Nantes : 3000 personnes contre le fascisme et le pouvoir en place


“Faire bloc, s’unir, s’organiser”


Samedi 16 avril. Période d’entre-deux tours opposant un banquier autoritaire à une fasciste. Les 5 années qui viennent s’annoncent terribles et, pourtant, l’effervescence du printemps 2002 paraît loin. À l’époque déjà, un duel opposait l’extrême droite au président sortant. Et plusieurs millions de personnes avaient pris les rues, à plusieurs reprises, avant le second tour.

Cette fois-ci, le scénario semble écrit d’avance et beaucoup semblent s’être habitués au pire, alors que la menace d’extrême droite n’a jamais été aussi claire. Face au duo mortifère et à l’avenir bouché qui nous est promis, c’est dans la rue qu’il est pourtant décisif de relever la tête.

Ce samedi à Nantes, un grand soleil accompagne la mobilisation. Appelé par le syndicat Solidaires et de nombreuses organisations de jeunesse, le cortège regroupe près d’un millier de personnes au miroir d’eau.

Une large rangée de trois banderoles aux couleurs vives conduit la manifestation. Fumigènes colorés, slogans, l’ambiance monte, le cortège enfle pour atteindre entre 2 et 3000 participant.e.s. Le collectif «En Marx» a amené son char antiraciste avec son sérum «anti-despote». Il y a un cerbère à trois têtes : Macron, Le Pen, Zemmour. Des chants antifascistes. L’avant du défilé est très jeune, mais il y a aussi des familles, des syndicalistes, des personnes diverses.

Premier gaz lacrymogènes rue du Calvaire : une équipe de la BAC, hantise des mobilisations nantaises, est tenue à distance. Les tags fleurissent sur les murs. Beaucoup d’affiches sont collées par plusieurs équipes tout au long du parcours. Puisque les médias des milliardaires ont confisqué le débat, la parole s’exprime dans l’espace public.

Arrivé à Graslin, le cortège de «culture en lutte» qui s’est mobilisé l’an dernier est sur les marches de l’Opéra. La rue bourgeoise Crébillon est gardée par les forces de l’ordre. Nouvelles salves de gaz rue Jean-Jacques Rousseau, grenades de désencerclement et feux d’artifice. Il fait chaud sous les Kways. Le cortège continue : l’idée est de terminer Place Royale pour partager un apéro et discuter de la suite. Mais la police est toujours là pour gâcher la fête. La manifestation est bloquée et massivement gazée sans sommation. Quelques barrières de chantiers barrent la voie du tram. Retour à commerce. À défaut d’apéritif, un second tour s’engage, moins massif toutefois.

Le dispositif policier est plus oppressant. Place du Cirque, c’est l’attaque. La BAC s’en prend à une femme, arrêtée très brutalement. Beaucoup de tirs lacrymogènes. C’est la fin de manifestation, 5 personnes ont été arrêtées.

Après de longs mois d’atonie, cette mobilisation chantante et créative contre le fascisme et pour préparer le troisième tour social était une réussite. Mais cela suffira-t-il à faire face à l’adversité inédite qui s’annonce ? Rien n’est moins sûr.


Photos : Oli Mouazan, Elsa Gambin, Marion Lopez, Nicolas Mollé, Estelle Ruiz, NR

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