Télé police, télé fasciste

Captures d'écran des interventions policières télévisées ces derniers jours

Face au soulèvement populaire, le gouvernement déploie un plan de contre-insurrection d’une brutalité totale. La contre-insurrection a été théorisée par l’armée française durant la guerre d’Algérie, puis utilisée par toutes les dictatures contre leurs populations. Elle repose sur deux plans : réprimer très fortement les contestataires en les considérant comme un ennemi à neutraliser physiquement d’abord, et isoler cet ennemi par une propagande continue ensuite. À Sainte-Soline, l’État a tiré des milliers de grenades explosives pour briser les corps et traumatiser les esprits. Depuis, c’est un flux continu de propagande policière.

Quelques exemples ces trois derniers jours, pour se faire une idée de l’offensive en cours :

27 mars

  • 8H : sur Cnews, le macroniste Stanislas Guerini assène : «quand on vient avec des boules de pétanque, des haches, des bombes artisanales, on vient bien souvent pour tuer du flic.»
  • 12H : Europe 1, Cnews et BFM répètent en boucle une note donnée directement par les services de renseignement pour salir le blessé entre la vie et la mort. Serge, dans le coma suite à un tir de grenade explosive dans la tête, serait «fiché S» et «black bloc».
  • 18H : Gérald Darmanin en direct sur toutes les chaînes en continu : «à Sainte-Soline, on a dénombré 200 individus connus des services de renseignements, dont de nombreux fichés S pour radicalisation». 200, c’est le nombre de blessé-es annoncé par les manifestant-es. Il ajoute : «aucune arme de guerre n’a été utilisée.»
  • 20H sur Cnews : l’avocat d’extrême droite Goldnadel : «quand on voit la tête des blessés, fichés S de l’ultragauche et qui utilisent des cocktails molotov, mon stock compassionnel est trop limité pour les plaindre».
  • 21H sur Cnews : «on n’a jamais connu une telle complaisance à l’égard des violences de l’extrême gauche» dit Philippe Bilger, magistrat d’extrême droite. «Les peines sévères ne dissuadent pas. Je suis contre la peine de mort, mais si on avait exécuté systématiquement les peines de mort, peut être qu’elles auraient été un peu exemplaires».
  • 21H sur BFM : des syndicalistes policiers évoquent les «débordements» annoncés dans les manifestations prévues le lendemain et le dispositif de maintien de l’ordre.
  • 22H sur Cnews : on parle du deuxième manifestant dans le coma suite à un tir dans la gorge. Son dossier est déjà préparé : Mickaël est lui aussi «fiché S» et «ultra jaune».

28 mars

  • 8H : Laurent Nunez est invité dans le prime-time de France Inter. Pour parler de la 10ème journée de grève contre la réforme des retraites, le service public n’invite pas de syndicaliste, de lycéen ni d’opposant, mais le préfet de Paris qui annonce comment il compte réprimer la manifestation.
  • 17H53 : la caméra de BFM est carrément au milieu d’une «unité d’intervention» de la police, en direct à Paris. Derrière les boucliers, on voit la commissaire hurler qu’il faut «impacter le bloc». En plateau on entend : «c’est quoi la CNT ? Un bloc anarchiste ?». «Très à gauche effectivement» commente un policier. Un bandeau passe à l’écran : «Les policiers face aux casseurs». En live, on suit une charge de police contre le cortège qui ne représentait aucune menace. Le policier en plateau commente : «il fallait répondre à l’agression».
  • De toute la journée, malgré les centaines de milliers de personnes dans les rues, il n’est quasiment pas question des revendications, ni du 49-3, ni des actions, ni de quoi que ce soit relatif au mouvement social en cours. Uniquement la parole policière et son action.

29 mars

  • 9H50 : BFM est en immersion dans «une unité de la Brav-M à Paris, lors de la manifestation contre la réforme des retraites». Directement embarquée sur les motos qui pourchassent des manifestant-es.
  • 17H : un paysan de la Confédération Paysanne, venu raconter les évènements qu’il a vu à Sainte-Soline, ne peut pas placer une phrase sans être interrompu par le présentateur Olivier Truchot qui parle de «casseurs» et «d’émeutiers» qui auraient empêché le médecin d’intervenir.
  • 23H sur CNews : à Sainte-Soline, les «radicaux utilisent les jeunes pour les mettre en danger» affirme une journaliste. Ce sont évidemment les radicaux qui tirent des grenades explosives.

30 mars

  • 16H, Cnews : «l’essayiste» d’extrême droite Céline Pina parle des «agressions commises» à Sainte-Soline : «Quand vous vous en prenez aux forces de l’ordre avec des techniques de guérilla urbaine, il est normal que ça se termine mal.»
  • 18H, sur BFM : Eric Zemmour affirme qu’il «ne peut pas y avoir de violences policières, car la police, et donc l’État, a le monopole de la violence légitime, Mélenchon délégitime la police, donc l’État, c’est aussi ce que font les black box». Nouveau bandeau à l’écran : «Mélenchon est-il un pyromane ?»

31 mars

  • 10H sur BFM : le Lieutenant Martin, jeune officier bien peigné de la gendarmerie est invité pour réciter les éléments de langage préparés par le ministère de l’Intérieur. Il n’a «jamais vu» une telle violence : «Je me suis dit “ils vont me tuer”». Interrogé sur le gendarme gravement blessé et en urgence absolue dont les médias ont parlé pendant trois jours, séquence émotion, il explique au bord des larmes : «il a un énorme hématome». On ne parlera pas des 200 manifestant-es avec des éclats dans le corps, des yeux explosés, traumatismes crâniens et plaies délabrantes.
    Ce lieutenant va faire le tour de toutes les chaînes en continu, et ses passages sont immédiatement rediffusés par la gendarmerie.
  • 18H27, sur BFM : «manif, le choc des (fausses) photos». La chaîne fait un reportage sur une image fabriquée par une intelligence artificielle montrant une personne âgée subissant des violences policières, pour expliquer qu’elle est fausse. Il y a des milliers de photos bien réelles de violences policières ces dernières semaines, des heures de vidéos montrant des exactions inqualifiables, des témoignages de blessé-es… Pas une n’a été diffusée. Mais un montage grotesque mérite un sujet à l’antenne.
  • 19H12, BFM : Après le jeune gendarme à peine sorti de l’adolescence, le chef de la gendarmerie vient expliquer que ses hommes «se sont vus mourir». Pas une parole de manifestant-e n’a été diffusée. À l’écran, en boucle, quelques secondes d’images de jets de pierre et le fourgon de gendarmes en feu. BFM a réussi l’exploit, en une semaine, de ne pas passer une seule image d’explosion de grenade à l’écran. Pourtant, leurs journalistes sur place en ont forcément filmé des dizaines.
    Ce chef des gendarmes passe également sous silence le nombre de grenades GM2L lancées à Sainte-Soline, qui seraient de simple grenades lacrymogènes alors que ce sont les plus mutilantes ce jour-là. Des milliers de grenades de ce type ont été lancées dans la foule, mais il ne dénombre que 40 “grenades assourdissantes” face à la caméra.
  • 20H sur CNews : l’avocat d’extrême droite Goldnadel évoque «la violence d’extrême gauche avec sa caractéristique d’impunité, ce que j’appelle le privilège rouge». Un privilège qui mène à des dizaines de mutilations pour avoir défendu l’eau.
  • 20H sur C8 : ambiance de dictature latino-américaine. Quatre type en cagoules noires et brassards rouges sortis d’un film de série B sur les néo-nazis sont sur le plateau de Cyril Hanouna. Ce sont des agents de la BRAV-M, la brigade à moto qui sème la terreur dans les rues parisiennes. On leur donne le micro pour dire qu’ils sont «fatigués» et qu’il faut donc comprendre les vidéos qui les montrent en train de tabasser des manifestant-es ou les enregistrements de paroles racistes.

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