Ils lui ont volé un œil, ils veulent lui voler sa liberté


Encore une garde à vue de 48h pour Jérôme Rodrigues


Jérôme Rodrigues, Gilet Jaune de la première heure, a payé le prix fort pour son engagement. Le prix du sang. Le 26 janvier 2019, il était éborgné en direct par un tir policier, alors qu’il filmait une manifestation à Paris. Il n’a toujours pas obtenu justice. Trois ans plus tard, il est jeté en garde à vue alors qu’il participe au «convoi des libertés» dans la même ville.

Samedi 12 février 2022, le gouvernement Macron a montré l’ampleur de sa fébrilité en déployant contre le «convoi de la liberté» des blindés et des milliers d’uniformes dans la capitale à quelques semaines des élections. Des dizaines de personnes ont été arrêtées de façon arbitraire, des automobilistes mis en joue, des véhicules envoyés à la fourrière. Et parmi les cibles de ces exactions : Jérôme Rodrigues. Car malgré sa mutilation, il garde la tête haute, et participe à toutes les luttes pour la justice sociale. C’est ce courage et cette détermination que le pouvoir veut briser.

Officiellement, le Gilet Jaune a été arrêté pour «organisation de manifestation interdite» et «participation à un groupement formé en vue de commettre des violences». En réalité, il se baladait à proximité des Champs Élysées peu avant la manifestation du convoi de la liberté, et a été ciblé par la police politique. Résultat : quasiment deux jours en cellule. Une garde à vue reconduite sans aucun élément. Et finalement une convocation en procès en juillet prochain, après être passé en comparution immédiate et avoir frôlé la détention provisoire. «On m’accuse d’avoir fait un appel à la solidarité pour que les gens puissent avoir de l’essence, qu’ils puissent se nourrir pendant le convoi et ça c’est interdit en France. On mérite la prison aujourd’hui pour ça» explique-t-il après sa sortie de garde à vue lundi, avant de dénoncer ses conditions de détention : «ils traitent d’enculés tous les prisonniers, c’est inhumain les prisons».

«Je suis un opposant politique qui va devenir un prisonnier politique» ajoute Jérôme Rodrigues. Pour cause, il est régulièrement interpellé, notamment en février 2021 lors d’une mobilisation contre l’extrême droite, ou le 14 juillet dernier. C’est un véritable acharnement. Ces pratiques d’humiliation des blessés par la police sont malheureusement courantes de la part des agents. La plupart des mutilés n’obtiennent jamais justice, mais en plus ils sont menacés par les forces de l’ordre lorsqu’ils les croisent en manifestation : main sur l’œil, insulte, moquerie, visée par un LBD et autres gestes qui symbolisent la toute puissance absolue des uniformes. Des cas ont été observés à Nantes, Montpellier et Paris notamment. Le 2 octobre 2019, des policiers du syndicat Alliance se sont même moqués, devant des caméras, des personnes éborgnées en se cachant un œil ou en ricanant à l’égard d’un gilet jaune mutilé : «T’as un truc à l’œil là». Nos mutilations les amusent. Notre terreur les régale.

Jérôme Rodrigues n’est pas seul : le 12 février, les forces de l’ordre ont arrêté et blessé de nombreuses autres personnes aux abords des Champs Élysées. Les policiers montrent qu’ils font ce qu’ils veulent, qu’ils arrêtent qui ils souhaitent. Et la justice obéit. Le pouvoir est tellement injuste et illégitime qu’il ne tient que par la répression. Mais nombreux sont ceux et celles qui, comme Jérôme Rodrigues, refusent de rentrer dans le rang. Leur règne finira quand notre règne arrivera.

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