Partage des richesses : à Montréal, les «Robins des ruelles» récidivent dans un deuxième supermarché


Tous les héros ne portent pas de cape, ils portent parfois un chapeau à plume


Un supermarché attaqué par les Robins des ruelles, qui distribuent ensuite de la bouffe gratuite dans les quartiers populaires de Montréal.

À Montréal, les «Robins des ruelles» ont encore frappé ! Leur concept est aussi simple que stylé, et il est expliqué par ce mystérieux collectif : «Devenir un Robin des ruelles, c’est refuser qu’une poignée de PDG continuent de s’enrichir sur notre dos pendant que le reste de la population peine à se nourrir».

Une première action avait marqué les esprits avant Noël. Le 15 décembre, une bande de boute-en-train déguisés en Pères Noël et en lutins avait pénétré dans un magasin : plus de 40 personnes dévalisaient les rayons et remplissent des caddies de nourriture. À la clé, quelques milliers d’euros de denrées récupérées, qui avaient été déposées au pied d’un arbre de Noël de la place Valois d’Hochelaga-Maisonneuve, un quartier défavorisé de Montréal. Au pied du sapin, à côté des victuailles laissées à disposition, un écriteau indiquait : «Noël, c’est cher !», «Bouffe gratuite». Et le restant de nourriture sera redistribué dans les «nombreux frigos communautaires de la ville» expliquait un communiqué.

Le 3 février au soir, une soixantaine de personnes, certaines masquées et capuchées, d’autres déguisées en Robins des bois avec des chapeaux à plume rouge, ont récupéré pour 6000 dollars de nourriture dans un magasin de la filière Rachelle-Béry. Les activistes ont expliqué que la nourriture avait été redistribuée dans des frigos communautaires de la ville et dans des sacs déposés devant des lotissement HLM du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

«Lorsqu’avoir deux emplois ne permet même plus de se nourrir, de se loger et de prendre soin de sa famille, tous les moyens deviennent légitimes. On a décidé de résister contre un système qui est corrompu et d’encourager tous ceux qui sont écœurés, comme nous, à faire de même» expliquent les Robins des ruelles dans un communiqué. Ils joignent à ces revendications quelques photos et vidéos, notamment un graffiti où l’on peut lire «volez un voleur», «fuck profit» ou encore «Take what you need» – prends ce dont tu as besoin – ainsi que les sacs cadeaux remplis de nourriture.

Pourquoi avoir ciblé cette enseigne ? «Le nouveau PDG de l’Empire, Pierre St-Laurent, a enregistré un salaire et des primes de 3,42 millions de dollars canadiens depuis novembre dernier. Le salaire moyen d’un·e Canadien·ne pour 2025 est de 65.300$» soulignent les activistes. Le groupe Empire Company Limited, qui possède ces supermarchés, a réalisé 30,7 milliards de chiffre d’affaire et 725 millions de bénéfice net en 2024.

C’est dans ce contexte de pressurisation généralisée des classes populaires que s’inscrit cette autoréduction, qui renoue avec la tradition militante du mouvement autonome des années 1970/80, l’expropriation prolétarienne. À l’époque, surtout en Italie, les pillages de supermarchés étaient une pratique courante, pour dénoncer le capitalisme et redistribuer les denrées à celles et ceux qui en avaient besoin.

En 1970 à Paris, c’est l’épicerie de luxe Fauchon qui avait été dévalisée par des militants et militantes communistes aux cris de «On a raison de voler les voleurs !» et «Récupérons sur les patrons le fruit de notre travail !». Des blocs de foie gras, marrons glacés, pâtés en croûte, gâteaux fins, chocolats, bouteilles de grands crus et autres produits aussi gourmands que chers avaient été distribués dans les bidonvilles et cités qui entouraient la capitale. Une militante expliquait à l’époque : «En attaquant ce lieu de haut luxe – qui ne nourrit que les riches – nous avons voulu frapper directement les exploiteurs au profit des exploités».

Les Robins des ruelles québécois rappellent que «les vols commis pour assouvir nos besoins essentiels sont des gestes politiques et de résistance. Voyez donc notre action comme un appel à s’organiser ensemble conte la mafia de l’alimentaire et celle de l’agro-industrie». Longue vie à elles et eux !

Retrouvez leurs communiqués et leurs vidéos sur le site des Soulèvements du fleuve

AIDEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide.

Faites un don à Contre Attaque, chaque euro compte.