Le gouvernement décore une animatrice de Cnews proche d’Éric Zemmour


«Je suis très fière d’avoir rendu ce service à la nation, le service de la liberté d’expression»


Christine Kelly fière de sa médaille, accompagnée de Pascal Praud et Jean-Marc Morandini.

En France, il y a des journalistes qui se font arrêter ou interroger par la police. Il y a des médias indépendants que le gouvernement réprime ou cherche à dissoudre. Et puis il y a des médias liés au pouvoir, dont les journalistes sont décoré-es par le gouvernement. La chaîne d’extrême droite Cnews, propriété du milliardaire Bolloré en fait partie.

Sur cette photo, à gauche se trouve Pascal Praud, ancien chroniqueur sportif dont le travail est de hurler quotidiennement des propos réactionnaires sur un plateau télé. À droite, Jean-Marc Morandini, poursuivi pour «corruption de mineurs», autre poids lourd de le chaîne. Il s’est illustré récemment en invitant des personnalités d’extrême droite dans des quartiers populaires, entouré de dizaines de policiers pour protéger ses provocations. Et puis au centre, Christine Kelly. La journaliste a écrit deux biographies très complaisantes de François Fillon, à tel point que Sarkozy a envisagé de lui donner un ministère.

Auditionnée lors de l’affaire Fillon, elle ne se souviendra pas des détournements de l’homme politique qu’elle a pourtant côtoyé. Christine Kelly est propulsée au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel – CSA – par le sénateur de droite Gérard Larcher, entre 2009 et 2015. À ce poste clé, elle prône la réduction «de cinq à deux semaines» de la période pendant laquelle les candidats ont égalité de temps de parole durant une campagne présidentielle. Une façon de privilégier les gros candidats, les figures médiatiques, et d’invisibiliser encore davantage les voix que l’on n’entend déjà peu.

Depuis 2019, Christine Kelly anime sur CNews l’émission Face à l’info, en Prime Time. Sur son plateau, différentes personnalités d’extrême droite se succèdent depuis plus de deux ans pour diffuser en boucle les obsessions réactionnaires du moment : l’islam, les migrants, «l’ultra-gauche» ou le «wokisme». Mais le véritable rôle de son émission, c’est d’offrir une tribune à Eric Zemmour. Le pétainiste y intervient pendant des heures et des heures face à une présentatrice très complaisante. C’est notamment chez Christine Kelly que Zemmour déclare que les migrants mineurs sont tous des «violeurs, des assassins et des voleurs», propos pour lesquels il sera condamné pour «provocation à la haine raciale».

C’est donc cette animatrice, remarquée pour son éthique journalistique et la pluralité de ses informations, qui était décorée le 18 février, en compagnie de ses amis. Elle recevait, de la part du gouvernement, le grade d’officier de l’Ordre National du Mérite. À cette occasion, elle explique en direct dans son émission : «J’ai reçu ce courrier du gouvernement qui m’a promue au grade d’officier dans l’Ordre national du Mérite […] On n’a aucun mérite sinon celui de faire notre métier, se battre pour la liberté d’expression, d’avoir des téléspectateurs comme vous qui nous soutenez et lorsque c’est pour service rendu à la nation, je suis très fière d’avoir rendu ce service à la nation, le service de la liberté d’expression.» Vous avez bien lu. La chaîne d’extrême droite d’un milliardaire incarne la «liberté d’expression». À quand la séparation de Cnews et de l’État ?

Il n’y a plus aucune pudeur. Un gouvernement qui décore une figure médiatique est un très mauvais signe pour la liberté de la presse, mais il s’agit carrément d’un média d’extrême droite. Le néolibéralisme autoritaire de Macron est intimement lié au néofascisme qui vient. Le régime en place fait monter l’extrême droite, reprend ses idées, soutient ses propagandistes. Un autre animateur de l’empire Bolloré, Cyril Hanouna qui surmédiatise lui aussi Eric Zemmour, est encensée par la ministre Marlène Schiappa. Celle ci a déclaré qu’elle «aimerait» qu’il anime «le débat d’entre-deux tours» !


Le pouvoir organise délibérément une alternative mortifère : la dictature policière et patronale, ou la dictature néofasciste. Faisons entendre d’autres possibles, d’autres voix, d’autres médias.


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