Notre époque est décidément marquée par le règne de la confusion, du faux et de l’inversion. Depuis trois jours, l’intégralité des médias et de la classe politique nous impose un récit unilatéral qui s’avère plus mensonger à chaque heure qui passe.

Quentin Deranque, décédé à Lyon, est présenté comme un «jeune choriste et philosophe chrétien», qualifié de «non-violent», qui aurait été «lynché» voire «poignardé par les antifas». Il serait même tombé dans un «guet-apens» selon le récit imaginaire de France Info, le Nouvel Obs et CNews. Non seulement cette version est largement mise à mal – il semble s’agir d’une bagarre opposant une vingtaine d’activistes d’extrême droite à une vingtaine d’antifascistes qui aurait très mal tournée – mais le profil de Quentin se précise.
Le journaliste de Médiapart Donatien Huet, spécialiste de l’extrême droite, a repéré que Quentin Deranque était présent avec sa cagoule au défilé néo-nazi du «Comité du 9 mai» à Paris, en mai 2025. Tous les ans à cette date, les plus grands racistes et les fascistes les plus radicaux d’Europe se retrouvent dans la capitale française.
Lors de cette manifestation, un millier de militants d’extrême droite a défilé cagoulé en rang, au pas, portant des drapeaux noirs frappés de symboles néo-nazis et de runes. Certains portaient des casques. À l’avant du cortège : deux tambours des jeunesses hitlériennes, un clin d’œil aux collectionneurs. Et ce défilé milicien était protégé par un gros dispositif policier chargé de réprimer quiconque émettrait une critique contre les nostalgiques d’Hitler.
Quentin n’était pas un électeur du RN lambda, ni même un sympathisant passif du fascisme. Il accompagnait ses idées d’actes concrets, et était capable de faire des centaines de kilomètres pour défiler avec les franges les plus radicales du néo-nazisme européen. Il était aussi capable d’assurer le service d’ordre d’un groupe comme Némésis, en sachant parfaitement que la confrontation violente était une option.
Il est aussi avéré que Quentin militait au sein de l’Action Française, l’un des plus importants et anciens groupes d’extrême droite français, qui a formé des générations de fascistes, de racistes et d’antisémites. L’Action Française a fait des milliers de victimes depuis sa création pendant l’Affaire Dreyfus, durant laquelle elle scandait «Mort aux juifs !» En 1936, l’Action Française a lynché en pleine rue Léon Blum, leader socialiste, quasiment jusqu’à la mort. Aujourd’hui, ce collectif qualifie Némésis de groupe «judéo-servile».

Quentin Deranque appartenait aussi au groupe Luminis Paris, qui salue son amour de la « lutte à mort ». Tous les ans en février, ce collectif rend hommage aux émeutiers fascistes du 6 février 1934 qui ont tenté de renverser la République pour installer une dictature en France. Luminis rend aussi hommage à Robert Brasillach, écrivain collaborationniste, d’un antisémitisme ultra-violent.
Enfin, nous avons identifié plusieurs proches de Quentin sur Twitter, dont l’un dit connaître le défunt «depuis deux ans». Cet individu ne cache pas ses idées fascistes, et publie des vidéos de lynchage de militants antifascistes lyonnais. Voilà l’univers mental de ceux qui sont présentés comme des victimes.
Pourquoi préciser tout cela ? Car nous sommes en train de subir une gigantesque opération de manipulation psychologique. Et surtout, parce que les victimes de l’extrême droite ou de la police, celles qui sont militantes de gauche ou non-blanches, n’ont jamais le droit à un tel traitement de faveur. Elles ne sont pas présentées comme de «gentils petits gars non-violents». Les grands médias fouillent leur passé, la police dévoile leurs antécédents judiciaires ou leurs fiches, on épluche leur vie personnelle et leurs prises de position réelles ou supposées. Souvenez-vous de Clément Méric, des militants dans le coma à Sainte-Soline, d’Adama Traoré, et bien d’autres.
On pensait naïvement que la France admirait encore la Résistance, mais dans cette époque folle, le système médiatique tout entier est en train de construire l’image d’un néo-nazisme «non-violent» et «sympathique». À quand un hommage national ?
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