Marche pour le climat : Journée de convergence et de violences d’état


La seule marche pour le climat du monde attaquée et empêchée par la répression


La journée de mobilisation du 21 septembre était annoncée de longue date. Elle devait être le jour des «convergences» tant attendues entre les nombreuses luttes en cours sur le territoire : Gilets Jaunes, marche pour le climat, grèves diverses, mouvements contre les violences policières… Cet Acte, qui se voulait «capital», devait donner le tempo d’une rentrée sociale haute en couleur.

Il aura été asphyxié par un État policier chaque jour plus violent. Quatre points à retenir :

1 Une répression de nature fasciste

Le gouvernement a fait de chaque samedi un concours de barbarie policière. L’enjeu pour l’État est chaque semaine, de savoir comment museler le plus vite possible l’expression contestataire.

Dans les médias, il n’est plus question que de cela : avec quelle efficacité «l’ordre» sera-t-il maintenu ?

Le 21 septembre, Macron a mis les grands moyens. 7500 policiers Des centaines de robots entièrement noirs, lourdement armés, patrouillant sur des motos. Des blindés et des canons à eau. Des milliers de contrôles préventifs sur tous les axes routiers et ferroviaires menant à la capitale. Et des dizaines de personnes déjà interpellées alors que le jour se lève à peine.

Le point de rendez-vous des manifestants, Place de la Madeleine, est une nasse géante dès 9h. Quasiment impossible d’y accéder. Les première grenades sont tirées quelques minutes après l’heure officielle du rendez-vous.

Toute la matinée sera consacrée à frapper, blesser, pourchasser, enlever, dépouiller les Gilets Jaunes, où quiconque pourrait y ressembler. La moindre grappe de plus de 10 personnes est chargée par des dizaines de policiers. Un homme âgé est traîné par terre. Une journaliste gazée. Des coups de matraque pleuvent pour scinder des petits groupes qui discutent.

À midi, le préfet annonce déjà fièrement plus de 100 arrestations. Pourtant, il n’y a pas eu le moindre affrontement. Un bilan Poutinien.

2 L’échec de la préfecture et le retour du cortège de tête

Malgré ce dispositif ahurissant, des Gilets Jaunes parviennent à force d’ingéniosité et de persévérance à se faufiler jusqu’aux Champs Élysées. Ils ne sont que quelques centaines, mais dans ces conditions, c’est un exploit. Évidemment, alors qu’ils ne font que marcher à visage découvert, ils trouvent face à eux un mur noir, armé, d’hommes sans visage qui les arrosent de grenades. Il y a des flux et des reflux, des arrestations et des blessés. Rien que cet envahissement éphémère de la plus belle avenue du monde est un échec pour les autorités.

Deuxième victoire, l’afflux massif au point de rendez-vous organisé l’après-midi pour le climat. Des dizaines de milliers de manifestants. Des banderoles inventives, des chars de carnaval, de la musique. Une grande hétérogénéité qui rappelle les manifestations contre la Loi Travail.

En tête un cortège de plusieurs milliers de manifestants qui se positionnent devant les organisations, donnant un tempo clairement révolutionnaire à la manif. Gilets Jaunes, verts, Kway noirs, personnes de tous horizons bien décidés à manifester bruyamment. Une rencontre inadmissible pour le préfet. La manifestation est attaquée avec une extrême brutalité alors qu’elle vient de démarrer.

C’est le deuxième rendez-vous de la journée interdit par le gouvernement. C’est la seule marche pour le climat du monde empêchée par la police. Mais aussi un terrible aveu d’échec pour le pouvoir.

3 – Une propagande toujours plus hallucinante

«Nos envoyés spéciaux sur les motos de la police». C’est, sans rire, ce qu’on entend sur plusieurs chaînes d’information pendant la journée. Les «journalistes» sont désormais directement dans le dispositif de maintien de l’ordre sur des motos de flics.

La propagande atteint des niveaux hallucinants. Les commentateurs parlent de «black bloc» et «d’affrontements» alors que les images en direct montrent des charges gratuites sur des foules familiales.

Les «experts» se succèdent sur les plateaux pour féliciter «l’efficacité» du maintient de l’ordre. La presse ne fait pas mieux. Un journaliste de Libération publie un tweet contre ces «immondices de black blocs» qui aurait infiltré la manif. Un mensonge qui sera repris : celui de faire croire que la violence pourrait venir de certains manifestants plutôt que de forces armées et entraînées.

Tout le travail de cette propagande est précisément d’empêcher une manifestation plurielle et hétérogène d’avancer en conjuguant les modes d’actions. Les médias, auxiliaire de l’État policier.

4 – Le naufrage des organisations classiques

Dès les premiers gaz, plusieurs organisations écologistes appellent à «quitter le défilé» car les conditions «ne sont pas réunies». Se préoccuper de la sécurité des manifestants est évidemment légitime, mais ces appels sonnent comme des reddition. Se plier aux caprices des forces de répression n’est pas la solution, surtout en période de disparition accélérée des libertés fondamentales.

Greenpeace va même publier une dénonciation de la «violence des black blocs et des forces de l’ordre». Comme s’il était possible de mettre sur le même plan les oppresseurs et les opprimés. Des gens désarmés qui mettent leurs corps et leur liberté en jeu, au même niveau que celle d’agents armés, protégés, et couverts par l’État qui frappent les corps.

Le 1er mai dernier, alors que la police attaquait l’avant de la manifestation syndicale plusieurs organisations appelaient à quitter la manifestation. Une situation jamais vue en temps de paix en France

Lors du G7 de Biarritz, même scénario : le pays Basque étant militarisé, les organisations avaient annulé leurs actions. À chaque fois, le chantage fonctionne. On croirait que plus la répression est brutale, injustifiée et liberticide, plus certaines organisations donnent raison aux autorités en annulant les événements réprimés.

Une stratégie perdante.

Malgré tout, une manifestation nocturne aura lieu en musique. Seul moment d’apaisement et de fête de la journée. Plus tard, des Gilets jaunes réinvestissent les Champs Élysées. Un feu de joie est allumé. Les charges sont à nouveau très violentes. C’est la dernière action de la journée, la nuit des barricade n’aura pas lieu, écrasée par la répression.

Quelles perspectives ?

Malgré tout, des mondes se sont rencontrés pour cet Acte 45. Jeunes pour le climat, Gilets Jaunes, anticapitalistes. Des dizaines de milliers de personnes ont tenu la rue ensemble.

Plusieurs tentatives de déborder les pièges ont eu lieu, parfois victorieuses, souvent défaites. Les marges de manœuvres se resserrent sous les coups de plus en plus affolants de l’État policier.


Il devient urgent de réinventer des manières de lutter, faute de voir disparaître définitivement le droit de manifester en France.


Photos : Bsaz, Serge D’ignazio, Acta, Nantes Révoltée

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