À Nice : une collaboration assumée entre les autorités et les nazis contre la mobilisation

Devant le centre de supervision urbain de Nice, des policiers discutent et protègent une milice d'extrême droite venue commettre des violences le 24 octobre.

Deux voitures, une matraque, des gants, des cagoules noires : c’est un véritable commando organisé qui a été arrêté à Nice le 24 octobre dernier dans la soirée. Un commando d’extrême droite, à la fin d’une journée marquée par des graves violences, commises contre des manifestants. Quelques heures plus tôt, un groupe de néo-nazis avait lynché, en toute impunité, des participants à la manifestation contre la vie chère. Et joué le rôle d’une milice extra-légale pour écraser le mouvement social.

Plusieurs membres de ce commando ont des casiers judiciaires pour violences conjugales, violences en réunion, dégradations… Pourtant, tous ont été remis en liberté par la justice, sans contrôle judiciaire ni même interdiction de manifester. Libérés sans contrainte d’ici leur procès le 26 novembre. On n’avait jamais vu une décision de justice aussi clémente : ces derniers jours, des peines de prison tombent pour de simples participations aux manifestations, ou la possession de masque ou de gants. Mais ces néo-nazis bénéficient clairement d’un traitement de faveur.

Avant d’être relâchés, un des membres du commando déclarait à la barre : «Les vidéos surveillance prouveront notre innocence». Et pour cause : ces néo-nazis travaillaient directement avec le «centre de supervision urbain», c’est-à-dire les équipes municipales chargées de la vidéosurveillance à Nice. Il y a donc peu de chances que des images compromettantes soient utilisées pour les incriminer. Sur une photo publiée par Mačko Dràgàn, journaliste dans le média niçois Le Mouais, on aperçoit le commando, dont certains membres sont cagoulés, devant le bâtiment, en train de discuter tranquillement avec des policiers. Une image qui ne laisse aucun doute.

Sur cette photo, on aperçoit d’ailleurs un homme au crane rasé : le même est filmé quelques instants plus tard en train de tabasser un jeune de 16 ans au sol, dans une scène ultra-violente, et à proximité d’un cordon de police.

Olivier Salerno, responsable de la France Insoumise des Alpes Maritimes, confirme que «le cortège fasciste est descendu tranquillement depuis la rue Puget après avoir discuté avec la police. Les miliciens sont passés devant le centre de supervision place de la Libération». Le 24 octobre, toute la ville était bouclée par la police, la manifestation était interdite, mais l’extrême droite a pu agresser des manifestants pacifiques, avec la complicité active des autorités municipales et nationales.

Un fait confirmé par l’extrême droite elle-même. Dans une vidéo publiée sur Instagram par un militant néo-nazi surnommé Lexweights, et supprimée depuis, il raconte sa journée du 24 octobre : «J’ai prévenu toute la police municipale. Mes collègues ont prévenu la BAC, la police nationale, les CRS et les gendarmes. On a eu énormément de soutien de leur part». Il qualifie aussi les manifestants de «vermines». Sa vidéo a pour but, dit-il, de «motiver» ses spectateurs à «rejoindre [ses] rangs». Il dit aussi à propos des policiers : «Ils savent qu’on est avec eux, on sait qu’ils sont avec nous. Merci les gars, je vous remercie du fond du cœur, vous avez vraiment participé au truc».

Lexweights explique aussi quelque chose de limpide aux policiers : «Votre déontologie est dépassée, vous avez besoin de nous. Nous, un cadre déontologique, on n’en a pas». C’est exactement la définition historique des milices fascistes des années 1920 : l’État italien se reposait sur les groupes de combat de Mussolini pour exercer une violence extrême contre les grévistes et les manifestants, en complément de la répression officielle. L’histoire se répète quasiment à l’identique.

C’est donc un membre du commando lui-même qui décrit le mieux cette connexion entre les milices et la police. L’hybridation entre le régime et l’extrême droite a atteint sa phase terminale.

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