22 mars : début d’une lutte prolongée ?

Le 22 mars 1968, des étudiants parisiens lançaient la première étape du mouvement de Mai. Cinquante ans plus tard, les rues se remplissent d’un nouveau souffle de colère. Dans les universités, le mouvement étudiant contre la sélection monte en puissance, avec de plus en plus de fac bloquées et occupées. Dans le même temps, les colères convergent face aux attaques simultanées du gouvernement : cheminots, personnel soignant, enseignants, chômeurs… Autant de professions et de catégories frappées par Macron.

Jeudi 22 mars au matin, les lycéens nantais rejoignent le mouvement, en bloquant leurs établissement. Mais des policiers cagoulés et armés, à chaque fois, viennent briser les actions. Ce qui ne parvient pas à empêcher des centaines de jeunes de partir en manifestations sauvages et de rejoindre le cortège de tête du défilé unitaire.

Vers 11h, une foule dense, massive, s’élance de Commerce. Elle est menée par un cortège de tête majoritairement jeune, mais aussi hétérogène, rejoint par des personnes de tous les âges, syndicalistes ou non, de plus de mille personnes. Derrière eux, plus de 10.000 manifestant-es de toutes les professions, qui scandent leur colère contre Macron. Dès le début du parcours, le commissariat situé sur le parcours est repeint. Il faut croire que la répression implacable et systématique des manifestations étudiantes pacifiques qui ont lieu depuis le mois de février donne des envies de revanche. En parallèle, des affiches appelant à la manifestation du 31 mars contre toutes les expulsions sont placardées toute la matinée.

Le long de l’habituel parcours réglementaire, survolé par un hélicoptère, de très nombreux tags drôles ou révoltés rappellent la créativité du printemps 2016. Plus loin, la préfecture est également repeinte, donnant lieu à une bataille entre CRS, qui arrosent la foule au canon à eau, et manifestant-es qui leur envoient de copieuses salves de projectiles et autres feux d’artifices. BFM TV relaie alors des images en live de Nantes, où l’on entend une journaliste mythomane raconter que «le groupe Nantes Révoltée amène des petites grenades» dans les manifestations. La désinformation bat son plein.

Sur le cours des 50 otages, la tension monte d’un cran, alors que le cortège est coupé en plusieurs morceaux par une pluie de grenades en tout genre. La BAC arrête huit manifestant-es et blesse de nombreuses personnes, notamment deux manifestants atteints au visage par des éclats de grenades, et un autre touché par deux balles en caoutchouc ! Une médic est frappée au sol puis relâchée. Parvenant à se recomposer, une partie du cortège particulièrement déterminée fait reculer une ligne de gendarmes mobiles. Après un moment de grosse confusion et d’affrontements, le gros du cortège syndical vient se déverser à la croisée des trams. Le calme revient progressivement, avec notamment des prises de paroles. Un rendez-vous est alors lancé pour une Assemblée de luttes à l’université.

Dans un amphithéâtre bondé, près de 400 personnes, personnels de la fac, syndicalistes, étudiantes ou lycéennes discuteront pendant plusieurs heures des suites à donner à cette journée. Une chose est sûre, à Nantes comme ailleurs, nous sommes très nombreux et nombreuses à vouloir en découdre avec le gouvernement, pour faire reculer ses attaques. 500.000 personnes ont défilé dans toute la France, pour une première date uniquement centrée sur les services publics, c’est énorme. Les syndicats annoncent qu’ils appellent à une grève générale le 19 avril. L’échéance paraît trop lointaine. L’idée est lancée de mettre en œuvre une montée en puissance du mouvement jusqu’à cette date, notamment en organisant des actions de blocages en soutien avec les cheminots, en multipliant les actions de la jeunesse, et en organisant une manifestation massive le samedi 7 avril, pour permettre, comme pendant la lutte victorieuse du CPE en 2006, au maximum de monde de venir manifester.

À suivre !


  • Pour plus d’informations, suivez la page Street Medics Nantes
  • Des interventions policières contre les étudiants de Grenoble et Strasbourg ont eu lieu ce jeudi soir. Solidarité !
  • Rendez-vous à 6h30 vendredi 23 mars à l’université pour bloquer en solidarité avec les étudiants réprimés.
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