Nantes : elle dénonce des violences policières, elle est intimidée par le chef de la police


Répression assumée, droit de manifester menacé


Les faits, graves, se sont déroulés le 5 janvier dernier à Nantes. À la fin de la manifestation des Gilets Jaunes, le centre-ville est saturé de gaz lacrymogène. Les derniers manifestants se réfugient dans un fast food du Cour des 50 Otages pour échapper au nuage de gaz extrêmement concentré. Le resto se retrouve lui aussi inondé de lacrymogène, et irrespirable. Réfugiés dans une arrière cours, les manifestants sont cernés par des policiers, et subissent une séance de punition et d’humiliation collective, en dehors de tout cadre légal. Ils sont molestés, d’autres frappés au sol à l’abri des regards. Un jeune homme est blessé aux jambes en tentant de s’enfuir. Une femme est palpée par un policier homme. Tous ont très peur.

À l’époque, Nantes Révoltée avait publié un article de témoignages accompagné de vidéos prouvant les faits, qui avait beaucoup circulé.

À la suite de ces faits, une manifestante qui avait été molestée et palpée par un policier homme, ce qui est interdit, s’était plainte auprès des autorités. Quelques semaines plus tard, elle recevait un courrier signé de la main du chef de la police nantaise. Et la réponse est effrayante : insinuations, accusations et menaces à peine voilée…

  • L’auteur du courrier répond sans complexe que «seule une extrême minorité» des manifestants a porté plainte. En clair : si peu de personnes se sont plaintes, alors ce n’est pas grave. Quand on sait que, sur plusieurs centaines de personnes blessées à la tête ces dernières semaines, seule une poignée d’enquêtes sont réellement ouvertes, et que la patronne de l’IGPN déclare que les violences policières n’existent pas, il n’y a rien d’étonnant à ce que les plaintes soient rares. Cela ne signifie pas que ces violences n’ont pas eu lieu. Cela illustre juste le niveau de peur ressentie par les manifestants.
  • Autre réponse, en forme de menace : la femme molestée aurait «des liens avérés» avec «ceux qui troublent l’ordre public». Sur quelle base s’appuie cette affirmation ? Des notes des services de renseignement ? Des surveillances téléphoniques ? Est-elle suivie ? Fichée ? Cette accusation, inquiétante, est pour le moins obscure. Surtout dans une période où le gouvernement considère que tous ceux qui manifestent sont des fauteurs de trouble potentiels. Dans tous les cas, même être liée à des contestataires ne justifie en aucun cas les violences subies.
  • Troisième argument : cette manifestante ne se serait pas «désolidarisée physiquement» du cortège. C’est la nouvelle justification à la mode : le fait même d’être présent dans un cortège expose chacun des participants à être arrêté ou blessé, car il ne se serait pas assez «désolidarisé». Un argument extrêmement grave, puisqu’il signifie, de fait, la fin du droit de manifester.
  • Dernier point : la plainte de cette manifestante serait en réalité une «stratégie de mise à mal» des «fonctionnaires de police», et même une «posture anti-police». Le fait de simplement dénoncer des violences policières subies est donc considéré, à priori, comme de la diffamation. Les victimes de violences sont présumées coupables. C’est le même discours que Castaner. Le chef de la police nantaise termine donc par cette menace : «je vous invite à y mettre fin».

L’impunité policière est un système organisé jusqu’au sommet de la hiérarchie.
Circulez, il n’y a rien à voir.


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