24 novembre : la Révolution sera féministe ou ne sera pas


Samedi 24 novembre avaient lieu des manifestations contre les violences faites aux femmes, partout en France. À Nantes, le rendez vous était à 14h, gare maritime, avec le mouvement “Nous aussi”. Voici le récit d’une participante au défilé nantais.


Ce sont plus de 700 personnes qui répondent présentes. La manif est pleine de couleurs et de pancartes. Le cortège s’élance, avec en tête des banderoles antisexistes «Viser le cœur du patriarcat», une autre contre le sexisme de la police, ainsi que des banderoles de Trans-inter Action. Des slogans offensifs fusent comme : «Les féministes détestent la police», «Ah, anti patriarcat», «on reste ensemble, on tient le terter, et la police et les mecs cis, on les enterre-terre», des slogans de la part de travailleuses du sexe comme «On est pas que belles, on est aussi rebelles, des salopes professionnelles» mais aussi des slogans pour l’ouverture des frontières.

Un collectif anti-raciste prendra la parole au mémorial de l’abolition de l’esclavage pour dénoncer le racisme d’État, la situation à la Réunion, où la révolte des «gilets jaunes» est marquée par une répression terrible, l’objectisation de la femme racisée mais aussi plus globalement le racisme post-colonial ambiant.

Un service d’ordre composé de femmes et de mecs cis se mettra face aux banderoles de tête, ce qui a eu pour effet de questionner la place des hommes dans une manifestation féministe. Il finira, après plusieurs invectives, par partir à l’arrière de la manif.

Sous les cris de «Ahou», dans la bonne humeur, la manifestation s’arrête devant le CHU. Des sages-femmes prennent la parole, partagent leur expérience mais expliquent aussi que les violences gynécologiques existent, qu’elles sont graves, que les gestes gynécologiques doivent être consentis explicitement entre le/ la médecin et la patiente.

Une fois reparti, près du commissariat du Cours olivier Clisson, une brigade de la compagnie d’intervention est présente, armée jusqu’aux dents. Le cortège de tête les prendra à partie afin de rappeler l’omniprésence du racisme et du sexisme dans la police. Une dissociation sera faite à ce moment là au sein même de la manifestation. En effet certaines personnes préfèrent s’asseoir devant la police et inviter à la non violence. Le manque de sororité à cet instant montre bien un des clivages dans le féminisme. Au même moment un slogan est scandé avec véhémence «On se couche déjà tous les jours, mais pas aujourd’hui».

Le cortège s’arrête ensuite devant les «marches de la fierté», l’escalier de Place du Cirque repeint aux couleurs de l’arc en ciel. Un endroit symbolique qui a déjà été la cible de plusieurs attaques fascistes. Le centre LGBTI+, NOSIG, intervient. Un homme vient insulter des femmes de «putes», il est refoulé par une poignée de manifestantes et le slogan de «pute n’est pas une insulte» retentit.

Finalement, c’est à la préfecture que le défilé s’arrête et rejoint ainsi le mouvement des «gilets jaunes». L’accueil est chaleureux, on peut y voir des gens sauter et crier, les slogans se mêler. Du «Ah, antipatriarcat» au «Ah, anticapitaliste» ! Les femmes présentes dans les gilets jaunes, prendront dans leurs bras des femmes du cortège, les applaudiront et en embrasseront même certaines. Un beau moment de convergence.

Cette manifestation fut une réussite, grâce au nombre de personnes présentes mais aussi grâce à son caractère festif et divers. Malgré certaines césures idéologiques et un petit manque de solidarité de la part d’une minorité de personnes, la bonne humeur et l’offensivité étaient présentes.

Néanmoins une question reste en suspend : comment construire, ensemble, une vraie force féministe à Nantes sur le long terme ? La rue a été reprise par les victimes du patriarcat, il ne faut pas l’abandonner. À nous de l’investir, afin de reprendre la visibilité qui nous a été enlevé.

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