plein thorax à une distance de 10 mètres. Dans la mesure où le LBD, à courte distance et dans cette zone, a déjà provoqué des arrêts cardiaques, il s’agit ni plus ni moins qu’une tentative d’homicide. Il nous explique : «C’était vers 15h-15h30 dans une rue adjacente au Vieux-Port. On faisait face à la police. Je ne présentais pas de danger et ça gazait dans tout les sens. J’étais juste avec une grosse partie de la manif et je me suis pris la balle de LBD».
Le résultat de ce tir fait froid dans le dos : «Ça m’a coupé la respiration net. J’ai été hospitalisé 5 jours avec un gros hématome au milieu de la poitrine. Le cœur a pris un coup. Les médecins m’ont affirmé qu’il pouvait y avoir des risques de complications cardiaques. Une surveillance médicale a été mise en place».
Le 2 juillet 2023, lors de la révolte après l’assassinat de Nahel, dans la même ville, Mohamed avait été tué par un tir de balle en caoutchouc alors qu’il rentrait chez lui en scooter. Il avait reçu le projectile dans le thorax de très proche, provoquant un arrêt cardiaque.
Grenoble
La répression a été toute aussi intense le dimanche 18 octobre, notamment dans la métropole grenobloise. «Je me suis pris une grenade alors que nous étions à 100 mètres des forces de l’ordre. C’était plutôt calme. On dansait principalement à l’arrière d’un camion sono. Les flics ont envoyé des lacrymos, puis d’un coup j’ai senti mon pied se faire souffler, deux explosions coup sur coup» nous rapporte un blessé.
Il nous a fait parvenir une photo de sa jambe : la grenade lui a fait un trou, une énorme plaie délabrante, l’os du tibia à nu. Il a été opéré et reste hospitalisé en attente d’une potentielle deuxième opération.
Si vous avez d’autres informations et témoignages, écrivez-nous. Pour retrouver nos précédents recensements de la barbarie d’État des dernières semaines, consultez notre site : https://www.contre-attaque.net
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