Interview de rentrée du préfet : Ouest-France réclame plus de répression


Le journal local demande à restreindre le droit de manifester à Nantes



Le Préfet de Nantes Didier Martin donne aujourd’hui son interview de rentrée dans la presse locale. Il ne s’agit pas simplement du désormais classique entretien fade, sans contradiction ni questions qui fâchent. Ici, le journaliste en charge de l’entretien réclame d’avantage de répression au fonctionnaire interviewé.


PLUS D’UNIFORMES

Dans cet article, Didier Martin commence par se féliciter d’accueillir «soixante policiers supplémentaires au commissariat de Nantes, ce mercredi 8 septembre». C’est vrai que Nantes, laboratoire répressif depuis plus de 10 ans, quadrillée par les CRS tous les jours, manque de policiers. Dans le même temps, combien de lits d’hôpitaux supprimés ?

INTERDIRE LES MANIFS ?

Puis vient cette question, posée par le journaliste de Ouest-France : «Quid des manifs en ville ? Peut-on sanctuariser le centre et imposer des itinéraires un peu plus éloignés pour éviter la casse et satisfaire les commerçants?». Précisons d’abord qu’il n’y a aucune «casse» dans les manifestations depuis des mois, et que quand il y en avait lors des grands mouvements sociaux, il s’agissait toujours de banques et autres symboles du capitalisme, jamais de «commerçants».

Rappelons ensuite que les manifestations sont déjà éloignées du centre : à de rares exceptions près cet été, les cortèges sont fortement encadrés et obligés d’emprunter toujours les mêmes grands axes isolés, à l’écart du centre historique de la ville et des rues commerçantes.

Ce qui est notable, c’est donc la gourmandise avec laquelle un représentant de la presse locale semble réclamer à un haut fonctionnaire un maintien de l’ordre encore plus liberticide. En comparaison, la réponse du préfet paraît d’ailleurs presque modérée : «on ne peut pas faire entrave à la liberté de manifester. Il n’est pas possible d’interdire systématiquement des défilés en centre-ville».

Néanmoins, Didier Martin en profite pour tacler les serveurs et serveuses de bars qui manifestent ces dernières semaines : «il faut aussi que les commerçants jouent le jeu. J’en vois certains qui manifestent le samedi contre le passe sanitaire». Une menace ?

«ULTRA GAUCHE»

«Ce que je déplore, ce sont les débordements pitoyables, les violences, parfois entre des militants d’extrême droite et l’ultra gauche. On assiste à des jets de projectile, des lancers de fumigènes… C’est une mauvaise habitude nantaise qui veut qu’on s’en prenne systématiquement aux forces de l’ordre» raconte Didier Martin.

Comme souvent, le préfet réécrit l’histoire, sans être contredit par le journaliste. Le 31 juillet dernier, un groupe de néo-nazis armé de matraques a chargé le cortège contre le Pass Sanitaire, en toute impunité. Le chef du commando, Numéro 2 du RN local, filmé en train de donner des coups, n’a jamais été inquiété. Il ne s’agit pas de «débordements» mais d’agressions fascistes sous protection policière.

Le préfet ajoute : «J’ai accompagné nos CRS samedi, je peux vous dire qu’ils font preuve de beaucoup de sang-froid». Problème : les derniers samedis, le maintien de l’ordre était assuré par la gendarmerie. Soit le préfet ment, soit il ne connaît pas les unités déployées dans sa propre ville. Quant au «sang froid» de la police nantaise, il est effectivement connu et reconnu dans tout le pays…

BROSSE A RELUIRE

Le reste de l’entretien porte sur l’aéroport, l’accueil des migrants, évidemment «de grande qualité», même le journaliste s’inquiète de savoir si les expulsions «se poursuivent» bien malgré le Covid, ou encore la «transition écologique». Il n’y aura rien sur les violences policières. Rien sur la répression des free party. Rien sur l’avancée des enquêtes sur la mort de Steve. Rien sur les pénuries de logement et les expulsions de bâtiments vides.


Dormez bien, braves gens.


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