Espagne : pollution aux nitrates agricole en Mer Mineure, des tonnes de poissons meurent asphyxiés


Les engrais chimiques de l’agro-industrie responsables du désastre


Au Sud-Est de l’Espagne, la mer Mineure, un lagon – c’est-à-dire une petite mer fermée – près de la ville de Murcie, est le théâtre d’un nouvel écocide. L’oxygène présent dans les eaux se raréfie, transformant la lagune en milieu toxique pour la faune et la flore aquatique. Intenable pour l’écosystème privé d’oxygène : les êtres vivants s’asphyxient littéralement.

Les scientifiques et activistes de la région ont alerté sur la chute drastique et soudaine d’oxygène dans la lagune. Tous mettent en cause la pollution de l’eau aux engrais chimiques. Utilisés dans des quantités astronomiques pour soutenir l’agriculture intensive et son modèle ultra-productiviste, les centaines de tonnes de nitrate qui composent ces engrais finissent par se déverser dans les cours d’eau, puis la mer. Ce produit chimique provoque une croissance soudaine de phytoplancton qui favorise le développement d’algues vertes en surface. La couche opaque qu’elles forment empêche la lumière d’atteindre le fond marin tuant la végétation aquatique. Lorsque celle-ci meurt et se décompose, l’oxygène devient plus rare.

Cette pollution menace donc les populations animales. Les images de l’agonie des poissons cherchant désespérément de l’air en surface à côté de leurs congénères morts tournaient en boucle sur les grandes chaînes d’information de l’autre côté des Pyrénées. Lundi 23 Août, les autorités espagnoles annonçaient que cinq tonnes de poisson avaient été retrouvées morts. Des chiffres qui doivent être largement revus à la hausse aujourd’hui. L’association WWF signale que «la plus grave mortalité de faune de l’histoire connue de la mer Mineure n’est pas terminée».

Cette pollution abondante aux nitrates couplée à un épisode de forte chaleur aura eu des conséquences cataclysmiques sur l’écosystème marin de la région. Souvent mise en cause dans la pollution des l’air et de l’eau, les entreprises qui produisent ces engrais sont des fléaux pour l’environnement mais pas seulement. La multinationale norvégienne Yara, figure de proue de l’agrochimie produit en masse ces substances enrichies en nitrate d’ammonium. Des produits très toxiques et polluants. Et potentiellement explosifs. Pour rappel, le nitrate d’ammonium est le principe actif qui avait alimenté l’incendie puis l’explosion du port de Beyrouth le 4 Août 2020. L’accident industriel avait fait plus de 200 morts, des milliers de blessés et avait dévasté la capitale libanaise.

Proche de Nantes, à Saint-Nazaire, une usine du groupe Yara, classée SEVESO, fabrique ces engrais en quantités industrielles. L’usine, véritable poudrière collée à la population nazairienne, est souvent responsable de la pollution des eaux de l’estuaire de la Loire. Elle rejette notamment du phosphore et du nitrate dans le fleuve, alors que nous vivons déjà 6ème extinction de masse des espèces vivantes. Ces substances produites pour des intérêts privés et au nom d’un rendement agraire toujours plus fort sont un danger mortel à court et moyen terme.


La catastrophe de la Mer Mineure ou la pollution de la Loire sont de sombres allégories de la catastrophe climatique en cours, organisée notamment par l’agro-buisness. Métaphore du capitalisme décadent.


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