🏮 PARIS : DÉMONSTRATION CONTRE LE FASCISME

Samedi 5 juin 2021 Ă  Paris, plusieurs milliers de personnes ont manifestĂ© contre l’extrĂȘme droite et en hommage Ă  ClĂ©ment MĂ©ric, tuĂ© il y a 8 ans par une bande de nĂ©o-nazis. Voici le communiquĂ© le l’Action Antifasciste Paris-Banlieue et quelques photos de cette manifestation digne et dĂ©terminĂ©e.

Ce vendredi, les assassins de ClĂ©ment ont Ă  nouveau Ă©tĂ© condamnĂ©s en appel pour son meurtre. Nous avons toujours dit, depuis 2013, que nous n’attendions rien de ce procĂšs, Ă  une chose prĂšs. Qu’il soit un moment de vĂ©ritĂ©, en particulier pour ses amis et ses proches. Et il doit ĂȘtre clair aux yeux de tous aujourd’hui que ClĂ©ment a bel et bien Ă©tĂ© assassinĂ©. Qu’il ne s’agissait pas, comme l’a racontĂ© une certaine presse, de l’issue tragique d’une bagarre entre deux bandes dĂ©politisĂ©es, ou d’un fait divers malheureux.

ClĂ©ment a Ă©tĂ© visĂ© par des militants d’extrĂȘme-droite et il est mort parce qu’il a Ă©tĂ© identifiĂ© comme un militant antifasciste.

Antifasciste il l’était lors de sa jeunesse Ă  Brest. Il l’est restĂ© en rejoignant Paris en 2012 pour poursuivre ses Ă©tudes. C’est ici qu’il a intĂ©grĂ© l’union syndicale Solidaires et rencontrĂ© notre organisation, dans laquelle se cĂŽtoient alors militants rĂ©volutionnaires, jeunes syndicalistes et ultras du Virage Auteuil. Pendant prĂšs d’une annĂ©e, il a militĂ© Ă  nos cĂŽtĂ©s, dans Paris et sa banlieue, pour ne pas laisser la rue Ă  l’extrĂȘme-droite, auprĂšs des migrants qui sont traquĂ©s et chassĂ©s par les forces de l’ordre, avec les collectifs de quartiers populaires qui s’organisent pour exiger la vĂ©ritĂ© et la justice pour tous les jeunes brutalisĂ©s par la police, et contre toutes les formes d’oppressions et de discriminations.

C’est de ce parcours de lutte commun que vient notre refus d’attendre quoi que ce soit du procĂšs de ses assassins. Car notre conception de la justice n’a rien Ă  voir avec celle des tribunaux de la bourgeoisie raciste de l’État français. Car notre combat n’est pas compatible avec le systĂšme pĂ©nitentiaire. Et notre antifascisme ne s’est jamais cantonnĂ© Ă  la lutte contre les groupes d’extrĂȘme droite traditionnelle.

Un antifascisme consĂ©quent aujourd’hui ne peut pas faire l’impasse sur des luttes comme celles contre le massacre des migrants en MĂ©diterranĂ©e, la gestion nĂ©ocoloniale des populations non-blanches, le dĂ©chainement islamophobe, les violences policiĂšres, l’institutionnalisation de l’état d’urgence, les politiques antiterroriste ou la chasse aux islamo-gauchistes etc.

Un antifascisme conséquent ne peut pas rester muet face à la multiplication des interventions impérialistes françaises en Afrique et ailleurs. Il ne peut pas rester muet face à la criminalisation du soutien à la résistance des peuples en lutte, en premier lieu du peuple palestinien qui combat héroïquement pour sa liberté, de la mer au Jourdain.
Un antifascisme consĂ©quent aujourd’hui sait bien que la milice la plus violente et meurtriĂšre dans ce pays, ce n’est pas GĂ©nĂ©ration identitaire ou les zouaves, c’est la police française.
Nous vivons un tournant autoritaire et raciste effrayant, qui se traduit par un dĂ©chainement de violence pour mater les rĂ©voltes qui fleurissent contre le racisme d’État ou la prĂ©carisation massive produite par le nĂ©olibĂ©ralisme. Et le regain d’activitĂ© des bandes fascistes ne peut pas se lire hors de ce contexte.

Prise de vertige face Ă  l’offensive fasciste, une partie de notre camp remobilise Ă  raison le thĂšme de l’antifascisme. Mais c’est trop souvent pour s’engager dans des comparaisons rĂ©ductrices avec les annĂ©es 30. Nous pensons qu’il s’agit d’une erreur d’analyse et de stratĂ©gie.
Le fascisme ne se rĂ©duit pas Ă  ce qu’il s’est passĂ© en Europe pendant une vingtaine d’annĂ©es lorsqu’il Ă©tait minuit dans le siĂšcle. Au contraire, ce qui pouvait sembler, d’un point de vue europĂ©en ou blanc, ĂȘtre une forme radicalement nouvelle d’idĂ©ologie et de violence Ă©tait en continuitĂ© avec l’histoire de la dĂ©possession coloniale et de l’esclavage racial.
Une « histoire concrĂšte du fascisme », doit faire sa place Ă  la colonisation, au complexe carcĂ©ral-industriel et Ă  la contre-rĂ©volution. Le fascisme dans ce pays, c’est aussi les massacres au Cameroun ou en Indochine, c’est aussi la gĂ©nĂ©alogie coloniale des techniques de maintien de l’ordre, c’est aussi les cĂ©rĂ©monies de dĂ©voilement organisĂ©e en AlgĂ©rie et la doctrine militaire contre-insurrectionelle.

La menace n’est pas un « retour des annĂ©es 1930 » mais le fait permanent d’une terreur d’État racialisĂ©e, d’un fascisme persistant.

Face Ă  cela, plusieurs attitudes existent dans notre camp, toutes polarisĂ©es par 2022. D’un cĂŽtĂ©, une partie semble rĂ©signĂ©e et attend la catastrophe comme un moment difficile Ă  passer, en se disant qu’aprĂšs Trump il y a Biden. De l’autre, une partie espĂšre un miracle en essayant de rejouer l’union de la gauche et espĂšre ĂȘtre sauvĂ©e par les fronts antifascistes des dimanches Ă©lectoraux.

Face Ă  l’hypothĂšse de l’union de la gauche, on prĂ©fĂšre celle des blocs rĂ©volutionnaires. On voit ce que c’est un bloc, c’est plus concret. On commence par faire bloc dans la rue, face aux fascistes ou aux flics, ou pour marcher ensemble. Ça part des luttes extraordinaires des derniĂšres annĂ©es, et on sait qu’on ne fera pas bloc avec ceux qui ont rĂ©digĂ© les lois Travail, les ordonnances Macron. Ou encore avec ceux qui dĂ©filent avec les flics lorsque ces derniers exigent le droit de rĂ©primer en paix. On ne fait pas bloc en exigeant des dissolutions de l’État qu’on combat quotidiennement ou en rĂ©clamant davantage de mesures antiterroristes.

Bloc c’est aussi le mot dans le mouvement ouvrier qui dĂ©signe la capacitĂ© Ă  articuler les diffĂ©rentes luttes pour constituer une force capable de menacer le pouvoir existant. C’est imaginer comment constituer des alliances entre les mouvements divers qui ont fait de ce pays le thĂ©Ăątre de la plus grande conflictualitĂ© sociale en Europe au cours des derniĂšres annĂ©es. Faire bloc, c’est se mettre en mouvement dĂšs maintenant, forts de nos avancĂ©es rĂ©centes et en tirant les leçons de nos dĂ©faites. Faire bloc, c’est refuser de se rĂ©signer Ă  avancer dans un espace-temps politique entiĂšrement cartographiĂ© par l’ennemi et dont 2022 est la pointe Ă©mergente. Faire bloc, c’est se rappeler que mĂȘme si c’est mal parti pour notre histoire, mĂȘme si l’obscuritĂ© augmente et que nos slogans sont en dĂ©sordre, nous ne pouvons compter que sur nous-mĂȘme.

C’est le sens que l’on a donnĂ© Ă  la manifestation d’hier. L’enjeu n’est pas seulement de commĂ©morer un ami, un frĂšre ou un camarade, clamer la mĂ©moire de ClĂ©ment, c’est ancrer dans les cƓurs de tout un chacun la ferveur de notre lutte commune et se donner les moyens de la rendre victorieuse.

En 2013, quelques jours aprĂšs sa mort, nous Ă©crivions : face aux capitalistes, aux fascistes et l’État, une rĂ©volution reste Ă  faire.

8 ans aprĂšs, depuis le camp que ClĂ©ment avait choisi, et qui lui a valu de mourir, nous continuons le combat, en partant, pour ClĂ©ment et tant d’autres, Ă  l’assaut du ciel.

#ClémentPrésent

đŸ“· : NnoMan, Julien Pitinome, tulyppe, Libertalia