Le fascisme qui vient : Pécresse parle de «grand remplacement»


Ce dimanche 13 février, Valérie Pécresse, candidate du parti Les Républicains, donnait un meeting très médiatisé. Les commentateurs se moquent de sa prestation grotesque : perdue, incapable de lire un prompteur, sourires forcés, la championne de la droite n’est pas apte à prononcer un discours. Mais ce n’est pas le vrai problème.


Valérie Pécresse, celle qui représente la «droite républicaine», a recyclé une théorie du complot raciste utilisée par les néo-nazis : «il n’y a pas de fatalité, ni au grand déclassement, ni au grand remplacement». Grand remplacement. Un concept inventé par l’idéologue d’extrême droite Renaud Camus, selon lequel des «élites» voudraient «remplacer» les populations blanches européennes par des immigrés. Une lecture raciale de la société, appréciée dans les franges les plus extrême de l’extrême droite. Plusieurs terroristes néo-nazis se sont inspirés de ces idées avant de passer à l’acte. Par exemple, le 15 mars 2019, à Christchurch en Nouvelle-Zélande, un néo-fasciste tue 49 personnes après avoir publié un manifeste intitulé «Le Grand remplacement». L’auteur de la tuerie d’Utoya et d’Oslo invoque également ce concept, comme les terroristes d’El Paso, de Pittsburgh, Halle, Hanau.

Voilà où nous en sommes, en France, en 2022. La droite «de gouvernement» s’est totalement alignée sur les discours néofascistes. Comment en est-on arrivé là ? Alors que l’antifascisme était une valeur ultra-majoritaire après guerre, le mot «antifa» est devenu péjoratif. À l’inverse, s’opposer au racisme est qualifié de «séparatisme», «d’islamisme» ou de «wokisme». Progressivement, le fascisme a gagné les esprits, avec en ligne de mire les populations noires et arabes, mais sans oublier les vieux ennemis intérieurs juifs, tziganes, communistes, invertis : tout ce qui pourrait contrevenir à l’image d’une France figée dans le temps, coloniale, bourgeoise, puritaine, blanche et pure.

Dans les années 1980, c’est François Mitterrand qui demandait à la chaîne Antenne 2 de donner la parole à Jean-Marie Le Pen, dans le but de «diviser» la droite. En 1981, le Front National recueille 0,18% des suffrages. En 1988, Jean-Marie Le Pen fait 14,38 % des voix.

À partir de là, des dizaines de lois sécuritaires et anti-immigrés sont votées, souvent justifiées par l’importance du vote FN, et à mesure que le néolibéralisme fracture la société. Lorsqu’il est président, Nicolas Sarkozy est conseillé par le fasciste Patrick Buisson. Plus tard, le politicien d’extrême droite Paul-Marie Coûteaux rédige les discours de Fillon. Quand le PS arrive au gouvernement en 2012, il a les pleins pouvoirs, et l’opinion est massivement anti-Sarkozy après un quinquennat de droite dure. Résultat ? En 5 ans, le gouvernement attaque la ZAD, impose la Loi Travail par 49.3, militarise la police, expulse plus d’étrangers que jamais et impose l’état d’urgence. Le quinquennat Hollande est un moment pivot, une accélération vers le fascisme. Il brutalise la société et propulse Macron au pouvoir. Les discours alternatifs disparaissent quasiment du débat public, au profit de l’extrême droite, ultra-majoritaire dans les médias.

Arrivé au pouvoir grâce au chantage au «barrage à l’extrême droite», Macron va appliquer la plupart des idées lepénistes. Lois autoritaires, casse sociale, mesures anti-immigrées et islamophobes. Le ministre de l’Intérieur de Macron trouve même Marine Le pen «trop molle» lors d’un débat télévisé en 2021. C’est ainsi que Valérie Pécresse, héritière de l’ancien président de Bolloré Telecom, née à Neuilly, recycle une théorie du complot raciste.

Cette candidate qui na jamais travaillé de sa vie et profite depuis toujours de sa fortune accompagnée de privilèges d’élue de droite, avait notamment déclaré lors de la primaire de la droite : «je propose un projet de rupture radicale», «je veux des circonstances aggravantes quand un délit est commis dans une zone de reconquête républicaine […] Je veux éradiquer ces zones, je veux des brigades coups de poing, peut-être même le soutien de l’armée». Peines différenciées selon les quartiers, envoi de l’armée contre des civils. Déjà, il s’agissait de propositions fascistes. Elle propose aussi une légitime défense à l’américaine pour tous, des peines automatiques pour ceux qui touchent aux «représentants de l’autorité», plus de caméras, plus de fouilles, plus de drones, interdiction de manifester pour les opposants fichés, généralisation de mesures «antiterroristes». Un spectre considérable du champ politique est prêt à basculer vers la dictature assumée.


Reconquérir les discours, les esprits, les rues et une urgence vitale pour enrayer le cycle fasciste qui s’annonce.


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